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Les petites histoires de Mélanie: temps de guerre, la maison Lauquié

© midinews (archives) - Mélanie Savès

La maison Lauquié fait partie de ces bâtiments à la destinée hors du commun. Bâtie dans le style des riches demeures de la Riviera du lac Léman par Jean Tersouly, né à Foix en 1817, elle appartenait à un certain Maurice Réveilhac.

L’homme y vivait avec son frère Marcel, un réfugié du nom de Desoignes, le jardinier, son épouse, une femme de chambre et une lingère.

Belle maison du quartier sud, elle fut réquisitionnée comme quartier général de la Gestapo, le 3 février 1943.

Elle vit passer bien des hommes et des femmes faisant vivre la Résistance en Ariège. Pour n’en citer que quelques-uns: Aimé Balussou, M. Maurette, Jeanne Blazy ou Augustin Aragni, arrêtés puis enfermés dans les chambres devenues salles de torture.

Louis Jalabert, torturé lui aussi fut amené jusqu’à Verniolle où il fut exécuté en juin 1944 aux abords du château de Fiches. Quelques mois plus tard, le 19 août 1944, les forces de la résistance et les Guerilleros libéraient la ville de Foix au prix de luttes menées sur les allées de Villote et de combats aux abords de la ville.

Le Monument de la Résistance et de la Déportation installé au cœur des allées de Villote est à associer à cette maison comme espace indispensable au souvenir de la Résistance.

Prenant la forme d’un haut clocher, fier et puissant, une femme tient des chaînes brisées. De cette figure de «liberté» le regard ne faillit pas et pousse loin vers l’horizon. Le clocher-mur symbolise sans doute les nombreux villages qui ont su faire face aux assauts allemands.

Il est aussi le M.U.R., anagramme des Mouvements Unis de la Résistance. Un médaillon présente le profil de l’un de ses chefs: Irénée Cros (1887-1943), qui, dès 1943, pris la tête de ce groupement.

Responsable des réseaux de passages vers l’Espagne et l’Andorre, dont Foix était une plaque tournante, il fut assassiné à Foix quelques mois plus tard, le 14 décembre.

Foix libérée, les forces militaires françaises occupèrent la maison Lauquié murs jusqu’à la fin 1945.

En 2012, le département inaugurait dans la maison Lauquié, l’installation de l’Agence de Développement touristique de l’Ariège. Les restaurations mirent en valeur le bâtiment d’époque : ses deux avancées aux toitures pentues encadrant un corps de logis magistral.

Sur chaque débord de toit courait une dentelle de bois peint traditionnelle des arrangements du XIXe siècle. Le hall d’entrée a gardé le carrelage d’époque et le grand escalier de bois à longues marches distribue chacun des paliers.

Cependant, on ne peut s’empêcher de penser que derrière ces portes et durant plus d’une année, hommes et femmes condamnés au silence furent poussés dans l’extrême de leurs peurs.

Lors des travaux, une porte remplie des inscriptions laissées par les victimes fut récupérée par l’association du Musée de la Déportation de Varilhes, ultime témoignage d’une résistance face à l’oubli.

Mélanie Savès | 06/03/2015 - 19:07 | Lu: 5309 fois