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L'Ariège s'inscrit dans la stratégie nationale de la biodiversité en mettant en place un réseau de 23 forêts témoins

© midinews 2015

Il y avait du monde jeudi matin dans la forêt de Gaudou (180 ha sur la commune d’Allières), un taillis de châtaigniers sous une futaie de chênes que M. Moisand a acheté en 2008 dans le but d’y mener une gestion simple afin de préserver la plus grande biodiversité possible.

«L’ancien propriétaire faisait du bois de chauffage, explique-t-il, mon objectif a été de favoriser les plus beaux sujets pour en faire du bois d’œuvre. La première coupe d’éclaircie a permis à ces essences régionales (chênes, merisier, frêne, acacia pour l’essentiel) de s’épanouir et de retrouver de l’épaisseur».
Un réseau de forêts, de référence unique en son gendre
Mais si la forêt de Goudou accueille autant de curieux aujourd’hui c’est que le propriétaire a choisi de s’inscrire dans un projet visant à promouvoir la biodiversité et les différents types de peuplement présents dans le rayon du PNR des Pyrénées ariégeoises.

Il fait désormais partie d’un réseau de forêts de références dont l’objectif sera de produire à terme du bois d’œuvre de qualité (destine au gros œuvre ou au second œuvre), une catégorie de bois plus rémunératrice* que le bois de chauffage ou celui destiné à l’industrie de la trituration (pâté à papier, panneaux, isolants bois...).

Toutes les personnes présentes (propriétaires forestiers et professionnels de la forêt) pour cette visite organisée par le GDF Sylvestre partenaire de ce réseau, sont curieuses de voir comment on peut gère de manière raisonnée une foret de façon vertueuse (sans intrants) tout en y intégrant les aspects économiques, sylvicoles, écologiques et tout en tirant les meilleurs profits à moyen terme pour les propriétaires.
 Le comité de pilotage de ce réseau de référence est composé de plusieurs entités qui n’ont pas hésité à mettre en commun leurs compétences sur la forêt et le bois : GDF Sylvestre, CRPF Midi-Pyrénées, association Futaie irrégulière (AFI), Coopérative Cofogar, PNR, Chambre d’Agriculture et ONF. « C’est la première fois qu’il y a un aussi large consensus note Gilles Tierle de l’association la Futaie irrégulière. Chef de file de ce projet animé par le PNR, il milite en faveur d’une sylviculture modeste, prudente, peu coûteuse, peu rentable instantanément, mais qui amorce quelque chose pour les années à venir. À ce jour 23 dispositifs ont été recensés (18 suivent le protocole du CRPF avec l’analyse des donnés techniques, écologiques, économiques et 5 celui de l’AFI s’inscrivant dans un protocole national). L’enveloppe de ce projet est de 70 000 euros. 
La foret ariègeoise une ressource sous-estimée, sous-exploitée
En signant cette charte forestière les propriétaires s’engagent à suivre un cahier des charges précis avec certaines pratiques de gestion, d’entretien, les données recueillies seront l’objet d’analyses au niveau du massif et à la création d’une base de données nationale.

«Depuis que nous avons intégré ce réseau en acceptant de devenir propriétaires d’une forêt témoin, les gens viennent étudier notre démarche et nous sommes ravis de leur faire partager notre passion.

Dans notre projet conduit en relation avec le CRPF, nous voulons que la forêt s’ouvre au public (ramasseurs de champignons, chasseurs, randonneurs...)» poursuit M.Moisan persuadé qu’il travaille pour les générations futures (les sujets seront très beaux dans 20-30 ans).

Il espère d’ici là que les problèmes d’accès aux parcelles seront réglés pour permettre une exploitation rationnelle de tous ses arbres : « les ponts ne sont pas suffisamment larges, les virages en épingle à cheveux ne permettent pas aux engins d’arriver aux aires de stockage.

Aussi nous sommes obligés de couper les grumes à 3 m de long, c’est incompatible avec notre volonté d’exploiter du bois de qualité. De plus ce problème d’accès génère un surcoût important au prix de vente...
»

Des arguments qui n’ont pas laissé insensible Nathalie Marthien, préfet de l’Ariège dont il s’agissait de la dernière manifestation publique (nommée préfet des Landes, elle quitte le département à la fin de la semaine). Le préfet a incité les propriétaires forestiers à se rapprocher des maires de leurs communes qui peuvent avoir accès à la DETR pour régler ces problèmes d’accessibilité et de desserte.

«L’accessibilité de la forêt est à travailler, il ne faut pas qu’elle pénalise l’activité sylvicole en tirant les prix vers le bas». Quant aux soucis rencontrés par les propriétaires face à la prolifération des cervidés qui endommagent les plantations, elle a promis avant son départ d’évoquer le problème avec le président de la fédération des chasseurs.

Pour Jacques Laffargue, le «Monsieur bois» du Conseil départemental, la richesse de la foret ariégeoise qui avec ses 250 000 hectares, est la première forêt des huit départements de Midi-Pyrénées, doit devenir une réalité. Conscient des écueils rencontrés (morcellement et inaccessibilité des parcelles), le département a déjà initié un certain nombre d’actions notamment pour fédérer les petits propriétaires.

«En développant ses trois piliers (économie, écologie, rôle social), la forêt ariégeoise doit être en mesure de devenir une richesse pour le département d’ici quelques années. En tout cas nous allons nous y employer».

* Pour info le bois d’œuvre est acheté entre 50 et 100 € le mètre cube sur pied alors que le bois de chauffage ou le bois d’industrie est acheté entre 3 à 12 € le même cube.

Laurence Cabrol | 26/06/2015 - 19:09 | Lu: 17630 fois