Le martinet ou moulin à fer, est un gros marteau de forge actionné par une roue hydraulique.
Celui de Montgailhard pèse 400kg, il est composé à l’avant d’une masse d’acier appelée tête de frappe (110kg), le manche ou bras du marteau est en frêne, un bois souple et filandreux, capable de résister sans se briser à la puissance des chocs (30 tonnes au cm2 de pression à chaque impact).
L’eau est le moteur du martinet. Elle est captée à environ 1km en amont de la forge sur la rivière le Scios (le droit d’eau date du Moyen Age), canalisée, elle tombe sur la roue du moulin lorsque l’on actionne la tire d’eau.
La roue actionne à son tour l’arbre à cames, chaque came vient baisser l’arrière du marteau: celui-ci se lève à l’avant et retombe, la came suivante recommence l’opération et ainsi de suite.
Cette action répétée plusieurs centaines de fois par jour engendre au fil des années une certaine usure des pièces.
D’autant que la forge à martinet constitue une des principales attractions de ce musée vivant.
Après 150 ans de bons et loyaux services le bras et les pièces usées ont fini par lâcher, obligeant le Sesta, qui exploite le site, à intervenir rapidement avant la saison estivale pour restaurer le plus rapidement possible cette pièce inestimable (seulement six forges à fer fonctionnent encore en France).
Une grue de 100 tonnes dotée d’un mât de 35mètres a permis d’extraire, par la toiture des forges, le martinet qui a été déposé chez Jean Marc Estaque, artisan menuisier à Saint Paul de Jarrat.
Celui-ci ayant pour mission de refaire l’arbre, il a dû avant cela récupérer toutes les pièces métalliques de l’ancienne structure afin de pouvoir les remonter sur la nouvelle.
Davantage un travail de bûcheronnage, avec masse et tronçonneuse, que le travail de précision auquel nous a habitué cet artisan ariégeois, meilleur ouvrier de France en 2011.
«Ici c’est l’artisanat qui s’adapte à la situation!
Nous avons choisi un tronc en une seule pièce, un chêne de 4,60m de long provenant du Couserans autour duquel nous remonterons toutes les cames.
Au final on espère que le mécanisme fonctionnera, nous serons fixés au premier lâcher d’eau sur la roue!»
Jean Marc Estaque, séduit par le challenge, avoue en aparté qu’il a un peu travaillé à vue; «il n’y avait pas d’archives, on ne connait pas les contraintes qui ont guidés les artisans à l’époque, on ne sait pas précisément quelles techniques ils ont employées… mais on a fait pour le mieux!»
Les matériaux sont identiques, seuls quelques ajustements techniques ont été concédés pour une meilleure résistance de l’arbre, notamment en employant à l’intérieur du tronc un filetage afin de renforcer sa solidité ou un cerclage en métal pour user de préférence les bagues et non la partie bois du tronc:
«Nous avons renforcé l’arbre avec des parties métalliques mais nous n’avons pas employé d’autres matériaux que le bois ou le métal comme à l’origine. C’est un chantier complexe mais unique»
Jean-Marc Estaque est en relation avec l’entreprise de mécanique Cuxac de Villeneuve d’Olmes dont la délicate mission est de réaliser toutes les pièces métalliques de ce chantier hors normes: «avant de refaire une pièce à l’identique, il faut relever les côtes, travailler en amont sur ordinateur avant de se lancer dans le façonnage» explique Mathieu Cuxac.
Son père Hubert a rencontré les techniciens des Forges de Pyrène, habitués à effectuer un entretien régulier et nécessaire sur ce martinet.
«Grâce à leurs observations, nous avons pu procéder à des ajustements techniques»
Les pièces de fonte arrivent en atelier depuis deux jours, elles sont ébauchées puis travaillées.
«Nous sommes habitués à fabriquer des pièces uniques mais pour celle-ci c’est un peu particulier, reconnait le chef d’entreprise, dans 150 ans nous ne serons plus là pour réparer!»
Des entreprises artisanales ariégeoises choisies pour leur savoir-faire et un chantier atypique qui devrait, si tout se passe bien, s’achever d’ici trois semaines.
| Un peu d’histoire La forge de Montgailhard date du XVe siècle (de la même époque que la construction de la tour ronde du château de Foix), elle servait à l’origine à la fabrication du fer et de l’acier. Au cours du XXe siècle, l’établissement est transformé en taillanderie (produisant des outils taillants ou des lames tranchantes): les barres de fer n’y sont plus fabriquées mais achetées pour produire des outils ou des machines à vocation agricole, jusqu’à sa fermeture tardive mais définitive en 1985. |
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