Les petites histoires de Mélanie: l'hôtel d'Ardouin ou le musée de Mazères

C’est sans doute l’un des plus beaux musée d’Ariège.
Le musée du vieux Mazères rassemble une collection, issue de quatre années de fouilles archéologiques menées sur la nécropole mérovingienne de Bénazet.
Boucles de ceintures, couteaux, aumônières, perles de verre composent une partie de ce vaste ensemble. Le rez-de-chaussée dévoile l’histoire de l’abbaye de Boulbonne et de la bastide au fil des siècles. La première salle est consacrée à l’or bleu: le pastel. Pour accueillir ces trésors, un écrin de choix: un hôtel pastelier du XVIème siècle.
Cette maison de notable aurait été édifiée en 1580 par Pierre Garrigues, protestant, négociant en pastel. Elle symbolise l’éclat de sa réussite. En achetant une parcelle de 400m² à Mazères, il réalise une opération stratégique, tant pour la protection de ses biens que de sa personne. Son contrat de mariage avec Françoise d’Agreville, fille du notaire et consul Guillaume d’Agreville en charge du syndic général, lui permet d’installer sa descendance à l’abri d’une citadelle protestante.
En 1563, la bastide, en gouvernance partagée depuis 1253 entre abbés de Boulbonne et comtes de Foix, est choisie par le coseigneur Jeanne d’Albret, pour être l’un des bastions du protestantisme. Les grandes familles protestantes d’Agreville, de Lavail, de Roel, marchands et hommes de robe y possédaient déjà de somptueux hôtels, aujourd’hui disparus.
L’hôtel fut commencé alors que les combats entre protestants et catholiques prenaient de l’ampleur. La ville avait été assiégée en 1569 et il était nécessaire de toujours la protéger. En 1580, le roi de Navarre, Henri III, demande la fortification de la bastide et la restauration du château comtal. Pour Pierre Garrigues, l’âge d’or du commerce du pastel est révolu depuis 1560 et dans ce climat de guerre, le riche marchand n’a pas d’autre choix que d’investir dans la pierre.
Protégée par l’enceinte de la ville, la bâtisse s’élève fièrement dans le ciel mazérien, surplombant l’Hers de toute sa splendeur. Tous les codes de la Renaissance y apparaissent et l’hôtel de Bernuy, édifié en 1505 à Toulouse, en fut vraisemblablement le modèle avec sa tour de brique, hautement symbolique du pouvoir du notable. La brique, de production locale, (la tuilerie était en face de l’hôtel en rive droite de l’Hers) harmonise chaleureusement l’ensemble et la pierre, utilisée pour les encadrements, rappelle toute la finesse des grands hôtels pasteliers.
Une tour abrite l’escalier à vis qui dessert les différentes pièces, vastes et lumineuses. Gouvernantes et major d’hommes devaient s’activer à entretenir les parquets et sols carrelés, nettoyer les carreaux des fenêtres à meneaux, entretenir le feu dans les larges cheminées de brique.
La rue, anciennement nommée rue du four, près de la fontaine de la Tausse, desservait l’hôtel et son moulin pastelier. Empruntant la rue, les uns venaient moudre les précieuses feuilles qui donneraient la teinture bleue, et les autres, comme Marthe et Madeleine, filles de Pierre Garrigues, accédaient en calèche dans la cour de l’hôtel par un porche élégant. Elles devaient profiter de l’esthétique du jardin à la française et il est possible que Marthe et son futur époux, Jean-Antoine d’Ardouin, oublièrent les heures à contempler les méandres de l’Hers.
Il semble qu’à la mort de Pierre Garrigues en 1590, le bel hôtel de la Tausse entre dans l’héritage de la famille d’Ardoyn (Ardouin) lors du mariage de Marthe et de Jean-Antoine en 1598. La riche demeure porte depuis le nom d’hôtel d’Ardouin. Leur fils Pierre, en 1685, n’ayant pas de descendant, cède l’hôtel à M. Laffitte qui la vend, en 1687, à l’évêché de Mirepoix.
Elle est rachetée après la Révolution, par la municipalité. Classée Monument Historique en 1955, des travaux sont engagés, près de 40 ans plus tard, par la commune avec l’aide de la Direction Régionale des Affaires Culturelles et permettent d’accueillir à partir de 1991 les premières collections du musée et en 1999, la bibliothèque municipale.
La somptueuse exposition des «Barbares en Gaule du Sud» est inaugurée le 19 mai 2011. Aujourd’hui, intérieur comme extérieur sont agencés avec goût et talent. Le jardin rassemble une large gamme de plantes aromatiques et médicinales, et en ce mois de mai, les fleurs jaunes du pastel sont un clin d’œil à la glorieuse époque de l’or bleu.
Plus d’informations:
Musée de Mazères: http://www.ville-mazeres.fr/Musee-d-Ardouin
Prochaines visites guidées de Mélanie: Jeudi 8 Mai
- A l’occasion de la Foire de Tarascon, retrouvez les visites guidées de la vieille ville de Tarascon, jeudi 8 mai, départ 11h30 (français) et 17h00 (espagnol), durée 1h00, réservation à l’Office de Tourisme des Montagnes de Tarascon et du Vicdessos au 05.61.05.94.94.
- Moyen-âge et art roman, découverte des églises romanes de la Haute Ariège, visite des églises d’Axiat, Vernaux et Unac, jeudi 8 mai à 14h00, départ de Luzenac, durée 2h00, covoiturage, réservation à l’Office de Tourisme d’Ax-les-Thermes au 05.61.64.60.60.
dans la même rubrique
- Les petites histoires de Mélanie: Dieuzaide à suivre...
- Les petites histoires de Mélanie: la formation des Pyrénées, la lherzolite
- Les petites histoires de Mélanie: les Pyrénées (partie 1)
- Les petites histoires de Mélanie: temps de guerre, la maison Lauquié
- Les petites histoires de Mélanie: Mirepoix (partie 2)
- Les petites histoires de Mélanie: Mirepoix, l'harmonieuse (partie 1)
- Les petites histoires de Mélanie: le palet de Samson
- Les petites histoires de Mélanie: route des corniches, au coeur des terrasses
- Les petites histoires de Mélanie: le château de Lordat
- Les petites histoires de Mélanie: les bonnes résolutions, un conte intemporel
- Les petites histoires de Mélanie: village, oh mon village!
- Les petites histoires de Mélanie: je suis charlie
- Les petites histoires de Mélanie: Noël d'antan
- Les petites histoires de Mélanie: trois perles d'art roman
- Ariège: L'épopée d'un département
- Les petites histoires de Mélanie: un jour de foire pas comme les autres, foire et marchés troisième volet














