Ariège: L'épopée d'un département

© midinews (archives)
C’est au lendemain de la Révolution Française, que le département fut composé et nommé. Le 9 décembre 1789, l’Assemblée nationale décidait la division de la France en départements et durant un an et demi, les conflits ne cessèrent.
Chacun souhaitait se mettre en avant en évoquant ses limites topographiques, ses voies de communication et ses appartenances anciennes à telle ou telle province. A l’heure actuelle de la mondialisation, l’agrandissement de nos régions fait écho à la composition ces tout premiers départements.
Une France à 13 régions, voilà ce qui a été voté la nuit du 19 au 20 novembre 2014 par l’Assemblée nationale. A 277 voix contre et 253 pour, cette nouvelle carte a motivé des débats passionnés dépassant parfois les clivages politiques. Faut-il dessiner les collectivités autour des métropoles, créer des régions identitaires ou sur le cadre d’anciennes provinces historiques ?
Ces mêmes questions existaient déjà il y a 225 ans
A l’annonce de l’organisation des départements le pays Couserans revendiqua son autonomie et dans une lettre à l’Assemblée nationale il rappelait qu’il ne pouvait «être divisé ou adjoint à d’autres au-delà de ses bornes naturelles sans gâter tout l’ensemble qui en fait l’heureuse harmonie (…) le Couserans doit faire un pays à lui tout seul» (décembre 1789 – A.N., D IV bis 4).
Saint-Girons se proposait chef-lieu dans un département regroupant au choix, Couserans et pays de Foix, ou Comminges et Couserans.
Alors que les villes de Toulouse ou Carcassonne voulaient fédérer les nouveaux départements autour de leurs agglomérations, le village de Bélesta rappelait que son positionnement géographique la rapprochait plus de la vallée de l’Ariège que de Carcassonne.
«Pour se rendre dans ces trois villes (Mirepoix, Pamiers, Foix), les habitants ont un grand chemin à pratiquer, comode dans toutes les saisons, tant de nuit comme de jour, tandis que pour se rendre à Caudiès, Quilhan, Limoux, Carcassonne et Perpignan, ils sont obligés de passer par les chemins de traverses absolument impraticables dans toutes les saisons de l’année, surtout en hiver qui dure six mois dans ce pays…». (sources A.N. D IV bis 4)
Dans ses recherches sur le territoire, Claudine Pailhès mentionne que «Foix et Pamiers s’entendirent sur un projet réunissant au pays de Foix, le diocèse de Mirepoix, languedocien, à l’est et le Couserans à l’ouest ; chacune prétendant bien sûr au chef-lieu. C’est ce projet, à peu près, qui fut défendu par Vadier», conseiller au siège du présidial à Pamiers.
Au 18 janvier 1790, les députés annoncèrent la formation de ce nouveau territoire administratif : «le département de Foix et de Couserans»
Les assemblées du département se tiendraient en alternance entre Foix, Pamiers et Saint-Girons. Fait diplomatique plus que pratique, aux vues des longues distances à parcourir entre ces villes et de la rigueur qui anime l’administration.
Si l’on se place du point de vue historique, la directrice des archives, évoque le pays de Foix comme «une province à lui tout seul doté de ses états et de son gouverneur» Le Couserans est «détaché du Comminges dont il était partie intégrante depuis le XIIe siècle»
Le pays de Mirepoix est également «détaché du Languedoc auquel il appartenait depuis le XIIIe siècle et est partagé avec le département de l’Aude»
Du point de vue géographique, chacune des vallées est isolée de l’autre. Alors que Foix et Pamiers se sont installées dans la vallée de l’Ariège, c’est le Salat qui coule à Saint-Girons et l’Hers à Mirepoix, définissant ainsi trois bassins hydrographiques distincts.
S’il n’était pas uni par des origines communes, ce nouveau «département de Foix et de Couserans» devait être unifié par un nom. Le 4 mars 1790, le couperet trancha, il s’appellerait «Ariège» C’était sans appel et surtout sans compter sur les autres cours d’eau !
Chez les voisins, de nombreux départements de montagne avaient pris le nom du massif auquel ils appartenaient : Alpes, Vosges… Aurait-il été plus fédéré autour du nom de Pyrénées centrales ?
Aujourd’hui dans les campagnes de communication, plus pour localiser la zone que pour unifier des territoires, les actions commerciales s’appuient sur l’entité «Ariège-Pyrénées»
Cependant les questions demeurent quant à la réflexion sur la taille, le découpage, le nom de ces nouvelles entités administratives, qu’elles soient départements en 1789 ou régions en 2014.
Ainsi, ne serait-il pas temps de prendre un peu de hauteur ? Et l’on trouve aisément dans notre département un sommet accueillant dominant les monts et les vallées, afin d’embrasser d’un regard l’éclectique département de l’Ariège et mieux le comprendre.
Source : Un territoire et un nom. La genèse du département de l’Ariège. Claudine Palhiès, Archives ariégeoises, 2010, p. 85 à 92.
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