Les messages de tolérance et de paix de Jean-Marc Eychenne, nouvel évêque de l'Ariège
Son bureau est encore encombré de cartons. Jean Marc Eychenne, nouvel évêque de l’Ariège vient d’aménager à Pamiers et commence à prendre la mesure de sa nouvelle mission pastorale avant d’être officiellement ordonné et installé dimanche lors d’une grande cérémonie en la cathédrale de Mirepoix.
L’homme est avenant, d’allure sportive et met tout de suite à l’aise. Pas de figure de style ni d’argutie, animé par une foi inébranlable, il s’exprime avec sincérité et marche dans les pas du pape François, en se voulant proche du peuple, en connexion avec la société de son temps.
L’Ariège a des atouts et peut-être des cartes à jouer en proposant de nouvelles pistes de vivre ensemble
«Comment ne pas être sensible à cette approche du Pape François et en particulier à travers son exhortation apostolique, sa joie de l’Évangile.
Il revient souvent sur une idée à laquelle pourrait être sensible les Ariégeois et que je réutiliserai probablement le jour de mon ordination, il dit la vérité sur un monde et une église qui se cherche aujourd’hui, qui cherche une nouvelle manière de vivre, de faire société.
Les solutions viendront sans doute des périphéries et non du centre.
En Ariège on est aux périphéries géographiques, on est loin d’être le département le plus riche de France, mais en même temps face à une société de consommation qui a montré toutes ses limites, on a peut être des atouts en étant un peu en retrait, à la fois pour réfléchir et pour tenter de nouvelles pistes de vie en commun.
Nous attendons beaucoup des pistes sur lesquelles va nous engager le pape François.
Nous attendons une nouvelle encyclique sur l’écologie vue de manière globale avec une réflexion sur l’environnement et de nouveaux modes de relation interpersonnelle. Le pape va nous dire des choses qui vont certainement raisonner sur des territoires comme les nôtres».
Je ne veux pas être dans un palais épiscopal, coupé du monde, mais au plus proche des gens, chrétiens et non-chrétiens
Jean-Marc Eychenne, envoyé ici comme «pasteur ou animateur de la communauté chrétienne» n’a pas de programme préétabli, ni d’idées préconçues sur cette nouvelle mission: «je suis intéressé pour aller à la rencontre des Ariégeois, prendre la mesure de l’humanité et essayer modestement d’apporter une contribution à la réflexion commune.
Rencontrer les acteurs de la société civile, les décideurs, mais aussi m’asseoir tout simplement sur un banc à côté de la personne la plus modeste et lui demander comment elle voit la société et ce qu’elle en pense.
Je crois beaucoup en la valeur de la parole des petites gens, ceux qui ne sont peut-être pas suffisamment considérés ou qui n’ont pas beaucoup le droit à la parole, mais qui ont beaucoup de lumière à nous transmettre.
C’est un des problèmes de notre société, les classes dirigeantes ne sont plus beaucoup écoutées parce qu’elles sont beaucoup trop coupées de la réalité.
Personnellement je ne voudrais pas vivre dans un palais épiscopal coupé du monde… j’ai de la chance ici je suis dans une maison commune au plus proche des gens, des chrétiens et des non-chrétiens !»
L’évêque de Pamiers a déjà rencontré la pasteure de l’Église protestante, Agnès Pascaraut et entend également rencontrer des responsables de communautés islamiques: «j’irais également à la rencontre des gens pour lesquels les religions sont les fléaux d’une société, mais qui ont peut-être des choses à me dire.
Je les écouterai très volontiers et essaierait de voir comment ils réfléchissent, comment dans leur approche critique ils me renvoient des choses qu’on peut améliorer dans notre manière d’être croyant».
Un message de solidarité
À l’instar du pape François qui l’a nommé évêque le 18 décembre dernier, Jean-Marc Eychenne a choisi la simplicité dans les paroles employées et c’est sans tabou qu’il réagit à des questions d’actualité, notamment aux tragiques attentats du mois de janvier dernier: «ces questions-là nous percutent quelque soit notre appartenance religieuse et idéologique.
Il y a toujours cette tentation de la violence, c’est un combat au quotidien et c’est le combat de toute civilisation d’essayer de domestiquer ce qu’il peut y avoir de plus malsain dans l’homme, les psychanalystes diraient tout ce qu’il y a de plus pulsionnel par une éducation pour que l’on se retrouve sur des chemins de vie ensemble, des chemins de paix et d’harmonie.
Dans les religions il y a toujours des tentations fondamentalistes dans une lecture trop littérale, interprétative des écrits qui parfois peuvent être au sens littéraire très violents — (l y en a eu dans des écrits de référence des chrétiens).
Chacun doit avoir une lecture humanisante qui a du sens aujourd’hui, qui nous fasse toucher non pas l’enveloppe du message (la lettre), mais l’esprit. Ce que je crois c’est que les religions dans ce qu’elles ont de meilleur transmettent des messages de paix.
Quand on ne se comprend pas avec l’autre, comment dépasser cette incompréhension avec des logiques de relation non-violentes plutôt que d’être tout de suite dans la confrontation. Cette logique d’humanité doit être engagée dès la petite enfance, malheureusement on est parfois dans un monde qui propose des chemins de violence pour résoudre les conflits.
Un pays comme le nôtre équilibre son économie cette année mieux que l’année précédente sur la vente d’armes. Cela pose des questions. Des questions également sur le modèle d’humanité que l’on propose aux jeunes générations».
Le nouvel évêque ne connait pas encore ses interlocuteurs et une de ses priorités sera d’aller à la rencontre des Ariégeois, mais d’ores et déjà il entend faire passer un message de paix et d’humanité: «je suis un croyant et je trouve que le message de l’Evangile est tout à fait d’actualité et encore plus aujourd’hui qu’en d’autres temps.
Ma mission c’est d’essayer d’en être le témoin. Comme dit souvent le pape François: témoigner par les discours c’est facile, mais il faut aller au-delà, trouver une sorte d’harmonie entre notre manière de vivre et les paroles que nous prononçons.
Dans le cadre des journées mondiales de la jeunesse à Rio au Brésil j’ai demandé à un chauffeur de taxi la perception qu’il avait du nouveau pape, il m’a dit : le précédent je l’aimais bien, mais celui-là quand il parle je le comprends. C’est important d’avoir une parole qui rejoigne les gens, cette capacité à être facilement compréhensible.
J’ai beaucoup de témoignages y compris dans ma famille où beaucoup de gens ne sont pas croyants qui me disent être attentifs aux paroles de ce pape parce que cette parole les réjouit.
J’essaierai d’avoir cette parole-là qui rejoigne les gens dans leur existence concrète et qui fassent écho à la réalité qu’ils vivent au quotidien».
Jean-Marc Eychenne évêque nommé de Pamiers, du Couserans et de Mirepoix recevra l’ordination épiscopale par Robert Le Gall, archevêque métropolitain de Toulouse dimanche 15 février à 15 h en la cathédrale de Mirepoix.

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