De triste mémoire, les Ariégeois se souviennent en juillet 2007 du dérochage de plus de quatre-vingt brebis à la «Coste de Mourtes», au sud du pic de Recantous, à 2300 mètres d’altitude et des centaines de vautours venus faire leur travail de charognards.
Mais aujourd’hui la présence du vautour fauve dans les Pyrénées ariégeoises est loin d’être anecdotique.
Elle devient même inquiétante, d’autant qu’il ne limite plus son activité à celle d’équarisseur naturel… pour preuve chaque été les éleveurs font état de cette pression sur les estives, d’Aulus à Couflens en passant par Massat ou la Haute-Ariège.
Après l’épidémie de vache folle et la fermeture en 2003 sur le versant espagnol des «muladares», plate-formes de nourrissage qui permettaient aux porcheries industrielles de se débarrasser de leurs déchets, près de 7000 vautours se sont retrouvés du jour au lendemain sans nourriture.
Cette situation de disette en Espagne a incité le mouvement de vautours espagnols vers la France avec l’amplification de certains facteurs comportementaux comme la diminution de la méfiance vis-à-vis de la présence humaine, une pression souvent pesante sur les estives.
Mais depuis l’année dernière, le vautour fauve arrive aux portes des villes et n’hésite plus à s’attaquer aux animaux vivants: Agnès Ferrand, éleveuse à Montgaillard, et Colette Roméro à Ventenac en ont été victimes en 2011.
Hier les vautours ont frappé sur le troupeau d’Hervé Ferran, éleveur de Gasconnes sur la commune de Bénagues: «c’est mon voisin qui les a vus faire, explique le jeune agriculteur. Ils sont arrivés vers midi, plus d’une vingtaine et ont attendu le bon moment.
Quand je suis arrivé j’ai trouvé deux veaux morts, l’un était bouclé, il avait trois semaines et l’autre à peine quelques jours… tous les orifices naturels sont dévorés, le ventre ouvert sur dix centimètres […]
Il n’y a rien à manger en montagne, l’hiver à été long, ils arrivent à présent en plaine […] les éleveurs ne sont pas là pour nourrir les vautours, le plus grave c’est que ce sont des animaux protégés et qu’on ne peut pas s’en débarrasser !»
Outre la perte sèche occasionnée par cette attaque, Hervé fulmine car il ne peut pas utiliser son fusil sur «ces maudites bêtes»
Selon lui, c’est la preuve d’un «réel déséquilibre entre les prédateurs et la faune domestique doublé d’une lourde injustice face à des réglementations pensées par des technocrates»
Lourds et massifs, ces oiseaux planeurs utilisent les courants ascendants thermiques et peuvent parcourir des centaines de kilomètres à la recherche de nourriture, si bien que les rapaces observés à Bénagues peuvent très aussi bien venir du Couserans que du Béarn.
«Ce matin il y avait encore deux spécimens à proximité du troupeau, poursuit l’éleveur qui dans l’après-midi a reçu les services de l’ONCFS pour faire constater les dégâts.
Ils ont procédé aux autopsies, ont cherché les causes de la mort des bêtes mais ils ne sont pas autorisés à réguler l’espèce comme ils sont autorisés à le faire ici pour les cormorans (quota de prélèvement autorisé et encadré) ou ailleurs pour les grands corbeaux.
Sur le vautour, espèce protégée, ils ne peuvent que recueillir des témoignages et remplir des dossiers techniques pour les faire remonter au ministère qui seul pourrait à terme prendre des décisions.
Contrairement aux dégâts occasionnés par le grand prédateur, ceux des vautours ne sont pas indemnisés.
Cette position aboutit souvent à l’incompréhension du monde agricole et contribue à rendre les rapports difficiles avec les techniciens de l’ONCFS.
«Le premier n’est pas exploitable, le veau est à l’état de charogne, précise Jean-Pierre Mirouze, représentant de l’Aspap dépêché sur place.
Sur le second, les agents ont relevé que les attaques avaient été faites à l’emplacement du cordon, sur la partie tendre, les yeux, l’anus sont dévorés.
En s’attaquant sur de jeunes animaux qui dorment c’est beaucoup plus facile, ils donnent des coups de bec, créent des hémorragies, jouent avec leurs poids sur la victime déjà au sol et peuvent commencer leur funeste festin»
Jean-Pierre est éleveur, il a subi plusieurs prédations de l’ours: «on veut que ces attaques soient reconnues et pas seulement comme pour l’ours au bénéfice du doute, car c’est de notre métier dont il est question»
Du côté du syndicalisme agricole, Hervé Péloffi de la FDSEA demande «des moyens pour réguler et non pour éradiquer l’espèce.
Aujourd’hui on n’a même pas prévu d’indemnisations pour les éleveurs, qu’on les autorise au moins à procéder à cette régulation.
L’ONCFS n’a aucun moyen, il faut que le monde agricole se prenne en charge. Aider les chasseurs à mettre en place cette régulation comme ils le font pour d’autres espèces car la pression de la faune sauvage n’est plus supportable pour ceux qui veulent continuer à vivre dans le monde rural.
Est-ce interdit de défendre son travail? A un moment donné il faut arrêter, c’est de la légitime défense… il est urgent de faire remonter cela au niveau de l’Etat»
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