accueil  |  ariège   |  france

Foix: plus de 5000 manifestants pour défendre la chasse en Ariège

© midinews 2009

On pouvait lire sur les panneaux: «Halte-là, les montagnards sont là !»…

Mais ce sont également les chasseurs de la plaine et du piémont qui se sont retrouvés samedi en cette belle matinée d’automne aux côtés des propriétaires forestiers, des éleveurs, des agriculteurs, des pêcheurs, les élus, toutes sensibilités confondues et de tous les amoureux de la nature pour manifester leur mécontentement face à la décision de justice qui limite le droit de chasse, cela afin de protéger les espèces en voie de disparition notamment l’ours.

Si les chasseurs ariégeois ne se sont par le passé jamais trop positionnés face à la réintroduction de l’ours slovène dans les Pyrénées, ils font désormais cause commune avec les opposants aux lâchers d'ours surtout depuis que le comité écologique ariégeois (CEA) a obtenu la suspension de l'arrêté du 10 juin 2009 d'ouverture de la chasse au motif qu'il «ne prévoit aucune mesure de protection de l'ours s'appliquant à la chasse en battue»

«Nous ne céderons sur rien», indiquait Jean-Luc Fernandez, nouveau président de la fédération des chasseurs ariégeois qui fait son ici son baptême du feu.

«C’est une attaque dirigée contre notre permis de chasse, nos parents se sont battus pour l’avoir, nous le défendrons coûte que coûte […] c’est une atteinte à nos traditions […]

Aujourd’hui c’est une interdiction de chasser pour protéger le grand tétras, le lagopède et l’ours mais demain ce sera une restriction pour les randonneurs et après-demain une limitation en direction des pêcheurs […] le monde rural est aujourd’hui mobilisé à nos côtés car nous sommes tous concernés
»

Puis le cortège, au son des cornes et des trompes de chasse, a pris le chemin de la préfecture.

Une impressionnante marée humaine bruyante, chamarrée mais disciplinée (les consignes ont été scrupuleusement respectées, il n’y a pas eu de débordement)… les tracteurs des agriculteurs ariégeois ont fermé les rangs.

Le préfet de l’Ariège, Jacques Billant, et Jean-François Desbouix, directeur départemental de l’agriculture, ont reçu une délégation composée de: Jean-Luc Fernandez, président de la fédération des chasseurs ariégeois, Augustin Bonrepaux, président du conseil Général, Henri Nayrou, député de l’Ariège et président de l’Anem, François Toulis, président de la Chambre d’Agriculture, Jacques Laffargue, président du syndicat des propriétaires sylviculteurs, Raymond Bernié, président délégué de la fédération des chasseurs de l’Ariège, Claude Carrière, président de la Fédération Pastorale, Philippe Lacube, président de l’Addip, et Jean-Pierre Icre, président de la fédération des pêcheurs.

Après une heure de discussions, pas d’avancées: «le préfet n’a pas de consignes, indiquait Jean-Luc Fernandez à l’issue de l’entrevue, il va faire remonter nos revendications»

Peu de temps après à la tribune, le président de la fédération ariégeoise s’est exprimé devant une foule galvanisée: «Jean-Louis Borloo préfère rencontrer Daniel Cohn-Bendit que de donner des directives à son préfet […] On sait désormais pour qui la ruralité ne doit plus voter […]

Aujourd’hui c’est la fédération de l’Ariège qui est attaquée, demain tous les chasseurs seront inquiétés […] En Ariège, nous résisterons, nous nous opposerons, nous serons présent sur la montagne
»

Remerciant les délégations de chasseurs des départements voisins, mais aussi les Bretons, les Bourguignons ou les Corses, il a ensuite donné la parole à Alain Esclopé, ancien député européen, président de la fédération des chasseurs des Pyrénées Orientales qui s’est exprimé en tant que voisin mais également comme porte parole de la fédération nationale.

«Nous soutenons le combat des chasseurs ariégeois […] nous n’avons de leçons à recevoir de personne en matière de protection de la faune, il faut le faire savoir»

Pour Gérard Dubuc, maire de St-Lary et président de l’Aspap: «une politique écologique ne peut se mener contre les hommes mais avec eux […] l’écologie extrémiste ne gagnera pas la guerre des territoires.

Les Pyrénées ne seront jamais cette frontière sauvage qui n’a jamais existé
»

François Toulis, président de la Chambre d’Agriculture, a évoqué la nécessaire régulation du gibier mise en place par la fédération des chasseurs et il a affiché sa position contre l’ours: «on nous a imposé l’ours, on n’en veut pas! C’est à cause de lui qu’on essaye de remettre en cause un droit ancestral […]

Aujourd’hui c’est la chasse, demain la pêche, puis la randonnée. Quand on voit l’argent gaspillé pour cette réintoduction, alors que l’Etat n’est pas capable d’accompagner ses agriculteurs […] cette année, il nous faut un million d’euros pour la PHAE, l’Etat n’est pas capable de les trouver […]

Qu’on organise un référendum pour ou contre la présence de l’ours sur tout le massif des Pyrénées !
»

Et Jean-Pierre Icre, président de la fédération des pêcheurs d’ajouter: «chasseurs et pêcheurs travaillent pour l’environnement, nos fédérations sont reconnues d’utilité publique, nous sommes responsables et nous nous battons pour faire vivre le territoire»

Augustin Bonrepaux s’est réjoui de voir que la chasse fédère: «vous êtes tous là ce matin, toutes sensibilités politiques confondues, venus apporter votre soutien à la montagne qui est en péril […]

Cette décision de justice a le mérite de nous rassembler, de rassembler tous ceux qui veulent travailler en montagne et vivre de leur activité
»

Le président Bonrepaux a rendu hommage au combat mené par l’Aspap: «aujourd’hui, nous voulons une montagne vivante, un espace de liberté. La chasse est un droit imprescriptible, nous avons un combat à mener car aujourd’hui c’est l’homme qui est menacé, on interdit son activité à Guzet, à Mijanès […]

On ne perd une bataille que si on ne la livre pas […] nous sommes bien déterminés à nous battre. Nous interviendrons auprès des ministres et du président de la République […]

3M€, voilà le prix de la réintroduction en 2006 […] nous lui demandons d’arrêter toutes ces dépenses inutiles alors qu’on demande à la population de se serrer la ceinture, nous voulons le cantonnement de l’ours pour que vive la montagne !
»

Enfin Henri Nayrou de conclure: «tout le monde peut donner des idées, des conseils mais pas de leçons […] les Ariégeois n’ont besoin de personne, surtout pas de papier bleu pour maintenir leur milieu naturel»

Les chasseurs ont gagné samedi la bataille de l’opinion publique et grâce à l’union sacrée qui s’est faite autour de leur cause, il faudra désormais compter avec eux pour les autres combats, notamment ceux qui se profilent dans quelques jours aux côtés des agriculteurs ou des éleveurs.

Laurence Cabrol | 05/10/2009 - 19:08 | Lu: 64417 fois