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Vautour fauve et pastoralisme, une cohabitation difficile

Le vautour fauve avec son envergure de 2,60m, son air inquiétant (c’est un rapace doté d’un bec et de serres spécifiquement adaptés à la nécrophagie) et son activité d’équarisseur naturel, a mauvaise réputation.

Lucien Piquemal berger sur l’estive de Liers dans le Couserans n’aime pas les vautours… il les côtoie régulièrement et de plus en plus près depuis quelques années.

Il est vrai qu’après l’épidémie de vache folle et la fermeture en 2003 sur le versant espagnol (Aragon, Navarre, Pays Basque) des «muladares», plate-formes de nourrissage qui permettaient aux porcheries industrielles de se débarrasser de leurs déchets, près de 7000 vautours se sont retrouvés du jour au lendemain sans nourriture.

Cette situation de disette en Espagne a incité le mouvement de vautours espagnols vers la France avec l’amplification de certains facteurs comportementaux comme la diminution de la méfiance vis-à-vis de la présence humaine, une pression souvent pesante sur les estives ou une mise en action plus rapide des curées.

Lourds et massifs, ces oiseaux planeurs utilisent les courants ascendants thermiques peuvent parcourir des centaines de kilomètres à la recherche de nourriture (ainsi on peut les observer jusqu’au Plantaurel).

«Traditionnellement, les vautours mangent le placenta après un vêlage ou un agnelage, explique Julien Vergne, chargé d’étude à l’Association des Naturalistes de l’Ariège (ANA), mais aujourd’hui on observe parfois qu’ils n’attendent plus que le veau ou l’agneau se soit relevé.

Ils mettent la pression et, attirés par le sang du placenta, il arrive qu’ils donnent un coup de bec sur l’animal lui-même […] Nous avons pu observer que ces prédateurs pouvaient aussi s’attaquer à des bêtes malades ou affaiblies […]  ces cas sont encore isolés et ces situations anecdotiques
»

Lucien Piquemal a perdu au mois de juin un veau: «j’étais à la cabane avec mon fils et un ami […] en face sur l’estive une vache était en train de vêler […]

Je voyais bien aux jumelles que les vautours attendaient, puis ils se sont fait pressants, sont même montés sur le dos de la bête […] la vache s’est battue, elle a été courageuse mais la fatigue aidant elle a renoncé à défendre son petit qui a été dévoré par les rapaces […] j’y ai assisté impuissant.

Le lendemain matin sur les lieux, il n’y avait plus rien
»

Depuis 2007, les témoignages se multiplient sur les estives ariégeoises, vers Aulus, Couflens, les vautours se rassemblent autour de bêtes isolées ou malade et guettent le moindre faux pas.

«Je les ai vus faire, ajoute notre berger, avec une jument malade, ils attaquent par derrière, rentrent dans l’animal pour le dévorer […] 50 à 100 vautours sur un périmètre d’un hectare, cela fait des dégâts, pendant 15 jours.

Il y a une odeur horrible, si bien que les bêtes ne peuvent plus pacager ensuite […] quel dégoût, il reste ensuite la peau, la tête et les os […] personnellement quand j’ai une bête morte comme le mois dernier, foudroyée un jour d’orage, je préfère la sortir !
»

Il n’y a pas d’indemnisations prévues face aux prédations engendrées par les vautours mais les ministères de l’environnement et de l’agriculture ont décidé au niveau européen la réouverture de places de nourrissage côté espagnol et l’organisation de placettes dans les autres régions, ceci afin de retrouver un équilibre entre pastoralisme et vautours.

Pour Julien Vergne, observateur privilégié des rapaces dans les Pyrénées ariègeoises, «les vautours nichent côté espagnol ou dans les Hautes Pyrénées mais l’été ils se regroupent en dortoirs où ils passent la nuit […] ils ne sont actifs que pendant la journée où ils cherchent des charognes […]

Véritables agents de salubrité, l’intervention des vautours en milieu ouvert évite la contamination des eaux de source car leur puissant système digestif empêche la propagation des virus et bactéries […]

Le fait que le vautour fauve puisse parfois être à l’origine de la mort de bétail domestique est désormais un fait attesté mais ces cas restent cependant très exceptionnels (mise bas difficile, bête agonisante ou en situation de faiblesse).

Persécuté à partir du 19ème siècle, le Vautour fauve était au bord de l’extinction dans les Pyrénées françaises au début des années 1970.

Aujourd’hui, l’espèce est protégée par la loi, le vautour percnoptère et le gypaète barbu font l’objet de plans nationaux de restauration sur des fonds européens permettant de maintenir ou de redynamiser ces populations […] et de maintenir l’écosystème
»

Des associations comme la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) se battent pour préserver ces grands rapaces.

La réalisation d’un inventaire, d’une enquête sociologique et la mise en place de groupes de réflexion, mobilisent toutes les énergies des partenaires (naturalistes, professions agricoles) afin de trouver ensemble les moyens d’une bonne gestion soucieuse de la préservation de la biodiversité et des intérêts du pastoralisme pyrénéen.

Photos et vidéo: ©AriegeNews TV 2009 - Remerciements à Ryton Cazenave
Crédits photos Vautours: Loflo, Kristian Sekulich

Laurence Cabrol | 11/09/2009 - 19:06 | Lu: 62258 fois