L'Ariège bien représentée à la grand'messe du management de centre-ville à Toulouse

Crédit photo: Lydie Lecarpentier

Plus de 165 participants représentant les huit départements de Midi-Pyrénées et quelques voisins du Languedoc-Roussillon, ont répondu ce lundi à l’invitation de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Toulouse et de l’Union Régionale du Commerce pour participer aux rencontres régionales de management de centre-ville et de territoire.
Les cœurs de ville ont perdu de leur séduction, de leur dynamisme, une réalité constatée, mais pas une fatalité
Les centres-villes et les quartiers ont subi une perte du nombre de leurs commerces et connu des difficultés dans l’exercice de l’artisanat et des services: trop de villes ont perdu de leur dynamisme, de leur animation, de leur séduction.

Leur sociabilité et leur sécurité s’en sont trouvées également affectées. Ce dépérissement n’est pourtant pas inéluctable: une volonté politique forte des différents acteurs, appuyée sur la mise en place d’un véritable projet de ville, a déjà produit son effet dans plusieurs villes.

Ces actions ont aussi mis en évidence des besoins nouveaux et des compétences originales. Ainsi s’est développé le nouveau métier de «Manager de centre-ville».

Devant ces nouveaux besoins, les nouvelles habitudes de consommations liées à l’ère du numérique ou les interrogations posées par l’éclatement du modèle urbain, écartelé entre centres-villes et zones péri-urbaines aux intérêts contradictoires, le rayonnement d’un centre-ville doit s’appuyer sur des méthodes et des outils lui permettant de dépasser sa fragilité et sa complexité.

Les régions Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes ont saisi l’importance de ce dossier et soutiennent un dispositif expérimental qui commence à faire ces preuves. Mais comme l’a rappelé Didier Gardinal, président de la CCI Midi-Pyrénées dans le cadre de ces Rencontres du Management de Centre-Ville, «le financement de l’État est une condition indispensable à la réussite du projet».

Des acteurs européens, des managers de centre-ville et présidents d’associations de commerçants ont participé à cette journée, venant témoigner devant les collectivités locales sur l’urgente nécessité de mettre en place des outils de gestion efficaces et des partenaires stratégiques.

«L’objectif de cette journée est d’apporter des solutions face à la situation économique dégradée des cœurs de ville et de montrer des exemples de réussite en la matière.»
Une intelligence collective partagée
Josiane Gouze-Fauré, présidente de l’Union Régionale du Commerce, très investie au plan local, a rappelé les objectifs et les missions de sa structure regroupant 224 associations et fédérations de commerçants:

«Notre objectif est de rassembler les forces vives du commerce de la région et de porter d’une seule voix, une stratégie pour le commerce de proximité, véritable facteur de lien social.»

La présidente de l’URC a également lancé un cri d’alarme en direction de l’État et la raréfaction des fonds publics dont le FISAC: «dans un contexte économique difficile, les commerçants souffrent et les centres-ville se dégradent», avant de plaider en faveur d’une intelligence collective partagée, fondée sur un partenariat public/privé au service d’un objectif commun, celui du développement de l’attractivité du centre-ville.

«Face aux modifications de modes de vie, des comportements d’achats, nous assistons depuis plusieurs années à une véritable fragilisation des centres-ville, avec des déséquilibres entre les formes de distribution et une explosion du e-commerce (…)

La volonté de rendre visible le commerce auprès des décideurs politiques conduit l’Union Régionale du Commerce à défendre un nouveau mode de développement et d’organisation des entreprises du commerce grâce à la fonction de manager de centre-ville qui permet de faire travailler ensemble tous les acteurs (…)

Cette démarche est basée sur la connaissance de l’offre et de la demande à travers un diagnostic partagé. L’objectif étant de faire du commerce un moteur d’attractivité du centre-ville et revitaliser celui-ci par le dialogue, le partage de la qualité, la mutualisation des projets, des moyens et des compétences.

Son rôle est d’être en parfaite synergie avec les contrats de ville en cours. Cette synergie entre le management de centre-ville et la politique de la ville permettra d’œuvrer pour une véritable politique de développement des centres urbains et des territoires.
» Un message qui sera à ne pas en douter, arrivé aux oreilles des élus ariégeois présents dans la salle.
C’est la pluralité qui fait la force
Preuve que le sujet est d’actualité et qu’il constitue une préoccupation prégnante des élus et des associations de commerçants: parmi les participants à ce séminaire les responsables des associations de commerçants de Tarascon, St Girons, Foix et Pamiers, mais aussi des élus représentant les communes ou intercommunalités du territoire sensibilisés par cette problématique.

Les villes de Foix et Pamiers s’inscrivent depuis une année dans cette démarche innovante.

Élisabeth Clain, élue à Foix en charge de l’économie et du tourisme précise qu’en septembre 2014 elle faisait déjà partie d’une délégation en visite à la CCI de Tarbes, précurseur en matière de management de centre-ville et qu’au mois d’octobre de la même année elle assistait à un colloque international sur cette thématique (une thématique que l’on retrouve partout en Europe):

«Cette rencontre vient dans la continuité. Il y a des choses qui nous interpellent bien entendu, car il en va de la survie de nos centres-bourg. Nous avons conscience de l’équilibre précaire qui règne entre la périphérie et le centre.

L’idée de dédier une personne au développement du territoire, un manager qui définit les plans d’action, fédère les acteurs locaux de façon plus collégiale, travaille sur le développement économique du territoire avec des fonctions d’expertise, de conseil, semble une piste intéressante (reste à aborder le financement).

Par contre cette réflexion sur le centre-ville de Foix est antérieure à la politique de la ville bien que l’on retrouve la même transversalité… Il y a un volet économique engagé au soutien de ce commerce de proximité, tout cela est complémentaire.
»

De son côté Jean-Marc Salvaing, élu en charge du développement économique et du commerce à Pamiers constate, en marge des débats, que sa ville n’est pas en retard en la matière: «On nous compare souvent à Tarbes avec ses 48 000 habitants, mais Pamiers n’a que 17 000 habitants et pourtant nous avons un office du commerce opérationnel depuis plusieurs années déjà.»

Selon lui beaucoup de choses enrichissantes lors de ces conférences thématiques notamment des expériences faisant le lien entre commerce électronique et traditionnel ou la mise à disposition d’une personne dédiée à l’aménagement des vitrines des boutiques pour les rendre plus attractives.

«Toutes les villes souffrent de la perte de vitesse des commerces du centre, nous avons rencontré des responsables de la grande région élargie (Narbonne, Perpignan, Béziers), ils nous ont apporté leur ressenti, des idées (…) De notre côté nous montons beaucoup d’animations au centre-ville pour amener les gens à découvrir ou redécouvrir ces commerces de proximité.

À Tarbes, la mairie a racheté un complexe immobilier et met à disposition des surfaces de 100 à 200m2 pour l’installation de boutiques au centre. À nous de travailler dans ce sens-là, proposer un pôle qui permettrait d’accueillir des commerçants et y faire venir des enseignes importantes pour revitaliser notre centre-ville.

Nous travaillons d’arrache pied sur ce dossier avec Hubert Lopez et ne sachant pas encore à quelle hauteur nous allons bénéficier des futurs financements fléchés par la politique de la ville nous faisons actuellement avec les moyens du bord.
»

Pour Élisabeth Cance, présidente de l’association des commerçants de Pamiers: «l’esprit de communication et d’ouverture sur les autres a guidé les échanges de cette journée de travail… C’est un élément phare surtout quand la conjoncture est morose.

Cette réunion a été très constructive, cela nous a permis de rencontrer d’autres associations, des élus et des techniciens de CCI, chacun avec son expérience, a développé des idées.

Cela nous a permis de prendre conscience que la plupart des villes rencontrent les mêmes difficultés et face à la situation, le manager est un élément central, un partenaire actif, un élément de coordination, d’organisation qu’il faut mettre en réseau avec les élus et les techniciens des chambres consulaires…

Il n’y a pas que l’association des commerçants autour de la table, il y a aussi les banques, car quand on veut investir il est important de les avoir pour partenaire. Mais la communication et l’échange entre les différents acteurs ne sont pas suffisants, il faut que cette dynamique soit portée par une volonté politique forte.

Le facteur humain reste indispensable pour fédérer tout type d’activité et tous les gens sans exclusive sont intéressants du moment qu’ils partagent le même projet… c’est la pluralité qui fait la force!
»

Laurence Cabrol | 29/10/2015 - 19:18 | Lu: 8312 fois