Privatisation des barrages relancée par Bruxelles: les agents EDF ariégeois dénoncent «le pillage d'un bien public»
À quelques jours de la conférence sur le climat, la fameuse COP 21, il y a des sujets qui fâchent…
Les agents EDF production hydraulique l’ont bien compris c’est pour cette raison que depuis hier, ils mènent des actions ici ou là partout en France, pour faire entendre «la voix de la raison» dans une affaire relancée en catimini par Bruxelles, celle de la privatisation des barrages hydrauliques.
Retour sur la mort programmée du modèle français
En 2010, François Fillon alors Premier ministre s’était engagé à libéraliser les concessions hydroélectriques au grand dam des énergéticiens européens dont les premiers opérateurs ouvrent leurs bureaux à Paris et commencent à prospecter dans les vallées.
Aujourd’hui et après cinq ans d’attente, certains comme le géant germano-suédois Vattenfall ont plié bagage préférant comme beaucoup, faire du lobbying à Bruxelles.
Entre temps la loi de transition énergétique votée l’été dernier prévoit pour sauver les apparences, la privatisation partielle et non totale des ouvrages.
Les concessions hydrauliques seraient remises en concurrence par le biais d’appels d’offres, leur exploitation se faisant par le biais de sociétés mixtes, l’État ou les collectivités locales détenant au moins 34% du capital, l’opérateur au moins 34% aussi.
Un texte et des intentions beaucoup trop floues au goût de la commission européenne qui vient de relancer le débat en ouvrant une enquête pour position dominante d’EDF dans l’hydroélectricité (EDF exploite actuellement plus de 20 000 mégawatts (MW) de concessions hydroélectriques, soit 85% du parc total d’installation, très loin devant Engie ex-GDF-Suez).
Bruxelles s’impatiente et met en demeure le gouvernement, lui enjoignant d’accélérer dans ce dossier. Paris dispose de deux mois pour apporter une réponse.
Des faits relayés par Médiapart qui publie dans un article très documenté un courrier de la commissaire européenne Margrethe Vestager à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères pour l’informer de l’ouverture de cette enquête.
Difficile en effet à quelques jours du sommet de la COP21 d’avouer que l’État s’apprête à renoncer à la maitrise de la gestion collective d’un bien public comme l’eau et d’abandonner à des opérateurs privés, l’énergie renouvelable la moins chère à produire (entre 20 et 30€ le mégawatt/heure pour 50€ le nucléaire et au-delà de 80€ pour l’éolien et le solaire) la moins polluante, le plus rentable (les installations hydroélectriques dégagent un excédent brut de 2,5 milliards d’euros par an) et la moins onéreuse pour le particulier.
«Le gouvernement s’il abandonne la rente hydroélectrique au privé sans réciprocité mettrait à mal le service public de l’électricité» et un système de péréquation tarifaire qui a fait ses preuves depuis des décennies (la France est le 2ème réseau hydroélectrique européen, les barrages bâtis pour l’essentiel comme en Ariège au sorti de la seconde guerre mondiale, sont totalement amortis).
L’inquiétude monte chez les salariés EDF qui se mobilisent pour conserver leurs emplois, mais ils insistent aussi sur le volet sécurité.
Car si l’opérateur historique n’a jamais hésité à lancer des campagnes de maintenance de plusieurs dizaines de millions d’euros pour maintenir l’état des ouvrages, infrastructures, canalisations et autres conduites forcées (voir nos sujets) qui peut garantir que la sécurité sera assurée avec le même sérieux par des opérateurs privés? demande un syndicaliste.
Enfin comment expliquer que la France soit la seule à ouvrir ses barrages hydrauliques à la concurrence, alors que les autres états européens (Allemagne, Suède, Autriche, Italie) en conservent le contrôle étroit?
D’autre part, on le sait, les barrages constituent la seule énergie stockable, disponible à tout moment pour assurer la continuité sur le réseau face aux pics de consommation et en soutien du parc nucléaire.
Mais si EDF se trouve privé de toute ou partie de sa production alors qu’en même temps il faut gérer la réduction du nucléaire (voire le démantèlement de son parc) «comment réagir face à ces nouvelles contraintes sans faire payer au prix fort l’addition aux consommateurs ?» s'interroge un agent EDF.
Beaucoup de questions restent encore sans réponse, mais peut-être que d’ici deux mois nous y verrons plus clair. En attendant, la résistance s’organise sur le terrain et le mécontentement gronde.
Les hydrauliciens ne lâcheront rien
Ce mardi, Laurent Farenc et les 180 agents ariégeois (toutes organisations syndicales confondues) ont levé le pied sur la vallée de l’Ariège, la production a accusé une baisse de 250MW et ils ont occupé la centrale de l’Hospitalet pour dénoncer «le complot qui se trame dans les sphères de l’État avec la complicité de la commission européenne».
L’an passé à la même époque, au moment du vote de la loi de transition énergétique, ils étaient montés au créneau contre une disposition autorisant la privatisation partielle des barrages hydroélectriques, deuxième source de production d’électricité en France après le nucléaire (voir notre article du 16/10/2014).
Cette fois la menace se précise.
Dans le viseur, le gouvernement qui tient un double discours et la commission européenne qui vient d’adresser une mise en demeure à la France dans laquelle la position dominante d’EDF dans le secteur de production d’électricité d’origine hydraulique est dénoncée et il est reproché à l’État français de ne pas avoir favorisé l’ouverture à la concurrence de cette activité lors du renouvellement des concessions.
«C’est une attaque sans précédent sur nos barrages et le renouvellement de leurs concessions, tempête Laurent Farenc secrétaire CGT Mines-Energie.
Le gouvernement français a reçu une injonction de Bruxelles qui empêche EDF, l’opérateur historique de se positionner sur le renouvellement des concessions.
Après les autoroutes, ils ont décidé de brader l’ensemble du parc de la production hydraulique nationale au privé qui n’a rien à faire de la sécurité des ouvrages ou de l’emploi des salariés!
L’an passé on avait déjà tiré la sonnette d’alarme, car la production hydraulique représente en Ariège le premier employeur (17 barrages, 4 groupements d’usine, sans compter tous les ans les programmes de maintenance, de travaux, qui génèrent de l’activité et de l’économie dans les vallées).
Les élus locaux de la majorité présidentielle nous avaient traités de menteurs, d’affabulateurs, des pressions avaient été faites pour que certains d’entre eux n’assistent pas à nos réunions…
Aujourd’hui la loi sur la transition énergétique a été votée, mais demain n’importe quel groupe pourra se porter acquéreur et faire du fric sur notre dos…
C’est un scandale on brade un bien public et on vole aux citoyens leur propre patrimoine sans que personne ne s’en émeuve!»
Si les agents ont investi hier soir la centrale de l’Hospitalet, ils ne comptent pas en rester là: «au terme de la réunion que nous aurons jeudi avec notre directeur départemental, nous déciderons de poursuivre ou pas nos actions.
Je ne vous cache pas que nous sommes partis pour tenir la distance même s’il le faut durcir le mouvement… on ne va pas se laisser plumer par des technocrates qui vont décider de leur bureau de l’avenir des barrages!
Depuis 10 ans on assiste impuissants à la fermeture des Douanes, de la Gendarmerie, d’EDF dont les services sont désormais centralisés à Ax, on nous parle de fermer la gare SNCF… l’Hospitalet et au-delà le département de l’Ariège, vont devenir un désert économique… on se bat pour que nos enfants aient du travail !»
dans la même rubrique
- «Plus fort que le glaive est mon esprit»
- Foix: ras-le-bol des orthophonistes ariégeois
- Régionales 2015: les rapports de force à un mois du 1er tour
- Économie, emploi, démographie: l'Ariège se regarde dans le miroir
- ANEM: l'acte 2 de la Loi Montagne s'écrit aussi de l'Ariège
- Privatisation des barrages hydrauliques: les élus de la montagne soutiennent un service public d'hydroélectricité
- Privatisation des barrages relancée par Bruxelles: les agents EDF ariégeois dénoncent «le pillage d'un bien public»
- Impôts locaux des personnes âgées modestes: les services fiscaux de l'Ariège précisent les modalités d'exonération
- Foix: «pour que leur métier ne disparaisse pas», les orthophonistes appellent à une grève générale
- L'Ariège et l'Andorre main dans la main pour sécuriser les accès pyrénéens face aux risques d'avalanches
- Lavelanet: DR Technologie se développe
- L'Ariège bien représentée à la grand'messe du management de centre-ville à Toulouse
- Pays d'Olmes: une entreprise qui fabrique des chalets paie ses salariés avec des chèques en bois
- Emploi en Ariège: un léger mais nouveau recul du chômage pour le mois de septembre
- La Chambre de métiers de l'Ariège organise son Job-dating spécial apprentissage: 24 offres à saisir tous secteurs confondus pour le secteur de Foix-Haute Ariège
- Octobre 1983 - octobre 2015: 32 ans après l'attentat du Drakkar, les paras du 1er RCP rendent hommage aux victimes









