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Les petites histoires de Mélanie: les femmes au XIIIème siècle, une beauté en péril

© midinews 2014 - Mélanie Savès

Au XIIIème siècle, dans les plus hautes sphères de la société, tout semble auréolé de lumière. Les jeux sont glorieux, les chevaliers plein de bravoure, les seigneurs prestigieux, l’Eglise rayonnante et les troubadours louent les plus belles dames dans leurs poèmes chantés.

La femme noble, richement parée, offre aux regards un teint de nacre, de beaux cheveux blonds, soignés et peignés. Les mouvements de ses bras graciles se perdent dans les fins plis de sa robe et laissent derrière elle un doux parfum de fleurs.

A cette époque, la dame porte un bliaud, longue robe très ample mais bien ajustée jusqu’aux hanches. Une longue ceinture décorative souligne sa taille. Les broderies et les ornements de métal agrémentent la tenue confectionnée en étoffe de Flandre et d’Angleterre.

A la laine fine s’ajoute la soie, le damas et la mousseline découverts lors des croisades en Orient. Le cuir s’utilise pour les chaussures qui sont très ajustées et faites dans une seule pièce. L’hiver oblige le port d’un manteau de fourrure. Ainsi, les nobles sont d’une élégance rare.

Pour mettre en valeur ces vêtements, elles arrangent leurs cheveux. Oublions les volumineuses chevelures considérées comme un point commun avec l’animal, préférons les mèches soignées et peignées, couvertes d’une coiffe ornée de rubans et de bijoux.

Les peignes de corne, de jais et sans doute de bois sont de précieux cadeaux. Les servantes et demoiselles doivent démêler et peigner souvent car attention aux poux! Une tête mal entretenue est sujette aux petites bêtes. Dans son ouvrage Montaillou village occitan, Emmanuel Le Roy Ladurie, rappelle que l’épouillage fait aussi partie de la bonne amitié.

La mode rappelle avant tout un code social et le conserver permet d’être identifié et reconnu. Dans un siècle où l’Eglise renforce son autorité face à l’hérésie cathare, les canons de la beauté féminine ont été violemment contestés, voire condamnés par la sainte Eglise.

Associés aux diableries, les parures et les soins qu’apportent les femmes à leur apparence physique agitent l’aiguillon du désir pernicieux.

«Femmes… Ayez, non cette parure extérieure qui consiste dans les cheveux tressés, les ornements d'or, ou les habits qu'on revêt, mais la parure intérieure et cachée dans le cœur, la pureté incorruptible d'un esprit doux et paisible, qui est d'un grand prix devant Dieu», Pierre 3:1-6.

Ainsi, le droit à l’utilisation des artifices de la beauté fut interdit. Gwendoline Hancke rappelle dans son ouvrage Femmes en Languedoc, qu’en 1230, une femme troubadour, issue de la noblesse, revendiqua son droit à la féminité:

«En grand danger / et en grand peine / je me plains et je soupire /… et quand je tourne / mon regard sur mes vêtements / qui sont riches et parés / garnis d’or /et tissés d’argent /… je souhaite que le pape de Rome / fasse bruler celui / qui nous fait ôter les galons /… Seigneur, faites moi un froc velu / puisque j’aimerais autant le porter / que de me vêtir sans ornements» Le sirventes «Ab greu cossire», de P. Basc.

Guilhem de Montanhagol, troubadour de la période albigeoise fait un plaidoyer aux femmes, contre les Dominicains: «Ils disent (les dominicains inquisiteurs)… / que l’orfroi ne convient aux dames… / pourtant Dame qui ne fait pis / qui n’en tire orgueil ni superbe / à se parer, ne perd l’amour de Dieu… ce n’est pas l’habit noir, ni le froc blanc / qui leur vaudront Dieu, s’ils ne font pas mieux!»

La beauté, qu’elle soit intérieure ou qu’elle pare l’enveloppe charnelle, est indispensable au regard amoureux que l’Homme porte sur le monde. Les belles du XIIIème siècle l’avaient compris, avantageant ainsi les deux sexes, le fort et le beau.

Retrouvez les visites guidées de Mélanie SAVES sur www.passerelle-culture.com

Photos: les objets présentés proviennent du musée de Montségur

Mélanie Savès | 27/06/2014 - 18:53 | Lu: 14672 fois