Carla-Bayle: au Pays de Pierre Bayle la tradition d'asile est maintenue avec le Centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA)

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C’est le philosophe du Siècle des Lumières Pierre Bayle, qui donna son nom à cette bastide. Et depuis le Carla a toujours été terre d’accueil, de tolérance et d’intégration.

«Cela fait partie de notre ADN», explique Jean-Luc Couret maire de ce village de 800 habitants qui s’est porté volontaire en 1998 pour accueillir des demandeurs d’asile.

À l’époque Lionel Jospin, demandait aux préfets d’ouvrir au moins un centre d’accueil des demandeurs d’asile par département frontalier. L’élu accepte de reconvertir l’ancien centre de formation aux métiers du bâtiment situé sur sa commune avec pour seul objectif celui d’accueillir les migrants dans de bonnes conditions.

Mais cela ne suffisait pas, il arrive à négocier avec l’Inspection Académique la création d’une classe spécialisée au sein du groupe scolaire pour l’accueil des enfants non francophones leur donnant ainsi la possibilité d’apprendre rapidement et de s’intégrer.

Parallèlement il met en œuvre un système de navettes faisant le lien entre le CADA, le village du Carla ou celui du Fossat (au total 100 places d’hébergement sur le département).

C’est le seul CADA de l‘Ariège. À l’époque c’est la Sonacotra qui a sollicité l’autorisation pour ouvrir ce centre. À présent c’est la société ADOMA qui le gère en relation avec une équipe de 8 salariés sous la responsabilité de sa directrice,

Aurélie Entresangle-Delgado. Arrivée dans l’établissement depuis novembre 2013, après une première expérience dans ce domaine à Lyon, elle accueille des résidents envoyés par l’association France Terre d’Asile*, le temps que l’OFPRA instruisent les dossiers de demande d’asile.

«Ici, il y a principalement des familles et je vous assure, tout se passe bien, contrairement à d’autres centres qui accueillent des personnes seules.

80 personnes résident au Carla et 20 au Fossat, issues principalement des Balkans, du Caucase, de l’Arménie et dans une moindre mesure d’Afrique, du Nigeria notamment. 87% sont non francophones et la structure est obligée de faire appel à des interprètes venant de Toulouse, ce qui revient très cher!» avoue la responsable.

La durée des séjours est très variable, cela dépend des difficultés qu’ils rencontrent dans la gestion de leurs dossiers et de leur histoire personnelle. Les demandeurs d’asile séjournent 18 mois en moyenne et 3 ans au maximum, munis d’un récépissé attestant de leur situation qui leur permet de circuler librement, mais pas de travailler.

L’équipe d’animateurs socio-éducatifs les accompagne au quotidien dans l’attente de la décision finale, souvent négative. Ils suivent des cours de français et nombre d’entre eux participent à la vie du village, sont bénévoles dans des associations, Croix-Rouge ou «Restos» du cœur en particulier.

«L’OFII nous verse un pécule tous les mois (6,50€ par jour et par personne, il faut compter tous les mois 200€ par personne et 400€ par famille). Mais à partir du mois de décembre, c’est eux qui recevront directement cette somme, ce sera pour nous moins facile à gérer, mais c’est pour eux un excellent facteur d’intégration.

Cela leur permet d’aller directement au contact des services de la mairie pour payer par exemple le centre de loisirs
».

La réforme du droit d’asile rentrée en vigueur en juillet dernier a permis de réduire considérablement les délais. Cependant les conditions d’accès au titre de séjour sur le territoire ou au droit d’asile sont toujours aussi draconiennes et que faire de toutes ces familles qui ont fait des efforts d’intégration pendant 2 ou 3 ans, quand la demande tombe?

Plutôt qu’une reconduite à la frontière, certains préfèrent devenir sans papier et rester dans la précarité le temps de faire réexaminer son cas.

La Préfète de l’Ariège en visite ce matin au CADA du Carla veut limiter ces situations, fruit de discours souvent schizophrènes: «il faut souhaiter régulariser, mais aussi savoir reconduire selon les cas».

Cependant elle reconnait que l’objectif que s’est assigné l’État en matière de réduction des procédures de demande d’asile commence à produire ses effets (on se rapproche des 8 à 9 mois). Elle reconnait aussi que le site du Carla est tout à fait exceptionnel «la grande proximité avec les résidents du village et l’excellente collaboration avec la municipalité permet cette logique d’intégration.

Alors que globalement c’est parfois compliqué d’adresser des demandeurs d’asile dans des territoires très ruraux comme ici.

Beaucoup de demandeurs souhaitent être dans les grandes villes… ici nous avons une capacité d’accompagnement très personnalisée, un suivi dans la dentelle de la connaissance des publics et surtout un réel partage avec les résidents des communes avoisinantes… autant de paramètres qui font que l’on a plus de chance de réussir ici cet accueil que dans les grandes villes
».

L’accueil des migrants, une question de principe pour Jean-Luc Couret qui après son père est devenu président de l’Institut protestant de Saverdun, un ancien orphelinat fondé en 1640 qui abrite aujourd’hui des mineurs isolés.

Dans quelques jours ce sont des réfugiés de Calais (6 exactement) qui sont attendus dans ce havre de paix. La préfète rappelle que le dispositif d’accueil des migrants est calé au plan national: il permet de bien répartir et adapter les propositions qui sont faites aux profils des familles ainsi qu’a leurs souhaits.

«Les places des centres d’accueil sont pleines, nous réfléchissons à élargir les capacités d’accueil dans ce département dans le respect des équilibres qui font qu’on peut aller dans une logique d’intégration et d’efficacité de l’accueil notamment dans le cadre de la crise que connaissent les pays du Moyen-Orient et de l’afflux probable de réfugiés vers la France.

Le département a manifesté une très grande solidarité, que ce soient les services de l’État, les collectivités, les particuliers qui ont fait état d’une volonté de créer des capacités d’accueil supplémentaires. Nous faisons remonter ces éléments à Paris et nous attendons le retour des échanges sur l’accueil de quelques familles ou individus adressés au département
».

*France terre d’asile gère directement 3 238 places d’hébergement dans 31 centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada), répartis dans 14 régions.
Ces places sont financées par les dotations globales de financement de l’État. Les Cada sont des établissements sociaux et sont soumis à la règlementation du code de l’action sociale et des familles (article L.312-1, al. 13).
Ils ont pour mission d’héberger et d’accompagner socialement et administrativement les demandeurs d’asile admis au séjour.
L’accueil des demandeurs d’asile en France résulte de l’application de la Convention de Genève du 28 juillet 1951. C’est dans ce cadre que l’État finance les Centres d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA) français.

Laurence Cabrol | 04/11/2015 - 19:11 | Lu: 15762 fois