Les petites histoires de Mélanie: foires et marchés de Saint-Girons (Marchés, deuxième volet)

L’une des particularités de Saint-Girons se découvre le samedi matin sur les bords du Salat, alors que les 72 platanes du Champ-de-Mars offrent un couvert ombragé aux étals. Cette pépite saint-gironnaise, c’est le beau marché de la ville.
L’installation de foires et de marchés a permis aux communautés d’améliorer le développement économique du bourg, de stimuler les échanges, sources de prospérité tant collective qu’individuelle. Pauline Chaboussou, chargée de la valorisation du patrimoine à la Communauté de Communes du Canton d’Oust, évoque la situation géographique de Saint-Girons, «au croisement des économies de la montagne et du piémont, qui a contribué à en faire un lieu d’échanges commerciaux actifs».
En effet, la ville centralise les 18 vallées voisines dont certaines s’ouvrent sur la Catalogne et le Comminges.
En 1843 se tenaient huit foires d’une durée de deux jours s’échelonnant entre le 2 janvier et le 9 novembre. S’y ajoutaient quatre foires d’une durée d’un jour ce qui permettait d’atteindre le nombre de 20 foires annuelles.
Pauline Chaboussou rappelle un document d’archives mentionnant qu’en 1842, le Préfet de la Haute-Garonne s’émeut auprès du Ministère de l’Agriculture de la concurrence que créent les foires de Saint-Girons face au marché de Salies-du-Salat, à 25 kilomètres de là, lorsqu’elles ont lieu un lundi (jour du marché salisien), ce qui se produit plusieurs fois par an.
Le ministre s’étonne alors dans un courrier au Préfet de l’Ariège en date du 8 juin 1843 que «dans une commune qui compte à peine 3900 habitants, le commerce ait pris un développement tel que l’on ne puisse terminer en un seul jour les affaires».
Le Sous-Préfet de Saint-Girons prend la plume pour défendre son territoire: il affirme qu’un usage immémorial a établi tant de jours de foires, et qu’il s’agit d’une absolue nécessité.
La pauvreté du sol ne permet pas de produire des céréales en quantité suffisante pour les besoins locaux: il faut importer ; la population s’est tournée vers l’élevage, et il faut également écouler le bétail…
«Les importations de grains et autres denrées nécessaires peuvent se répandre sur les divers points de l’arrondissement que par la ville de Saint-Girons ; […] le commerce des bestiaux n’a d’autre débouché que le chef-lieu ; […] cette ville se trouve ainsi le centre de transactions aussi nombreuses qu’importantes, et le rendez-vous obligé de la plupart des chefs de famille du pays ; […] ainsi, les intérêts de la ville sont ceux de toutes les communes qui l’environnent».
Aujourd’hui, les besoins ménagers des foyers de Saint-Girons et des alentours sont également comblés par le développement et la proximité des grandes surfaces. Mais la ville a gardé son marché hebdomadaire et ses foires des 2e et 4e lundis de chaque mois.
Visage exceptionnel de nos vallées pyrénéennes, le marché de Saint-Girons offre une mixité de produits issus des exploitations importantes comme des plus réduites. Paysans et néo-ruraux s’installent côte à côte et partagent avec leurs clients, tant un produit qu’un savoir-faire.
Saint-Girons et son marché sont un lien entre monts et vallées, une fraicheur apportée au monde de la transaction.
À l’heure de la traçabilité, notre confiance se remplit du contact et de l’échange avec le producteur.
Ceux-ci tout autant que les éleveurs, les transformateurs, les artisans, grâce aux soins apportés chaque jour à leurs produits, participent à notre bien-vivre. Ainsi, soyons solidaires!
À lire: Midi-Pyrénées Patrimoine, automne 2011, article de Pauline Chaboussou, Saint-Girons, une capitale commerciale des Pyrénées centrales, p.46.
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