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Soirée républicaine et laïque du «vendredi-dit-saint» organisée par la Libre Pensée ariégeoise
12/04/2012 | 20:04
© MidiNews 2012

Vendredi 6 avril au Carla-Bayle, une centaine de personnes s’est déplacée pour assister à la conférence de l’historien Jean-Paul Scot, intitulée «L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle» et éventuellement poursuivre la soirée par le traditionnel banquet républicain du «vendredi-dit-saint»

L’occasion, pour la Libre Pensée ariégeoise, de relancer la réflexion sur le thème de la laïcité et de montrer, en pleine période électorale, que cette question est toujours d’actualité.

Jean-Paul Scot, professeur de khâgne, est l’auteur d’un ouvrage dont le titre reprend la phrase de Victor Hugo, «L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle»

Il y explique comment la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 est devenue l’un des fondements de la République.

Il y montre également que c'est la mobilisation populaire, sociale et politique, dans laquelle les libres penseurs ont joué un rôle important, qui a permis à la loi de la séparation de prendre corps.

La loi de 1905 toujours d’actualité

Lors de la conférence, Jean-Paul Scot s’est d’emblée positionné contre la proposition 46 du programme du candidat Hollande, qui envisage l’intégration de la loi de 1905 dans la Constitution, sans remise en cause des règles particulières applicables en Alsace et Moselle.

Ces territoires, allemands au moment de la promulgation de la loi de 1905, bénéficient encore aujourd’hui d’un régime particulier puisqu’ils dépendent du Concordat de 1801: reconnaissance de quatre religions, rétribution de leurs «ministres» et subvention de leurs lieux de culte notamment.

Selon l’historien, la proposition 46 de François Hollande reviendrait à «graver dans le marbre le statut d’Alsace-Moselle» et accorderait à un concordat «autant de valeur que la loi républicaine de séparation»

A l’issue de la conférence, 80 repas ont été servis à l’occasion du banquet républicain.

Les banquets du «vendredi-dit-saint» contre les interdits religieux

L'idée est née dans les milieux intellectuels de la fin du XIXème siècle.

C'est le célèbre critique littéraire Charles Sainte-Beuve qui, le vendredi 10 avril 1868, offre à ses amis un dîner «gras» (avec des aliments interdits, notamment de la viande).

L’année suivante, la Libre Pensée organisée reprend l'idée à Paris. Dès lors, cette tradition se poursuivra dans d’autres villes de France, avec de plus en plus de participants.

Les banquets du vendredi dit «vendredi-dit-saint» sont une manière, pour les laïcs, de s’insurger contre les interdits religieux imposés pendant le carême, période de quarante jours qui précède Pâques.

C'était une période de jeûne, plus ou moins rigoureux, en particulier pour la viande, et d'abstinence sexuelle obligatoire pour tous.

Pendant des siècles, étaient interdits les jeux, les spectacles, la danse et parfois même le rire.

«Au début, nous n’étions que dix personnes [...] les banquets se faisaient en petit comité au restaurant» explique Jeannette Sans-Allen, organisatrice de la soirée et membre active de la Libre Pensée ariégeoise depuis plusieurs années.

«Le Carla-Bayle, village natal du philosophe Pierre Bayle, empreint de tolérance, est un endroit idéal pour organiser une telle manifestation»

C’est d’ailleurs sur une idée de tolérance que Jean-Paul Scot a conclu sa conférence: «la laïcité n’est pas une idéologie antireligieuse ni une idéologie d’Etat, c’est un principe démocratique qui se matérialise et trouve son parachèvement dans la séparation des Eglises et de l’Etat»

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auteur: CD | publié le: 12/04/2012 | 20:04 | Lu: 13659 fois