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L'empoisonneuse Marie Lafarge sur le chemin de la réhabilitation?
21/06/2011 | 22:42
© MidiNews 2011

C’est une des plus grandes affaires criminelles du milieu du XIXe siècle qui déchaîna les passions à travers la France entière.

Le 19 septembre 1841, Marie Lafarge née Cappelle est condamnée devant les Assises de Tulle en Corrèze aux travaux forcés à perpétuité pour avoir empoisonné son époux, Charles Lafarge.

Après avoir passé un tiers de sa vie en prison, gravement malade, elle est graciée par Napoléon III et termine sa vie dans le petit village ariégeois d’Ornolac-Ussat les Bains.

Aujourd’hui, soit plus de 170 ans après sa mort, une association travaille à la réhabilitation de ce personnage fascinant et après le rejet de deux requêtes aux siècles précédents, les descendants de Marie Lafarge demandent révision de ce procès notamment au regard d’un cahier laissé par une de ses cousines mais aussi de preuves qui viseraient à accabler cette femme victime de son époque et d’une justice faite par les hommes pour les hommes.

L’accusée, Marie Cappelle, est née le 15 janvier 1816 dans le milieu de l’aristocratie parisienne (son père colonel d’Artillerie avait été fait baron par Napoléon Bonaparte).

Elle reçoit une éducation digne de son rang social, parle plusieurs langues, traduit Tacite à la lecture et joue admirablement du piano.

Marie épouse à l’âge de 23 ans Charles Lafarge, maître de forges dans un petit village de Corrèze.

Ce bourgeois de province rustre a d’importantes difficultés d’argent et ce mariage lui assure une dot de 80 000 francs-or lui permettant d’éviter la faillite.

De la douceur de vivre au château de Busagny chez ses grands parents à la propriété délabrée du Glandier en Corrèze, le changement de vie pour Marie est brutal.

Tout comme la maladie de Charles qui décède le 14 janvier 1840 de manière inexplicable (suite à des maux de ventre aigus et des vomissements).

Le lendemain, les policiers perquisitionnent et découvrent de la cave au grenier de la poussière d’arsenic, sur les meubles, les aliments.

Les nombreuses analyses toxicologiques effectuées sur le corps de Charles Lafarge ne démontreront qu’une seule fois la présence de ce poison et encore des «traces minimes»

Mais les soupçons se portent immédiatement sur Marie qui après un procès retentissant passe douze ans dans la prison de Montpellier où elle écrit un journal intime d’une grande qualité littéraire (Heures de Prison).

Souffrant de tuberculose, Marie Lafarge, alors âgée de 36 ans, est graciée le 1er juin 1852.

Début août elle rejoint le village thermal d’Ornolac-Ussat les Bains où malgré les eaux bienfaitrices et le climat, elle ne survivra pas à sa phtisie.

Jusqu’à son dernier souffle le 7 septembre 1852, elle ne cesse de clamer son innocence.

C’est sur la tombe de Marie dans le petit cimetière d’Ornolac en Ariège que nous avons rencontré Michel Gache, président de l’association Marie Cappelle-Lafarge.

Il veille à l’entretien et la restauration de cette sépulture qui depuis le XIXe siècle attire parait-il une fascination particulière, à telle enseigne qu’il est obligé de refaire régulièrement des éléments de la grille en fer forgé que certains fétichistes n’hésitent pas dégrader.

Marie Lafarge reste dans la mémoire collective une empoisonneuse célèbre qui se serait débarrassé de son conjoint à l’arsenic, elle illustre parfaitement à l’instar d’Emma Bovary, le personnage romantique du XIXe siècle.

Pour Michel Gache l’énigme judiciaire reste entière et depuis quelques années il se replonge dans la documentation de l’époque (comptes rendus du procès, de légistes, presse) et met à contribution les compétences des adhérents de son association chacun dans sa discipline de prédilection (juristes, médecins, écrivains) pour une relecture approfondie des documents relatifs à cette affaire afin de mettre en lumière les zones d’ombres qui auraient pu échapper à la justice.

«C’est une réflexion plus générale sur l’exercice de la justice, de la médecine légale dans le cadre d’un procès d’assises.

L’étude de nouveaux documents, des documents de famille appartenant à Edouard de La Maze, membre de notre association, pourrait bien relancer les débats
»

Samedi 25 juin à partir de 17h15, une conférence-débat aura lieu dans la petite salle communale de la mairie d’Ornolac et permettra de lever le voile sur l’histoire de Marie Lafarge dont l’affaire judiciaire inspira de nombreux ouvrages, fut transposée au cinéma et n’a pas fini de faire parler d’elle.

Renseignements: http://assoc-marielafarge.monsite-orange.fr

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 21/06/2011 | 22:42 | Lu: 11803 fois