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Les petites histoires de Mélanie: meurtre en belle plaine

© midinews 2014 - Mélanie Savès

A celui qui emprunte la départementale D628, touriste de passage ou ariégeois pressé, prenez le temps de vous arrêter à La-Bastide-de-Besplas.

Comme la signalisation peut paraître trompeuse - sitôt entré on est déjà sorti - le curieux suivra la route indiquant Méras, menant directement au village secret.

Fondé en 1249, par un contrat engageant le comte de Foix et l’abbé de Saint-Victor, la bourgade maintient le souvenir des plans carrés appliqués généralement aux nouvelles urbanisations. Elle s’étendait autrefois plus largement vers le sud et l’est mais au XIVème siècle, la peste emporta une grande partie de la population qui, pour se protéger, se recroquevilla dans un noyau urbain autour de son église.

Ruelles étroites, berges de l’Arize douces au regard, patrimoine religieux soigneusement conservé -église Saint-André et chapelle Notre-Dame du bout du pont - le village garde de véritables petits trésors.

Sur la place de l’église Saint-André, à l’ombre de l’ancien couvert des maisons à colombages, face à l’imposant clocher de brique de l’église, on imagine des histoires d’antan, charmantes et sereines. Mais l’affaire qui suit n’a rien d’engageant, elle laisse tout d’un coup passer un vent glacé dans les ruelles trop étroites de cet étrange village.
Jacques Latour meurt sur l’échafaud un matin de septembre 1864L’histoire prend corps au XIXème siècle, alors qu’un meurtre vient d’être commis.

Le crime: dans la nuit du 25 au 26 février 1864, Monsieur Bugad de Lassalle et trois de ses domestiques trouvent la mort, assassinés à coup de hache dans la riche propriété de Baillard. Les assassins: Jacques Latour, dit Matilon, récidiviste, violent, bon comédien et son complice Audouy dit Hercule, un «colosse à tête faible, saltimbanque qui depuis des années déjà parcourait les foires, s’installant sur les places publiques en levant des poids fabuleux, luttant avec les hommes les plus robustes, vivant de cet étranger métier»

Le dénouement: Jacques Latour meurt sur l’échafaud un matin de septembre 1864 sous les huées de la foule réclamant la justice, alors que son complice est envoyé aux galères.

Un rebondissement: en juillet 1867, un nouvel accusé fait son apparition, Sallot, dit Casque de fer un dentiste ambulant, souvent observé en présence d’Audouy. Disparu durant deux ans, il revient sur le devant de la scène. Des témoins l’entendent dire à propos de Monsieur de Lassalle «il n’a jamais donné un sou à un pauvre, il a de l’argent entassé, il mériterait un coup de fusil…»

Drôle d’intrigue… Serait-ce possible que cette histoire soit vraie, qu’elle trouve corps ici, à Labastide-de-Besplas, il y a 150 ans? Les murs en auraient-t-ils gardé le souvenir? Nul doute que la France entière en fut ébranlée.

Alors, si vous passez par cette «bastide de la belle plaine», attardez-vous et demandez où se trouve le château de Baillard, sans doute vous répondra-t-on, «juste derrière la haute haie, protégé du regard et des terribles souvenirs»

Plus d’informations:

Lecture: http://www.le-mas-dazil.fr/Le-crime-de-Baillard.html
et http://www.volvestrepatrimoineinfo/index.php?option=com_content&task=view&id=73&Itemid=31

Texte entre guillemets issus de: http://archives.numerisees.calvados.fr, le Bonhomme Normand, 1867, n°30.

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Mélanie Savès | 30/05/2014 - 18:36 | Lu: 14958 fois