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Jacques Laffargue, des avions à la forêt en passant par l'hémicycle du Conseil Départemental

© midinews 2015

Ingénieur depuis 38 ans chez Airbus, Jacques Laffargue connait l’histoire du groupe aéronautique sur le bout des doigts, reliant même un évènement de sa vie privée à tel ou tel programme aéronautique.

«En 77 Airbus n’était pas le poids lourd que l’on connait aujourd’hui… l’A 300 avait du mal à démarrer.

C’est un peu grâce à l’astronaute Franck Borman que le marché de l’avionneur européen a vraiment décollé à la fin des années 70. En effet, à sa retraite l’homme qui a marché sur la lune est devenu conseiller, puis vice-président d’Eastern Air Lines et s’est intéressé à notre programme A300 au point d’acheter une quarantaine d’avions.

Les autres compagnies aériennes ont suivi. Il faut dire que l’avion était fiable. Peu à peu les nouveaux modèles ont apporté leur lot de nouveautés : avec l’A310 on a testé le pilotage à deux, l’A320 a été un produit révolutionnaire suscitant l’enthousiasme des utilisateurs: commandes de vol électriques, moteur performant, fuselage étudié raccourci…

Pour la première fois nous avons tenu compte des demandes des compagnies aériennes et nous avons proposé des configurations vraiment novatrices, remportant l’adhésion des pilotes qui avaient l’impression de changer d’époque !»

Le nombre de passagers augmente, en même temps que leur rayon d’action, dans les années 90 on passe au quadriréacteurs… de son côté Jacques s’occupe de la formation, installe des simulateurs à Miami, en Asie puis participe directement à la mise en place du programme A380, un seul fuselage sur trois étages, des matériaux composites, un déploiement de moyens fantastiques pour l’assembler.
Des avions aux forêts ariégeoises
Après 20 ans passés au training center d’Airbus puis 17 ans sur les programmes de l’avionneur européen, Jacques a changé de vie. Il a fait une première apparition en politique lors des dernières élections municipales de Pamiers sur la liste d’Alain Fauré.

Mais depuis deux mois, il est à présent conseiller départemental du canton de Pamiers 1 et travaille en binôme aux côtés de Marie-France Vilaplana, maire de Bénagues, vice-présidente de la communauté de communes de Pamiers qui en est à son second mandat.

«J’ai fait le grand saut, c’est mon premier mandat électif. Même si j’ai été élu au centre régional de la propriété forestière (CRPF) et si j’ai pendant de longues années (18 ans) représenté les propriétaires privés forestiers, mes premiers pas en politique sont très récents».

 Cet ingénieur issu de la société civile est appelé en 2008 au conseil économique social et environnemental où les élus le consultent pour son expertise de la forêt, mais aussi ses connaissances du monde économique.

Appaméen de souche au tempérament bien trempé, il avoue avoir toujours aimé le contact humain: «j’ai été porté par les idées humanistes de gauche, je tiens cela de mon père médecin de campagne qui a fondé la maternité de Pamiers et a fait naitre plusieurs centaines de petits Ariégeois…

Je viens d’un milieu modeste et aujourd’hui je suis heureux de représenter le terrefort, celui des fermes que je connais bien pour avoir, enfant, accompagné mon père chez ses patients. Mes racines, mes souvenirs sont ici».

Après avoir voyagé dans le monde entier, il revient au pays pour y être utile, tant pour ses compatriotes que pour contribuer à la réussite des projets collectifs qu’il entend mener avec l’équipe nouvellement installée.

Ce n’est pas un hasard si Henri Nayrou et Roger Sicre ont pensé à lui pour être le «Monsieur économie» du nouveau conseil départemental  (il est présent dans les commissions, économie, tourisme, développement du territoire, fonds européens et travaille en relation avec Pascal Allard).

«Henri Nayrou quand il était à l’ANEM m’a consulté pour la loi forestière de 2000 c’est à ce moment que l’on a sympathisé».

C’est un des rares conseillers départementaux à venir de la société civile et à ne pas être encarté: «les Appaméens ne veulent pas de clivages, on voit où cela peut mener » ponctue le jeune élu.

En poste depuis deux mois, il a rapidement pris ses marques, très investi par ses nouvelles responsabilités, il ne manque aucune réunion. «Je siège dans une trentaine d’organismes, cela va de la vice-présidence d’Ariège Expansion au Sesta, en passant par une présence au lycée agricole, c’est un boulot à plein temps !»

Et des idées à la minute que ce soit en matière de promotion des circuits courts dans la filière bois ou d’économie touristique: «je suis originaire d’une vieille famille appaméenne qui descend du musicien Gabriel Fauré.

Partant du constat que les asiatiques sont très friands de cette musique, pourquoi ne pas faire venir des tours opérateurs dans le cadre du festival Fauré et proposer à tous ces visiteurs, amateurs de musique classique des circuits touristiques au départ de Pamiers ?
»

Mais le «Monsieur économie» est également le «Monsieur bois» du Conseil Départemental.

L’assemblée a pris conscience depuis de longues années de cette richesse: «c’est la première forêt des huit départements de Midi-Pyrénées, mais pour qu’elle devienne une véritable richesse il faut réussir à fédérer les petits propriétaires, ceux qui n’ont qu’une poignée d’hectare, de manière à créer des unités de gestion cohérentes».

Et pour cela Jacques Laffargue soutient, en relation avec la fédération pastorale la création d’associations syndicales libres de gestion forestière (ASLGF) «ces structures proposent un plan de gestion concerté permettant de mettre cette forêt sur pied en musique, l’exploiter et surtout la faire prospérer en replantant, revalorisant, respectant les essences nobles».

Le département a répondu à un appel à projets de l’ADEME (Dynamic Bois 2015) sur les réseaux de chaleur (approvisionnement de microréseaux comme la centrale de Montégut-Plantaurel, la ville de Foix ou la friche de Lédar): «nous sommes la locomotive de ce projet (porté par des fonds européens) cependant nous nous sommes entouré des acteurs de la forêt ariégeoise comme le PNR, les entrepreneurs de travaux forestiers, les coopératives…

Cela consiste à organiser des réseaux de chaleur pour petites structures et d’aller chercher le bois dans un rayon de 20 km maximum pour favoriser les circuits courts. A partir des bois exploités, on replante les essences et on favorise le renouveau de la foret ariégeoise
».

Jacques Laffargue a du pain sur la planche pour les années à venir. C’est loin de lui déplaire.

Laurence Cabrol | 26/06/2015 - 19:09 | Lu: 10346 fois