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André Huertas, un destin exemplaire

© midinews 2014

Mardi dernier dans le cadre de la cérémonie de commémoration du centenaire de la guerre de 14-18, Louis Marette, conseiller général du canton et maire de Mazères a décoré André Huertas de la médaille de chevalier de la Légion d’honneur, un grade auquel cet Ariégeois a été promu par décret spécial.

Bien qu’il ait la modestie des grands, on ne peut cependant passer sous silence le courage de celui que ses camarades du 6e Régiment de Spahis algérien de reconnaissance appelaient dès le mois d’août 1944 lors du débarquement dans le Var, «le rescapé» ou le «miraculé».
Des vignes de l’Oranais aux plages du débarquement
André est né le 27 juillet 1923 à St Cloud (département d’Oran) en Algérie dans une famille de viticulteurs. «Non je ne suis pas né dans les Hauts de Seine.

Mon grand-père qui a beaucoup compté dans ma vie avait crée un relais de diligence entre Arzew et Oran qu’il avait baptisé St Cloud pour rappeler la France, le village qui s’est construit autour a pris ce nom-là
».

Le jeune André passe son bac, mais en 1939 c’est la mobilisation. Avant de partir son père lui laisse pour consigne: «mourir pour la Patrie est un honneur pour la famille», une devise qu’il fait sienne pendant ses longs mois en première ligne sur le front.

C’est dans le 6e Régiment de Spahis algériens de reconnaissance qu’il est incorporé et pour qui il sert en AFN au titre du maintien de l’ordre sur le territoire. Le 21 janvier 1944, le 6e RSAR prend l’appellation du 2e régiment de Spahis algériens de reconnaissance, unité commandée par le général de Lattre de Tassigny au sein de laquelle il combattra jusqu’en 1945.

«À partir de ce moment ma vie ne m’appartenait plus, toujours en première ligne, on a dû refaire trois fois notre régiment à cause des pertes au combat. Chaque fois que je rentrais, après avoir laissé tous mes compagnons dans la bataille, ceux qui avaient misé sur ma vie, m’appelaient le miraculé. Je n’ai pas fait la guerre par choix, je l’ai subie, mais je crois l’avoir faite avec patriotisme.

Je me souviens encore de mon baptême de feu, du débarquement à Saint-Tropez puis la remontée vers Lyon, la campagne d’Alsace ou la bataille des Vosges où nous avons été très secoués. Après la campagne de France jusqu’en avril 1945, nous traversons le Rhin avant de finir la guerre en Allemagne le 8 mai 1945
».

Plusieurs fois cité à l’ordre de son régiment pour son courage et son sang-froid, André ne fait ses confidences que dans le cercle intime et préfère ne pas mettre en avant ses exploits: «j’ai eu de la chance d’en revenir, par respect pour tous les autres, tous mes camarades qui y sont restés, je préfère ne pas en parler. Mais la devise de mon père a toujours été la mienne en toute circonstance».

Bien qu’il ait intégré l’école d’officier de Réserve en Algérie et qu’il soit destiné à faire les EOR, André a toujours refusé les honneurs et a fini 2e classe. Des qualités militaires reconnues aujourd’hui, 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et une conduite exemplaire qui lui ont valu la Légion d’honneur.

Dans son discours d’une grande sobriété, André Huertas rappelle que la «décoration que je viens de recevoir est rouge comme le sang versé par mes camarades morts aux champs d’honneur. En la recevant, je pense à eux et je ressens une joie profonde d’être encore en vie pour pouvoir l’apprécier».
Des vignes d’Algérie aux noisetiers des plaines d’Ariège
Après la guerre, André rentre en Algérie où il redevient viticulteur dans l’exploitation familiale. Mais les tragiques évènements de 1962 l’obligeront avec sa future épouse à quitter le pays. Il s’installe en Corse avec son frère, achète du maquis et y plante 100 hectares de vignes et 80 d’agrumes.

Après une dizaine d’années il vend son exploitation quitte l’île de Beauté pour la Cote d’Azur où il s’adonne à sa passion pour la peinture. «Ne vous fiez pas aux apparences, je suis un cultivateur cultivé» précise ce nonagénaire à l’œil malicieux qui a aussi édité un recueil de souvenirs.

«Enfant, nous avons d’aussi loin que je me souvienne toujours fait une cure à Ax les Thermes, car nous avions des problèmes respiratoires. Plus tard c’est avec nos enfants que nous venions en cure dans les Pyrénées ariégeoises. Quand un jour mon épouse m’a amené voir des cousins éloignés à Montaut, j’ai eu un coup de cœur pour cette plaine d’Ariège où j’ai acheté des terres.

En trois ans j’ai planté 48ha de noisetiers et 22ha de noyers. Il faut avoir un petit grain de folie pour se lancer là-dedans, transformer les noisettes en huile, pour le savon, les cosmétiques
».

Ainsi est née la boutique de l’Écureuil reprise désormais par son fils Philippe. Mais André, plein d’énergie, a toujours des projets et nous réserve encore bien des surprises.

14/11/2014 - 20:00 | Lu: 27186 fois