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Jean-Marc Stouffs relève le bestiaire du château de Fiches
14/05/2012 | 20:25
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PEINTURES MURALES Jean-Marc Stouffs, restaurateur de peintures murales à Vals

Après les peintures murales de Vals ou celles de Moissac, après la restauration du grand salon du collège Champollion de Figeac ou les panneaux polychromes de Saint-Savin, Jean-Marc Stouffs, conservateur-restaurateur, s’attaque au bestiaire du château de Fiches non loin de Verniolle, un ensemble exceptionnel daté de la fin du XVIe-début XVIIe siècle.

Un chantier ouvert grâce aux prix décernés par Demeures Historiques et Pèlerin Magazine à l’Association de sauvegarde et découverte du patrimoine du château de Fiches qui a la gestion de ce site inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques.

En 2009, Jean-Marc Stouffs est déjà intervenu sur ce plafond où il a réalisé des essais de restauration-conservation du bois et de la couche picturale.

Mais cette fois-ci il interviendra sur deux travées avec une de ses collègue d’origine mexicaine, Adriana Lopez Ummarino, elle aussi spécialiste dans la restauration des peintures murales. Une intervention programmée sur plusieurs semaines jusqu’au mois prochain.

Que dire de ce bestiaire unique, mis à part qu’il présente une série d’animaux sur plusieurs registres: animaux terrestres, oiseaux, animaux marins ou représentations mythiques comme le centaure ou la sirène.

«Il y a quelques figures emblématiques pour la région comme l’ours, le loup, le cerf ou encore le sanglier, précise Jean-Marc Stouffs.

Nous avons également la représentation d’un chameau et d’un éléphant ce qui est assez intéressant pour cette époque-là car on commence à peine à les découvrir.

Quant aux décors de volutes ou de corbeilles de fruits ils sont beaucoup plus classiques»


Une fois en haut de l’échafaudage, au niveau des poutres, les explications se font plus techniques: le plafond a été réalisé sur un fond blanc, probablement de la chaux, les liants sont probablement des détrempes à base de colle, de caséine sur lesquels on a appliqué une couche picturale.

Selon le spécialiste, il y a eu plusieurs mains, «un atelier contemporain et daté fin XVIe-début XVIIe, d’autres parties ont été reprises au XIXe, notamment sur la poutre de rive où l’intervention est beaucoup plus grossière […]

Toutes les solives sont très rapprochées les unes des autres, elles rythment le plafond de manière régulière entre les vides et les pleins, contrairement aux plafonds médiévaux où on a des plafonds à caissons.

Elles ont été décorées avec des pochoirs, notamment sur les closoirs -planchettes qui ferment les jours entre les solives et les poutres- et parmi les motifs que l’on retrouve, des fleurs de lys occultées, badigeonnées au moment de la révolution de manière à faire disparaître les signes de la royauté…
»

Mais ce splendide plafond du salon d’honneur a souffert.

Des oxydations dues au soleil, des infiltrations d’eau ont endommagé la couche picturale et l’on remarque par endroits une perte de matière et des attaques d’insectes xylophages qui ont creusé des galeries et soulevé le bois et les couleurs.

«Dans un premier temps, nous sommes intervenus sur la consolidation du bois et de la couche picturale.

La seconde phase d’intervention va être complétée par des rebouchages, nous allons également procéder à la réintégration des fonds blancs et une restauration des figures dans la mesure du possible pour donner un maximum de lisibilité à toutes ces représentations
»

Le restaurateur précise également que les poutres utilisées sont en résineux: «les fibres sont très serrées. On peut remarquer que celle-ci était déjà fissurée lorsqu’elle a été placée.

Les fissurations ont été colmatées avec de la toile pour les masquer et peindre par dessus. Mais avec le temps elles se sont élargies.

On voit aussi que les fonds se sont soulevés dans la fibre du bois. Nous avons refixé la couche picturale en injectant une résine acrylique soluble à l’alcool.

Quant aux soulèvements dus aux insectes xylophages -certaines galeries vont jusqu’à l’aubier- nous allons injecter une résine permettant de consolider cette charge de sciure de manière à colmater ces cavités avant de réintégrer le fond blanc en posant du blanc de Meudon (carbonate de calcium) et de la colle de peau.

Cette couche d’apprêt nous permettra ensuite d’intervenir sur la couche picturale à l’aquarelle ou au pastel… ou peut être avec les deux techniques mélangées
»

Des techniques proches de celles des restaurateurs de tableaux.


Une restauration doit s’inscrire dans le temps et tous les paramètres extérieurs doivent être pris en considération. Stabilité, réversibilité, visibilité et intervention minimum, telles sont les règles déontologiques stipulées par la charte de Venise(1964).

Jean-Marc Stouffs sait qu’il faut toujours avoir en tête jusqu’où on peut aller pour obtenir une bonne lisibilité en gardant des critères d’authenticité.

Le restaurateur doit éviter toute digression intellectuelle, la restauration se réalise dans des matériaux réversibles et des techniques différenciées (vue de près il faut pouvoir repérer la restauration de l’original).

«La restauration suit les mêmes principes, les mêmes approches, la même déontologie que l’on soit sur un tableau, sur une peinture murale, sur un panneau de bois…» poursuit ce spécialiste qui malgré l’ampleur de la tâche reste animé par le même enthousiasme.

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 14/05/2012 | 20:25 | Lu: 21398 fois