La famille de Christian Clanet est originaire d’Ariège mais il a fait ses études de journalisme en Californie à la prestigieuse San Francisco State University, et sa double nationalité franco-américaine l’a conduit à s’installer outre Atlantique où il est aujourd’hui dans les affaires.
Car si le journalisme lui a permis jusqu’en 1996 de collaborer avec les titres les plus prestigieux (il a travaillé pour Libération, Le Monde, Sciences et Vie, Capital, Elle ou Cosmopolitain), il profite désormais de son temps libre pour visiter les pays qu’il ne connaît pas, notamment ceux du Moyen Orient.
L’an passé c’était l’Iran et cette année il décide de partir en Jordanie, au Liban et en Syrie.
C’est donc avec un visa de touriste (les médias étrangers sont interdits d’accès en Syrie) qu’il arrive à Damas où l’on ne détecte rien de la répression ni de la violence du régime syrien contre les soulèvements populaires.
Il prend un bus et atteint le 25 mai la ville de Deraa (province de Hauran) au sud-ouest du pays qui s’est soulevée à la mi-mars contre le gouvernement de Bachar El Assad avant d’être réprimée.
Bien que la ville soit assiégée par les tanks, Christian Clanet passe trois postes de contrôle sans encombre avant d’être confronté à une réalité qui dépasse son imagination: les avenues sont quadrillées par les tanks, les carrefours tenus par des fusils mitrailleurs, les rues contrôlées par des patrouilles militaires.
Dans cette ville en état de guerre, le Français rencontre des Syriens, il est accueilli les bras ouverts: «c’était complètement surréaliste de voir dans cette ville assiégée la douceur de ces gens et la dureté de leur quotidien avec des militaires postés sur tous les toits»
Et c’est en prenant l’attitude d’un touriste un peu perdu qu’il arrive à s’introduire dans le quartier le plus ancien et le plus pauvre de la ville, Al Balad, un quartier transformé en ghetto, bouclé par l’armée qui tire sur tous ceux qui tentent de s’en échapper.
C’est à partir de là qu’est né le «printemps syrien» et c’est aussi à partir de là que la colère, l’indignation des Syriens a vu le jour quand la police militaire a tiré dans la foule (à l’arme lourde), torturé des adolescents qui voulaient imiter la révolution égyptienne… et depuis le mois d’avril affame les 15 000 habitants d’Al Balad.
Des hommes, des femmes et des enfants coupés du monde, sans électricité, sans eau, sans nourriture, comme si le régime de Bachar El Assad voulait en faire un exemple.
«Je suis sorti de mon rôle de journaliste», explique Christian Clanet arrêté plusieurs fois et interrogé par la police militaire, l’armée ou les services secrets.
Il veut dénoncer ce drame. «Ces gens m’ont demandé d’informer le monde qu’une chose épouvantable se nouait dans ce quartier de Deraa.
C’est pour cette raison que j’ai décidé de reprendre ma plume et que j’ai envoyé un article au Monde le 10 juin dernier.
Si je suis sorti de mon cadre professionnel c’est pour témoigner car j’ai été le témoin occidental d’un crime contre l’humanité.
Le gouvernement a décidé de montrer aux Syriens ce qu’il advenait si l’on se rebellait dans ce pays, c’est une punition, un châtiment exemplaire […]
Je veux briser le huis clos de la terreur pour reprendre un titre du Monde»
Alors que certains pays de l’Otan avec l’approbation de la ligue des Etats Arabes et l’assentiment des nations Unies bombardent depuis plus de trois mois les positions du colonel Kadhafi en Lybie, la répression s’intensifie tous les jours en Syrie dans la plus grande impunité.
Aussi selon Christian Clanet, il serait légitime de se demander s’il y a deux poids et deux mesures.
Ce journaliste-reporter atypique aura certainement l’occasion de l’évoquer ainsi que son voyage au cœur du quartier martyr d’Al Balad, jeudi 30 juin à 17h à la mairie du Mas d’Azil.
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