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Les petites histoires de Mélanie: Montaillou, village raflé

© midinews (archives)

Un plateau bordé de forêts, les vestiges d’un château sept fois centenaire, le village de Montaillou enchante celui qui le rencontre. Au-delà de ce patrimoine naturel et culturel se cachent des trésors plus précieux encore : les mots ! Ce sont des mots, arrachés par les puissantes tenailles de l’Inquisition dans le premier quart du XIVe siècle, de précieux souvenirs de la société médiévale et des derniers temps du catharisme.

Les faits se déroulent au début du XIVe siècle. Le processus d’éradication de la foi cathare avait commencé presque cent ans auparavant avec la déferlante armée du pape s’abattant sur les terres occitanes en 1209. La main de fer serra encore plus fort sa proie à partir de 1233 instaurant le réseau inquisitorial des dominicains. Répression, observation, dénonciation, torture d’ordre psychique et un peu plus, affaiblissement, la machine inquisitoriale broyait chaque nouvelle tête levée vers les cieux des Bonshommes.

Suite au bûcher de Montségur où religieux cathares et croyants perdaient la vie dans les flammes du bûcher, la communauté des Bonshommes se trouvait endeuillée et agonisante. Un homme, Pierre Authié, notaire d’Ax, cathare, redonna vie à la croyance. La propension de ses paroles et les nouveaux fidèles inquiétèrent l’Inquisition. Le nouvel «apôtre» faisait de la haute vallée de l’Ariège le centre de la renaissance de l’hérésie.

Pour les détracteurs, seule la répression devait être engagée. Un coup de projecteur éclaira subitement Montaillou. C’était le 15 aout 1309. Toutes les familles du village furent arrêtées. Geoffroy d’Albis, grand inquisiteur de Carcassonne fit rafler toute la population de Montaillou suspectée d’hérésie. Ses bras armés étaient maître Poloniac, gardien du Mur de Carcassonne et Arnaut Sicre de Tarascon, le notaire, grand rival de la famille Authié, secondé par la garnison du château de Tarascon. Même si certains essayèrent, il était impossible d’en échapper. Ermessende Marty se fit passer, sa faucille à la main, pour une étrangère venue faire les moissons, Arnaut Belot s’enfuit dans les bois, mais fut forcé de se rend peu de temps après.

Au pied du donjon du château surplombant la douce vallée du ruisseau de Courme, dans une cour close, les villageois de Montaillou se présentèrent tour à tour devant les «perquisiteurs», déclinaient nom et prénom, et juraient de se rendre à la citation à comparaitre devant l’Inquisition les mois qui suivraient.

Chacune des victimes de cette rafle mérite une page d’écriture, travail qui fut admirablement fait par Jean Duvernoy puis par Emmanuel Le Roy Ladurie en 1975 dans son ouvrage «Montaillou village occitan».

Anne Brenon rappelle que les faits sont connus grâce aux déposants ayant répondu à Jacques Fournier dans les années 1318-1325.

Alors qu’il enquêtait «en son diocèse de Pamiers par délégation de l’Inquisiteur de Carcassonne, l’évêque cistercien Jacques Fournier mettait au jour ce qui subsistait… de la vieille hérésie dite cathare, alors à peu près éradiquée. De la vague d’arrestations collectives de 1309… seules quelques brèves mentions, éparses au hasard des dépositions devant Jacques Fournier, permettent d’en connaitre l’existence. Aucun document contemporain n’en a subsisté».

Dans sa grande précision et sa ténacité, l’inquisiteur réalisa un remarquable travail d’enquête alors que les souvenirs évoqués avaient parfois plus de vingt ans. Ces témoignages dévoilent les gestes du quotidien: une scène d’épouillage, la confection d’une soupe, la toison d’une brebis fraichement tondue. Cette ronde des mots faits apparaitre le film d’un quotidien racontant le passé des Montalionais et Montalionaises, Raymonde Marty, le pâtre Maury, leurs envies, leurs besoins, manger, aimer, prier ou tout simplement vivre.

Parmi eux, Béatrice de Planissoles est sans commune mesure la plus pittoresque peut-être parce qu’elle dévoile avant tout son regard de femme. Mais quels étaient ses petits secrets? La suite dans la prochaine chronique.

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Sources: Anne Brenon, Place et signification des événements de Motnaillou dans le contexte répressif du début du XIVe siècle. «1209-1309 Un siècle intense au pied des Pyrénées», p.247, Dans les actes du colloque d’octobre 2009, Conseil Général de l’Ariège – Archives départementales, 2010

Mélanie Savès | 29/08/2014 - 18:35 | Lu: 16385 fois