Foire de Tarascon/Ariège: tradition et authenticité au coeur des vallées
Le week-end dernier la traditionnelle foire du 8 mai n’a pas dérogé à la règle, attirant des milliers de visiteurs venus de toute la région.
Cette manifestation s’inscrit dans l’histoire de cette ville au carrefour des vallées, sur les chemins de transhumances menant vers les estives du Haut-Vicdessos, de la Courbière, du St Barthélémy, de l’Aston… elle a vu défiler durant des millénaires des troupeaux d’ovins, de bovins et de chevaux qui faisait l’objet d’échanges avant la montée en estive.
Relancée il y a une dizaine d’années par la municipalité et l’association des Pastous, la foire de printemps est devenue la vitrine du pastoralisme et de l’élevage ariégeois, mais pas seulement comme l’indique Alain Sutra, maire de la ville, heureux d’inaugurer cette 758e édition: «la foire de Tarascon existait déjà au Moyen-Age et depuis une dizaine d’années nous lui avons donné une dimension commerciale (plus de 200 exposants se pressent dans les rues de notre cité) tout en gardant la spécificité de son histoire liée à la ruralité a laquelle nous sommes attachés.
Aujourd’hui on y retrouve l’ambiance d’antan, ici rien n’est scénarisé c’est authentique comme nos pâtres. Ce qui fait la richesse de Tarascon c’est que c’est un lieu de rencontre, c’est la première sortie après un hiver parfois rigoureux, il y a un caractère social derrière l’aspect commercial.
Je suis heureux d’avoir participé à sa relance et d’en avoir fait grâce à l’investissement de tous un vrai évènement dont le succès ne se dément pas d’une année sur l’autre».
Et c’est avec son conseil municipal, aux côtés du maire de la ville de Monçào au Portugal (une des villes jumelées avec Tarascon) d’Alain Naudy et de Nadège Sutra-Denjean conseillers départementaux, qu’il a officiellement inauguré la foire de printemps.
Un évènement qui en ce 8 mai prend un tour particulier avec les cérémonies au monument aux Morts.
Le pastoralisme, une véritable économie de montagne
Dès potron-minet, plusieurs dizaines de producteurs ovins se sont retrouvés sur le foirail pour vendre ou compléter leur troupeau. La Tarasconnaise, race vedette de la Haute-Ariège reconnaissable à ses cornes recourbées.
Cependant nous rencontrons parmi une espèce «exotique», des «Montagnes noires» que l’on trouvait autrefois sur le piémont pyrénéen, jusqu’à St Gaudens.
L’espèce avait disparu en Ariège et c’est grâce à l’investissement de quelques éleveurs comme Gérard Respaud qu’on retrouve cette race appréciée par les bouchers pour sa viande: «non nous ne sommes pas en concurrence avec les Tarasconnaises, notre montagne Noire plait à tout le monde, on nous achète des reproducteurs, des mâles pour faire des croisements et des agneaux, car ils sont beaucoup plus viandés».
Parmi cette foule bigarrée, des grossistes en bétail, reconnaissables à leur blouse noire essaient de trouver les bonnes affaires. Parmi eux certains viennent de loin comme Jean-Christophe Delburg, un habitué basé en Dordogne: «chez nous il y a peu de moutons, nous venons ici, car il y a de la qualité.
Nous revendons aux bouchers, aux abattoirs… il faut être patient, attendre un peu que les prix baissent !»
Mais en affaire les éleveurs ariégeois sont têtus: «on dorlotte nos bêtes pendant des mois, vous pensez bien qu’on ne va pas les brader» avoue cet éleveur pragmatique.
Plus que le folklore et la tradition réunis, la foire de Tarascon c’est la vitrine de l’économie locale, des savoir-faire à travers les races de montagne et les produits alimentaires de grande qualité gustative, environnementale que l’on trouve aux détours des stands.
Une manière de se rencontrer pour échanger sur le métier et montrer que malgré les difficultés il est bien vivant.
Parmi les belles rencontres de cette foire, celle de Jean, éleveur bovin retraité à Serres/Arget qui transmet sa passion à Catherine une jeune australienne tombée amoureuse de l’Ariège: «chez moi on travaille différemment, les espaces sont plus vastes et les troupeaux plus importants…
Je suis installée depuis cinq ans et Jean m’apprends à faire des piquets, à m’occuper des bêtes… j’ai choisi de faire des chèvres et de la volaille en plein champ !»
Focus sur l’élevage ovin ariégeois
Malheureusement cette année les affaires n’étaient pas au rendez-vous pour les éleveurs ovins. Le plus gros lot de la foire est reparti sans trouver acquéreur.
Preuve que malgré la qualité on n’est pèse pas bien lourd du fond de son Ariège face au marché européen (voire mondial) et aux fluctuations du cours de la viande.
L’élevage ovin ne se porte pas vraiment bien, les Néozélandais ont baissé leur production et se sont ouvert vers l’Asie, le marché du Maghreb est en chute libre et les prix sont de moins en moins rémunérateurs pour les éleveurs ovins ariégeois qui participent pourtant avec leurs cheptels à entretenir les terres les plus pauvres et éviter l’«ensauvagement de la montagne» comme ils aiment le rappeler.
Au fil des années leur nombre ne cesse de décroitre (ils ne sont plus selon le syndicat ovin que 350 professionnels c’est-à-dire des éleveurs possédant un troupeau de plus de 50 brebis) et 50 % de ces éleveurs ont plus de 50 ans.
Les marchands ne s’y trompent pas ils viennent de loin comme Philippe Malzac originaire du Gard, pour la qualité des ovins ariégeois: «depuis une trentaine d’années nous importons de la Tarasconnaise.
Nous venons chercher des reproducteurs, des agnelles pour l’élevage ou des agneaux pour l’engraissement». En fin de foire, le discours est plus pessimiste… «Les éleveurs s’appliquent c’est dommage, mais il est trop tôt pour les ventes d’automne.
Nous avons fait de bonnes ventes à Pâques, les Anglais, les Espagnols, les Irlandais ont des stocks d’agneau sur les bras qu’ils ont du mal à écouler. Le prix de la viande vivante ne cesse de chuter, c’est démoralisant pour tout le monde.
Ce matin un lot de 250 agneaux n’a pas trouvé acquéreur, c’est la première fois que l’on voit ça… à la fin du mois c’est la fin de la prime et dans un mois le départ à la montagne. Cette année la fête musulmane de l’Aid est programmée le 24 septembre soit trois jours après la première foire, celle de Vicdessos.
Si on veut acheter des moutons, il faut aller les chercher à la montagne le 15 aout, ils seront comme des planches !»
Autant de paramètres qui devront pousser les éleveurs à engager une réflexion sur leur manière de travailler et d’anticiper sur l’avenir.
Peut-être faudra-t-il imaginer une autre méthode de travail, d’autres pratiques pour valoriser les races rustiques ariégeoises. La profession s’interroge.
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