accueil  |  ariège   |  france

En Ariège les abeilles de la solidarité se multiplient et reconstituent peu à peu les cheptels disséminés

© midinews 2015

Le printemps s’annonce rempli de promesses pour les apiculteurs ariégeois.

Après le formidable élan de solidarité du mois de mars dernier qui a permis de distribuer deux cents essaims venus de toute la France aux professionnels confrontés aux problèmes récurrents de mortalité des abeilles, nous avons rencontré ces apiculteurs, dopés d’énergie positive.

«Après la période 2007-2008 où nous avons rencontré de gros problèmes de mortalité, les pertes de ruches à la sortie de l’hivernage et les problèmes de trésorerie pour continuer notre activité, ce don d’essaim nous a permis de remettre le pied à l’étrier» commente Sylvie Humbert, apicultrice dans la vallée du Montcalm qui a reçu une dizaine d’essaims.

«A travers cet acte de solidarité unique, organisé par la FFAP et la Confédération Paysanne, nous avons repris courage !» poursuit l’apicultrice qui grâce à ces essaims de la solidarité va reconstituer son cheptel.

Faire table rase du passé
En guise d’exutoire collectif ou comme pour exorciser un passé douloureux, c’est en présence de ses deux stagiaires et d’un ami apiculteur qu’elle brûle les cadres de ses anciennes ruches.

«Elles étaient remplies de miel et de pollen (preuve que les abeilles ne sont pas mortes de faim !) Malheureusement comme on ne sait pas encore d’où vient le mal, bien que l’on ait retrouvé des traces de molécules au niveau du miel et du pollen que les abeilles peuvent stocker pour passer l’hiver, on ne peut pas se permettre de les garder pour les essaims de printemps et le nouveau cheptel […]

L’idée c’est de tout brûler, nettoyer, refaire des cadre neufs pour reconstituer des ruches saines. C’est l’avenir de notre production
»
 
Une réalité que le jeune Stéphane touche du doigt depuis quelques jours.

Le filleul de notre apicultrice est tenté par le métier, mais les difficultés que rencontrent les apiculteurs ne l’incitent pas à franchir le cap de la réflexion.

«Depuis plusieurs jours, je gratte de la ruche, je fais des cadres pour mettre les essaims à produire… c’est un peu décourageant, car ce qui m’intéresse dans ce métier très vivant, c’est la polyvalence, le contact avec la nature. Actuellement il y a beaucoup trop d’incertitudes et après tous les problèmes que rencontre la profession, je ne sais pas si j’irai jusqu’au bout !»

Tous ne sont malheureusement pas dans cette dynamique.

Le printemps 2013 a été pluvieux et la sortie d’hivernage terrible pour ces professionnels. Certains comme Jacques n’ont pas réussi à trouver l’énergie nécessaire pour continuer.

Il a dispersé ses 350 ruches et plutôt que de brûler les cadres, il a fait trois voyages à la décharge. Pour lui la page est définitivement tournée.

Il est temps pour les pouvoirs publics de faire de l’urgence
Sylvie, notre apicultrice militante se bat toujours pour faire avancer la cause, mais aujourd’hui elle n’attend plus rien de l’Etat: «l’Etat fait de petites choses, mais il n’a pas compris qu’on est dans l’urgence.

Actuellement ce sont les Pays de la Loire qui sont en difficulté. Les plantes mellifères (moutardier, sarrasin) jouxtent les parcelles de blé. On s’est rendu compte que les molécules de traitement du blé se retrouvent dans le pollen puis le miel... troublant non ?

Cela fait plus de vingt ans que l’on se bat contre les néonicotinoïdes réputés toxiques pour les abeilles. Gérard Bapt et Delphine Batho ont fait passer un amendement à l’Assemblée Nationale visant à les interdire.

Les politiques au gouvernement sont dans la communication avec leurs plans à la petite semaine. Si Stéphane Le Foll doit prendre une vraie décision politique c’est maintenant en annonçant la fin de tous les néonicotinoïdes !
»

En attendant, les apiculteurs ariégeois font jouer la solidarité : «il faut nous débrouiller seuls, on ne peut rien attendre des autres»

Poursuivre cet élan de solidarité à travers une association
Après la transhumance de la solidarité du 28 mars et la distribution d’essaims, le collectif a décidé de poursuivre cet élan de solidarité en créant une pépinière d’essaims, Sol’Abeille, comme il en exister en Rhône-Alpes.

«L’objectif de cette pépinière solidaire c’est de multiplier les essaims explique Sylvie. Éventuellement, venir en aide aux collègues qui subissent des mortalités hivernales importantes. Si l’apiculture se porte bien, aider les jeunes à l’installation et pourquoi pas traverser l’hexagone si un problème se présente à un autre endroit pour porter des essaims…»

 Soudés par ces épreuves, les apiculteurs ariégeois sont déterminés à poursuivre un métier passion malgré un chemin semé d’embuches.

«Nous sommes une équipe dynamique, à l’écoute des autres avec un vrai projet. Nous cherchons un terrain pour notre pépinière et un terrain pour la transhumer.

Nous n’avons pas la chance d’avoir comme nos collègues apiculteurs en Rhône-Alpes l’aide d’EDF c’est pour cette raison que nous organisons le 14 juin un vide-grenier pour récupérer des fonds. En pleine saison nous prenons du temps pour expliquer la cause des apiculteurs et parler des abeilles, signe de la fragilité de notre écosystème
»

Vide grenier de l’association Sol’Abeille le 14 juin 2015
Grand’Rue à Vicdessos (09)
pour aider l’association : cotisation solidaire 20 € et professionnels 50 €
Contacts : Sylvie Humbert  06.14.83.48.84
Benoît Gorsse    06.30.53.23.66

Laurence Cabrol | 05/05/2015 - 21:00 | Lu: 34332 fois