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Luzenac: malgré l'adversité la transhumance a bien eu lieu

© midinews 2015

L’éboulement de la RN20 le 27 mars dernier associé à l’effondrement de l’unique route conduisant au hameau du Sourtadeil et au-delà a la vallée du Labail avait de quoi compromettre la traditionnelle transhumance réalisée tous les ans par les éleveurs du groupement pastoral (GP) de Luzenac-Unac.

C’était sans compter sur la détermination de ces hommes (et femmes) qui dans l’adversité ont fédéré leur énergie pour ouvrir un ancien chemin communal fermée depuis plus de 60 ans (voir notre sujet du 16 avril 2015). Un formidable élan de solidarité qui a porté ses fruits permettant aux 22 éleveurs de monter leurs bêtes à la montagne, soit 400 bovins et 80 chevaux de Mérens.
Une tradition perpétuée coûte que coûte
Samedi matin il y avait donc une ambiance un peu particulière sur la place du village pour cet événement qui a pris cette année tour festif avec la présence de plus de 60 randonneurs venus accompagner au terme de 2 h 30 de marche ces troupeaux.

Les équins sont arrivés les premiers, franchissant le pont de la déviation avant de rejoindre leurs emplacements et se voir dotés de sonnailles de différentes couleurs en fonction des élevages.

Pour Anaïs, éleveuse aux Cabannes, c’est indispensable: «outre l’aspect esthétique c’est surtout pour entendre les juments dans la montagne et les repérer dans les bois quand elles mousquent (chassent les mouches), on a besoin de savoir si on a tout le troupeau…

Chaque éleveur a sa couleur, mais on arrive à reconnaitre les bêtes en fonction de leur morphologie aussi: longueur de la crinière, traces blanches…
»

C’est Raymond Asna, le responsable des équins qui a relancé dans les années 60, en même temps que la jumenterie, cette tradition: «les éleveurs de cette vallée n’ont pas besoin de se déplacer très loin pour monter leurs bêtes et c’est une tradition indispensable pour nettoyer la montagne, éviter l’ensauvagement.

Mais cette année, il a fallu se retrousser les manches, avoue Raymond à cause de cet éboulement. Nous avons dû rouvrir un ancien chemin, un formidable élan de solidarité et une petite victoire sur la montagne
».

Enfin les bovins arrivent par camion sur la place de Luzenac (la route nationale leur est interdite) et c’est Alain Rouzaud, président du GP qui orchestre les opérations. Depuis deux mois avec son épouse il fait partie des oubliés du Sourtadeil, obligés d’emprunter plusieurs fois par jour le chemin des bêtes pour accéder à leur ferme totalement coupée du monde.

Pour lui cette transhumance est symbolique, c’est une manière de résister à l’adversité: «nous sommes un peu pénalisés, heureusement que nous avons rouvert cette piste, car 3 km nous sépare de notre ferme à pied, en attendant que quelque chose se décide.

Quant aux bêtes, une fois qu’elles seront à la montagne avec le berger, nous serons un peu tranquilles, mais le problème va se poser pour faire de l’herbe pour l’hiver… je n’ai pas de route, je n’ai pas de solution !
»

Justement son épouse Ghislaine arrive après 20minutes de trajet pour se joindre au petit groupe: «en montant la piste est raide, et avec le ravitaillement sur le dos encore plus… tout devient compliqué, le seul fait de voir la famille prend des proportions souvent insurmontables… je regrette de ne pas voir mes petits enfants aussi souvent que je le souhaiterais».

Pour Paul Asna qui a participé activement à la réouverture de ce chemin emprunté ce samedi par les premiers troupeaux, ce n’est pas une solution durable : «nous n’avons toujours pas de réponse des pouvoirs publics, on ne sait toujours pas où l’on va pour les troupeaux, mais surtout pour la famille Rouzaud abandonnée du monde.

Aujourd’hui une partie de la RN20 est à nouveau praticable, la voie ferrée aussi, mais on n’entend plus parler de quoi que ce soit pour le reste…
»

Plusieurs dizaines de personnes ont répondu à l’invitation du comité des fêtes pour cette transhumance «nouvelle génération» et c’est souvent en famille que les randonneurs ont suivi le pas des chevaux et des bovins, à travers cette nature intacte.

«Si nous avions pu utiliser la route nous aurions pu monter la logistique avec nos véhicules et organiser le repas de midi sur la pelouse des estives, regrette Paul qui avec le comité des fêtes est contraint de proposer en solution de repli, un déjeuner convivial au village.

Laurence Cabrol | 01/06/2015 - 19:07 | Lu: 25443 fois