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Les petites histoires de Mélanie: un jour de foire pas comme les autres, foire et marchés troisième volet

© midinews (archives)

Dans son histoire, la ville de Foix a accueilli jusqu’à cinq foires annuelles. Les plus importantes étaient celles des Rois, en janvier et de la Trinité, en décembre.

Ces lieux de convivialité étaient l’occasion d’acheter canards et cochons gras qui finiraient salés ou confits sur les étagères du cellier. La production devait couvrir l’année et « faire le cochon » s’apparentait à un moment crucial et festif.

Dans le premier quart du XIXe siècle, le foirail prenait place sur les allées de Villote, entre ville ancienne aux étroites ruelles et ville moderne naissante, où Halle au Grain, Caisse d’Épargne, bâtiment des Postes et Chambre de Commerce et d’Industrie n’existaient pas encore. Cet espace connut de tels changements dans le courant du XIXe siècle qu’il nous apparaitrait bien étranger aujourd’hui.

En 1839, les foires furent déplacées sur l’actuel champ de Mars, derrière la Poste. Aujourd’hui elles se tiennent de nouveau sur Villote les 1er, 3e et 5e lundi de chaque mois.

La place marchande, véritable baromètre de la tension sociale, pouvait être le théâtre des plaintes et des revendications. Un jour de foire pas comme les autres, au matin du 13 janvier 1840, cultivateurs et paysans furent piqués au vif, découvrant qu’ils devraient payer 25 centimes pour chaque cochon gras apporté.

Ce jour-là, les autorités de la ville s’étaient préparées aux possibles revendications en installant des barrières et en renforçant leur présence. En effet, quelques mois auparavant, le droit de place pour les bestiaux exposés à la vente fut augmenté. La foule, confuse et vindicative, ignora tant les barrières, symboles des nouvelles lois, que les receveurs des droits de place et s’installa sans s’acquitter de leur charge.  
Alors que la foire battait son plein, les forces de l’ordre revinrent renforcées de 167 militaires. Préfet et militaires furent hués, un jet de pierre frappa le représentant de l’État en plain visage et quittant la place, il mentionna: «commandant, je mets les autorités sous votre protection ; faites votre devoir». Pour tenter d’interrompre l’échauffourée, les militaires tirèrent dans la foule et le foirail se vida en un instant laissant au cœur de l’espace marchand 13 morts et 26 blessés.

En 1907, l’espace du foirail prit un temps la fonction de terrain d’exercice pour la caserne Gaston de Foix. Ainsi porte-t-il aujourd’hui le nom de place du 49e Régiment d’Infanterie ou champ de Mars, en mémoire du dieu romain de la guerre. 

En 1949, cent ans après le tragique événement, le maire de Foix fit rechercher les documents officiels relatifs à la taxe des bestiaux vendus les jours de foire. Il en ressort que des exemptions établies sous l’Ancien Régime furent supprimées à la Révolution. Comme le mentionne l’archiviste en chef de l’Ariège en 1949, «l’exemption du bétail resta constante jusqu’à la période 1923-1926 incluse». Puis un tarif spécial fut appliqué.

De cet acte meurtrier nul lieu de mémoire visible, mais comme le mentionne l’historienne Annie Cazenave dans son livre Foix et ses alentours, cette place transformée en parking demeure un espace gratuit.

Sources : ADA, à retrouver dans «Foix et son château», un livre de Patrice Teisseire Dufour, Mélanie Saves, photos d’Alain Baschenis, 2013, édition Le Pas d’Oiseau.

Venez nombreux découvrir le premier Salon du livre de Foix:
Centre culturel L’Estive, salle Isabelle Sandy, dimanche 7 décembre de 14 h à 18 h 30.

Mélanie Savès | 28/11/2014 - 19:06 | Lu: 9345 fois