Il est pratiquement 18h lorsque nous atteignons la rive de l’étang d’En Beys en ce samedi 5 janvier 2013.
Thierry a souffert aujourd’hui de son genou et la descente de la Grande Porteille d’Orlu s’est faite au ralenti.
Après la remontée vers la Coma d’Anyell et la traversée en balcon face au Carlit et à l’étang du Lanoux, la fatigue a réveillé de vieilles douleurs.
Mais la récompense est là, dans le tableau enneigé teinté de rose que nous propose cette fin d’après-midi. «Jusque là, c’était beau mais cette lumière, à cette heure-ci, ça n’a vraiment pas de prix !» me lance-t-il.
Pendant ce temps, Aurélia et Bozena traversent déjà le lac. Elles avoueront plus tard leur inquiétude de marcher sur cette étendue glacée. Elles filent jusqu’au refuge sans se retourner. Mais avec une bonne vingtaine de centimètres de glace et plus de trente de neige par-dessus, elles auraient pu tenter l’aventure avec des sacs bien plus lourds!
Derrière, avec Thierry, nous profitons de cette ambiance féérique. Manu, remonté à notre rencontre quelques minutes plus tôt, a soulagé Thierry de son sac.
Avec Julien, le gardien d’En Beys, ils ont profité de notre périple depuis le col du Puymorens pour se balader en ski. «Vraiment de la randonnée à ski plutôt que du ski de rando compte tenu de la qualité de cette neige souvent croutée !» relate notre «sherpa»
En effet, les traces observées dans leur descente de La Grave démontrent les efforts déployés pour conserver l’équilibre sur ces planches décidemment trop fines pour «surnager»
Durant la dernière petite remontée à flanc, une douce odeur de fumée nous parvient enfin. Je souris en imaginant Julien s’activer à l’intérieur de son palais d’en haut, allumant les poêles à bois dans la salle commune et dans le dortoir, sifflotant en préparant notre arrivée et le repas du soir et vérifiant, un peu tendu, l’état des panneaux solaires, des batteries, de fuites éventuelles ou d’attaque de souris ou de loir à l’intérieur de la cuisine.
J’agrandis la trace des derniers mètres raides qui donnent accès au refuge. Thierry découvre tout à coup le bâtiment dans un soupir de soulagement. Je l’aide à enlever ses raquettes et il peut enfin s’assoir à l’intérieur du refuge.
«Avec un mental comme le tien, tu ne tarderas pas à te remettre sur pied dès que ton genou sera moins douloureux !» lui lance-je pour le féliciter de ses efforts et le déculpabiliser sur le rythme lent imposé à l’ensemble du groupe.
Comme cadeau de bienvenue, Julien a délicatement positionné les souliers d’intérieur à l’entrée du grand couloir, nous évitant ainsi de déambuler sur le carrelage froid en chaussette.
Thierry retrouve les filles dans le dortoir chauffé alors que je rejoins Julien et Manu dans la salle commune. Je remercie mes amis de leur soutien et nous débriefons rapidement la journée en levant nos verres.
Ce soir-là, les animaux présents dans cette haute vallée d’Orlu ont dû s’étonner d’observer des lumières s’échapper du refuge en cette saison endormie et d’entendre raisonner les rires des six privilégiés positionnés autour du poêle à bois d’En Beys, simplement heureux d’être ensemble, en montagne, au chaud et loin du monde d’en bas.
Avant de nous coucher, nous sortons quelques minutes et profitons de l’absence de pollution lumineuse et des connaissances de Manu pour faire un tour d’horizon des planètes, étoiles et constellations qui nous observent froidement depuis leurs perchoirs célestes.
Le lendemain, le réveil et le départ sont tardifs, comme pour retarder au maximum la redescente vers la vallée. En tout cas, nous garderons longtemps dans nos cœurs la joie de cette belle soirée de janvier dans ce refuge d’En Beys à peine éveillé…
Stéphane Grochowski, Accompagnateur en Montagne
www.itinerance-pyrenees.com
- Une montagne d'émotions: «Une journée 100% montagne!»
- Une montagne d'émotions: «La neige, cette belle inconnue»
- Une montagne d'émotions: «Le thé ou l'électricité?»
- Une montagne d'émotions: «Le club s'agrandit!»
- Une montagne d'émotions: «Le refuge ensommeillé»
- Une montagne d'émotions: «Les Bouillouses en cadeau»
- Une montagne d'émotions: «Le bus du jeudi»
- Une montagne d'émotions: «Reportage et repérage à Ascou-Pailhères»
- Une montagne d'émotions: «Jour de tempête au col de Port»
- Une montagne d'émotions: «Promesse hivernale»
- Une montagne d'émotions: «La photo au sommet»
- Une montagne d'émotions: «Les hameaux oubliés de la Haute-Barguillère»

fermer les commentaires
ajouter un commentaire
Les commentaires sont libres d'accès.





