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Une montagne d'émotions: «Les Bouillouses en cadeau»
04/01/2013 | 18:21
© MidiNews 2013 - S. Grochowski

Lorsque nous retrouvons la lumière de l’autre côté du tunnel, le contraste est saisissant.

La neige, pourtant tombée en abondance dans l’Ariège début décembre, n’a pas daigné recouvrir le plateau cerdan, la plus impressionnante zone d’effondrement des Pyrénées.

Dans le minibus, je ne suis pas le seul à remarquer cette différence d’enneigement entre Ariège et Pyrénées Orientales.

Florence et Claude, habitant la région parisienne, sont venus passer quelques jours pour s’aérer les poumons et la tête.

Leurs ados, Luigi, Jules et Mathias, reçoivent ainsi leur cadeau: trois jours en raquettes à neige dans les Pyrénées!

Hormis Luigi, 15 ans, déjà participant d’une randonnée de plusieurs jours en été, et Claude, le père, ayant crapahuté plus jeune dans les Pyrénées, le reste de la famille ignore tout du séjour montagne et chacun va découvrir une nouvelle pratique: l’itinérance hivernale.

C’est pour cette raison que nous venons aux Bouillouses, afin de profiter de la chaleur et du confort du refuge du même nom et du cadre extraordinaire et modulable à l’infini du Capcir.

Pour l’heure, je comprends leur étonnement face aux belles prairies vertes, délicatement orangées sous un soleil généreux alors que nous roulons entre Bourg-Madame et Mont Louis.

A droite, les versants nord des monts cerdans sont à peine striés de blanc alors qu’à gauche, du côté de Font Romeu, tout est sec. Heureusement, plus haut, en direction du massif Carlit-Péric, la situation semble plus favorable à l’utilisation des raquettes à neige…

Pour rassurer tout mon petit monde, je révèle ma discussion de la veille. Philippe, le gardien des Bouillouses fut formel: «tu verras, dès le parking, vous serez dans la neige. Et si tu prends par les lacs, pas de soucis pour enfourcher les raquettes !»

Pour connaître Philippe, je sais qu’il ne bluffe pas. Lorsque nous nous approchons finalement du parking des Avellans, les yeux pétillent à nouveau en observant au dehors. La neige est bien là, cachée aux creux de ces vallons merveilleux qui donnent accès au plateau des Bouillouses.

Nous ne tardons pas à attaquer… le premier pique-nique! En effet, quand des adolescents font partie de l’équipe, il est plus qu’obligatoire de respecter le protocole alimentaire. Aux alentours de midi, place aux agapes!

Puis c’est la découverte du premier étang, le Negre. La glace est vive et la neige présente principalement dans les recoins à l’ombre.

Florence n’en finit pas de se réjouir de cette journée tandis que les ados souhaitent «marcher sur l’eau»

Mais en ce début d’hiver, je ne prends aucun risque et nous ne traversons pas l’étendue gelée.

Son contournement offre d’ailleurs des vues splendides qui ravissent jusqu’à Jules, gêné par son sac, pourtant raisonnable en terme de poids. Il peine un peu à suivre et son mental en prend un coup.

Calé derrière moi, il retrouve un peu d’allant et nous parvenons au refuge après une splendide déambulation «into the wild» entre collines granitiques et vallons forestiers.

J’aime le refuge des Bouillouses l’hiver. Il offre un niveau de confort exceptionnel, notamment pour toutes les personnes qui découvrent la randonnée à cette saison sur plusieurs jours.

Philippe, le capitaine à bord, a toujours le sourire. Il imprime un rythme et une convivialité appréciés des convives. Il nous a réservé une chambre pour nous six au coin du bâtiment. Les radiateurs sont déjà chauds lorsque nous découvrons notre nid. Cette première soirée nous permet de mieux nous connaître et d’entamer des parties de poker dignes des plus grands palaces.

Le vent se renforce au lever du jour et nous découvrons la «banquise» des Bouillouses sous les bourrasques. Puis c’est la ronde des lacs: Viver, Les Dugues, Vallell, Coumassa, Sec… ponctuée de concours de glissade et de pauses méditatives.

La journée passe vite dans le Capcir et nous retrouvons en fin d’après-midi un refuge bien plus garni que la veille. Une quarantaine de personnes prennent place au repas dans une ambiance bon enfant.

Certains dormiront à proximité dans des igloos réalisés dans l’après-midi. L’appréhension se lit sur certains visages au moment de rejoindre ces logements éphémères et froids.

Avec Claude, Luigi et Jules, nous nous rééquipons sous l’œil incrédule de quelques randonneurs fatigués. Il est temps de découvrir la montagne de nuit.

Nous nous éloignons dans la forêt, éclairés par nos frontales. A l’écart de toute pollution lumineuse, je propose de les éteindre pour profiter de l’éclairage naturel de la lune dont Luigi nous rappelle la provenance: «c’est une lumière indirecte puisque c’est le soleil qui, éclairant la lune, nous envoie ses rayons»

Sur le vaste Pla de Bones Aures, nous nous couchons quelques minutes dans la neige face à la voûte céleste pour observer le bal des nuages qui jouent avec Jupiter et la lune en offrant toute la palette des gris au gré du vent sur la surface enneigée…

Quand nous rentrons au refuge, il ne reste plus grand monde dans la salle commune et le reste de l’équipe dort déjà profondément.

Déjà le dernier jour… Après l’inspection des igloos, nous attaquons en nous retournant une dernière fois le chemin du retour. Mathias est fatigué malgré une bonne nuit de sommeil. Il paie ses jeux de la veille, caricaturant le pingouin lors des innombrables glissades effectuées sur le ventre durant toute la journée.

Le troisième jour est souvent synonyme de «moins bien» lors d’un tel périple. Je choisis de rejoindre tranquillement l’estany Long, auprès duquel Florence effectuera quelques prises de son.

Je sais que le moral reviendra au sein du groupe lorsque j’évoquerai le pique-nique.

J’invite alors toute la famille à effectuer quelques pas d’escalade pour rejoindre un petit promontoire au dessus de l’étang, portant la vue sur les pistes de Font Romeu et l’estany Negre.

Nous dégustons longuement notre repas, laissant le temps, les rires et les rayons du soleil œuvrer pour notre bien-être.

L’harmonie est retrouvée lorsque nous entamons la dernière ligne droite. Deux passages à guet plus loin, nous retrouvons le bitume et les véhicules. Le parking est plein et bruyant. Nous nous enfuyons bien vite en emportant quelques brins de sérénité avec nous.

Lorsque nous repassons le tunnel, toute la famille dort. J’observe les visages paisibles de mes nouveaux compagnons d’aventure. Ils garderont longtemps en mémoire le cadeau grandeur nature du Noël 2012…

Depuis cette aventure, nous avons changé d’année et la neige est revenue nous gratifier de son éclat. Je vous souhaite à toutes et tous beaucoup de bonheur en cette nouvelle année!

Stéphane Grochowski, Accompagnateur en Montagne
www.itinerance-pyrenees.com

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publié le: 04/01/2013 | 18:21 | Lu: 11259 fois