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Les petites histoires de Mélanie: Mont fort sur roche fissurée

© midinews - Mélanie Savès - Patrice Teisseire Dufour

Fixé sur son socle de calcaire, le château de Roquefixade est une prolongation de la falaise qui le supporte. Son nom viendrait, non pas d’une roche accrochée ou fixée, mais plutôt d’une roche fissurée « roca fissada ». La faille, bien visible au cœur même des fondations du château rappelle qu’il a fallu aux différents architectes et maçons, une réelle volonté de bâtir pour faire naître cette forteresse. Ainsi, deux constructions s’élèvent déjà au XIe siècle sur d’étroits promontoires rocheux.

Formidable point d’observation, le château — et son village — forment une sorte d’enclave toulousaine au cœur du comté de Foix, permettant aux comtes de Toulouse une présence réelle sur le secteur.

Selon Michel Sabatier, archéologue et membre du conseil municipal du village, «les premiers seigneurs connus sont les seigneurs de Pailhès, branche de la famille de Rabat. Ils portent tous le nom de Bernard Amiel de Pailhès, issus du lignage vicomtal de Carcassonne–Châteauverdun dont les membres se partagent, entre-autre, le Pays d’Olmes. Les comtes de Toulouse garderont toujours la suzeraineté sur Roquefixade, Montségur ou Péreille, bien que ces territoires soient théoriquement situés dans le comté de Foix»

Durant le XIIIe siècle, le village de Roquefixade est certainement un lieu de refuge et un vivier d’hommes et de femmes acquis à l’hérésie cathare. Les registres de l’Inquisition mentionnent des ravitaillements faits depuis Roquefixade jusqu’à Montségur, siège de l’Eglise cathare. Plus tard, en 1246, Guillaume de Plaigne, l’un des membres du commando venu assassiner les Inquisiteurs à Avignonet quatre ans plus tôt, est mentionné comme habitant le village avec sa femme et sa belle-mère. Les grandes familles seigneuriales alliées des Pailhès nommées Péreilles ou Châteauverdun sont elles aussi de fervente protectrices de la maison de Toulouse et de Foix et donc des Bonshomes.

Après le rattachement du comté de Toulouse au royaume de France en 1271, le roi Philippe III le Hardi s’intéresse de très près à cet îlot émergent dans le comté de Foix et rachète Roquefixade qui lui permet d’installer ses forces vives au cœur même de la rébellion.

A tout vainqueur tout honneur, la présence royale doit être visible physiquement. Ainsi, en 1278 les flancs ensoleillés de la vallée observent l’éclosion d’un chef d’œuvre d’architecture. Le roi fait transformer le château en une bâtisse issue de l’esprit génial des architectes militaires. Le château s’agrippe au rocher de telle sorte qu’il donne à la structure finale une forme de vaisseau voguant sur la mer de nuage. Afin d’aménager un espace de plusieurs étages sur le vide, un arc de soutènement est jeté au-dessus de deux piliers naturels. Les étages couverts d’un plancher permettaient d’accéder à une salle basse percée d’archères et à une salle haute qui garde le souvenir de deux grandes baies ouvragées. Des remblais organisaient de nouveaux espaces comme une cour ou une citerne, alors que des contreforts soutenaient les murs posés sur des vires vertigineuses.

Actuellement, au cœur de la bâtisse ruinée, les plus fines décorations apparaissent au regard curieux : vestiges de départs de voûtes dans la tour-porte, montant d’une ancienne cheminée, marches menant aux salles, certainement luxueuses, couvertes aujourd’hui par le vaste ciel.

Le village de Roquefixade devient ainsi le chef-lieu d’une châtellenie sur un territoire appelé l’Esponne. En 1288, sur ordre du roi et du sénéchal de Carcassonne Simon Brisetête, le bourg requiert une nouvelle forme, celle d’une bastide avec ses aménagements caractéristiques de rues perpendiculaires et sa place centrale. La bastide reçoit le nom de « bastide de Montfort ». Doit-on y voir le souvenir de Simon de Montfort, chef de la croisade contre les Albigeois en 1209 ou tout simplement imaginer quelques maisons associées au « mont fort », le mont fortifié ? La fondation de cette bastide s’accompagne d’une charte de coutumes qui laisse comprendre toute la stratégie d’occupation des lieux: «pour l’exaltation de la sainte Foi catholique et l’extirpation de l’hérésie»

Sur l’échiquier de la croisade, le roi continuait la progression de ses pions, réduisant jusqu’à l’idée même d’une stratégie de reconquête occitane.

Cet été visite aux flambeaux de Roquefixade
Rendez-vous chaque mercredi soir du 16 juillet au 20 aout à 21 h 30 pour une visite guidée-contée du village de Roquefixade.
Durée 1 h, tarifs: 5,50 €/pers. Gratuit -7 ans.
Renseignements-réservation à l’Office de Tourisme de Lavelanet au 05 61 01 22 20.

Visite commentée de l’église
Les Ors de l’église St Jean-Baptiste. Chaque vendredi à 18 h, entrée gratuite,
Renseignements Office de Tourisme de Lavelanet au 05 61 01 22 20.
http://www.roquefixade.fr/chateau-roquefixade-plan-du-chateau.html

Retrouvez les visites guidées de Mélanie SAVES sur www.passerelle-culture.com

Mélanie Savès | 10/07/2014 - 18:26 | Lu: 10690 fois