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Les petites histoires de Mélanie: les habitants du Pech de Bentenaus

© midinews 2014 - Mélanie Savès

La ville de Foix a cette particularité, toute médiévale, d’être bordée d’eau et entourée de montagnes. D’un côté court l’Arget, au pied du Pech de Saint-Sauveur couronné d’une croix blanche, conquérante, et son antique ermitage ruiné par les flammes. De l’autre, l’Ariège borde un quartier d’habitations très particulier, s’étendant sur les terrasses de Bentenaus.

Bentenaus, le nom sonne bien à condition d’y mettre l’accent, l’articuler, le faire rouler et prononcer «naous» On obtient alors «vint e naus» qui signifie 29, ou «vent de nauts» le vent des hauteurs, ou encore les vents neufs. Désormais on dit simplement «le Pech», sans doute pour mieux se faire comprendre des «étrangers», prononcé «estrangè»

Alors que la vallée offrait encore quelques parcelles confortables, certains fuxéens sont venus s’installer sur ces pentes raides. L’ensoleillement généreux favorisait les cultures. Eleveurs et producteurs habitaient sur place ou en plein cœur de la ville de Foix.

Le Pech devenait alors un espace périurbain, tout aussi bien lieu résidentiel qu’espace de ressources. On produisait du blé, de l’orge, des pommes de terre, des fruits ou encore la vigne. Pour optimiser leur adaptation au sol, les ceps de vignes étaient «issus de pépins», semés, leurs racines plongeant en profondeur à la recherche de l’eau peu abondante sur le Pech.

Les enquêtes effectuées par l’universitaire Elise Labye, restituent des souvenirs récents: «les gens allaient de fermes en fermes, pour travailler ensemble, mais il n’était pas question d’argent»

Les paysans du Pech accrochaient un tissu blanc dans la végétation pour que ceux du Saint-Sauveur soient avertis du moment où ils pouvaient dépiquer le blé. Dans les années 1950 à 1970, plusieurs familles de paysans menaient une activité dans les fermes du haut du Pech. Actuellement l’une de ces fermes est encore utilisée pour l’élevage ovin.

Mais les habitants du Pech n’étaient pas tous cultivateurs. Les registres fonciers de 1847 à 1922, mentionnent quelques propriétaires aux métiers variés: Jacques Rousse «capitaine de Dragon en retraite», Pierre Dupla «instituteur au Bosc», Charles Rouch «automobiliste place Saint-Volusien», Joseph Canel «horloger demeurant à Foix»

Parmi les occupants de «la maison à la citerne», on observe la présence de Jean et Anne Eychenne, fermiers de Bellissen au château du Cap de la ville (château ruiné sur lequel on élève, en 1987, le Conseil Général). Y vivaient aussi un boulanger, un charron, un marchand de papiers peints, un tailleur de pierre, un épicier, un employé du télégraphe… oui, le Pech était bel et bien un quartier de la ville composé de citadins-ruraux.

Dans les tous derniers temps de l’occupation du Pech, la cueillette de baies et de plantes, notamment les asperges sauvages ou respounchous et la collecte de truffes, faisaient partie du quotidien de subsistance. Les dernières familles présentes stockaient, comme les anciens, l’eau dans des citernes accolées aux maisons ou ramenée depuis la ville, la seule fontaine connue se situant au hameau de Jean Germa en haut du Pech.

Mais peu à peu, ces jardins, ces potagers ou vergers, agencés autrefois comme de vrais trésors fleuris, ces terrasses aux mille ceps et épis dorés changèrent peu à peu de noms… En 1920, la vigne devient «pâture», puis «lande»

Les maisons sont «ruines» et les vents du Bentenaus se chargent des souvenirs d’antan. Hommes et femmes s’en sont allés retrouver les facilités de la plaine. Mais qu’à cela ne tienne, l’association les «1001 terrasses d’Ariège» fait du Pech de Bentenaus un espace nouvellement convoité par les chercheurs de plaisirs doux, qu’ils soient randonneurs, cueilleurs ou amateurs de panoramas époustouflants.

Plus d’informations:
Site internet des 1001 terrasses d’Ariège: www.pastoralisme-ariege.com/terrasse/12/terrasses-du-pech-de-foix

Retrouvez les visites guidées de Mélanie SAVES sur www.passerelle-culture.com

Mélanie Savès | 25/04/2014 - 18:46 | Lu: 13984 fois