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Les petites histoires de Mélanie: Foix, le Pont Vieux

© midinews 2014 - Mélanie Savès

Au Moyen-âge, la ville de Foix est idéalement située entre Toulouse et la Catalogne. Lieu de ressource pour les commerçants, ils y trouvent un temps de repos bien mérité et y font des affaires.

Les caravanes qui franchissaient le pont sur l’Ariège étaient chargées de laine fine et soyeuse de Catalogne, du sel issu des mines de Cardona ou de la Méditerranée, des épices et la soie d’Orient, des céréales arrivées des larges plaines Toulousaines ou de poisson de mer séché.

A chaque passage, les marchands devaient s’acquitter de la leude, taxe d’entrée dans la ville.

Dans le paréage de 1168 (acte réunissant l’abbé et le comte de Foix dans le but de gérer la cité), l’abbé recevait un quart de cette leude du pont, contre 4/5 pour le comte. Mais après la croisade contre les albigeois, le comte fit lever la leude en son nom seul! Ce qui fut un important manque à gagner pour l’abbé.

Jusqu’au XVème siècle, les abbés de Saint-Volusien de Foix ont entretenu le pont sans rechigner. Mais à force de crues répétées, l’ouvrage se fragilisa et les restaurations pesèrent de plus en plus lourd dans les finances.

En 1430, alors qu’une crue causa de graves dégâts, on décida de partager les frais. Selon la coutume, l’abbé était en charge des piles, le comte des arches et la ville du tablier et de la chaussée. Mais lequel d’entre eux devait payer? Après quelques années de procès, le comte Gaston IV fit un don important à l’abbé. En 1457, les travaux s’achevaient offrant aux passants un pont de pierre, plus solide que l’ancien composé de belles arches jetées sur le lit de l’Ariège.

En 1862, la ligne de chemin de fer arrivait à Foix. Le Transpyrénéen, devait permettre de relier Toulouse à Latour-de-Carol. Elle nécessita soixante-sept années supplémentaires pour rejoindre la frontière, obligeant la construction de nombreux ouvrages d’art indispensables pour franchir les montagnes. Le passage du chemin en bordure de rivière demandait une transformation du pont réduisant ainsi la taille de l’arche en rive droite mais permettant de conserver, selon Gabriel de Llobet, «la grande arche actuelle d’une portée de 24,75m»

Depuis la ville, en traversant le pont, on accède au cours Bouichères. Au XIXème siècle, la rive droite de la rivière s’animait du passage quotidien de milliers de personnes. Claudine Pailhès mentionne, dans Foix et la haute Ariège, qu’en «janvier 1845, par Foix passaient chaque jour 200 voitures, plus de 200 cavaliers et 700 piétons, 700 bêtes à laine et 160 bêtes à cornes»

Un bureau de l’octroi percevait les taxes de chaque véhicule désirant pénétrer dans la ville. L’entrée se faisait à droite du long balcon de l’ancien hôtel Rousse Benoit, qui était alors un relais de diligences.

Déserté lentement à partir des années 1990, cet axe devint une rue fantôme quand en 2001, le tunnel permit la déviation totale de la ville. Aujourd’hui, le cours Bouichères reprend des couleurs, on y trouve un coiffeur, des bureaux, des restaurants dont le célèbre Phoebus, mais aussi le départ du sentier des terrasses du Pech qui permet d’accéder à l’un des plus beaux panoramas sur la ville.

L’année 1963 sonne le glas de l’unique pont entre Foix et la rive droite de l’Ariège. Dès-lors, le pont Vieux a cédé son «trafic» au pont de «l’hippodrome» mais a gardé sa place de choix, permettant aux piétons comme aux voitures une entrée plus intimiste, au cœur de la ville ancienne.

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Mélanie Savès | 04/07/2014 - 18:43 | Lu: 16597 fois