Les petites histoires de Mélanie: le musée de la Déportation et de l'internement de Varilhes

«Il n’est pas de commune mesure entre le combat libre et l’écrasement dans la nuit» Antoine de Saint-Exupéry.
Les associations des déportés et internés d’Ariège ont choisi le village de Varilhes pour implanter le Musée de la Déportation et de l’Internement inauguré en 2002. Dans les années 1940, Varilhes est une commune de 1400 habitants. Au cœur du bourg, certains commerces comme les boulangeries ou les cafés ont été le théâtre secret de faits de résistance. C’est le cas de la boulangerie Joulet ou le café de l’Union tenu par la famille Fauré et nettement marqué à gauche.
La milice et la Gestapo opèrent deux rafles, le 20 janvier et 2 février 1944 ; 18 Varilhoises et Varilhois sont déportés. Seuls cinq reviendront de déportation. D’autres arrestations suivront avant la Libération à Varilhes et dans le canton. Le fort pourcentage de déportés par rapport à la population orienta le devoir de mémoire vers la création d’un musée de la Déportation et de l’Internement dans cette commune. La mise en place du système concentrationnaire y est retracée tout comme le portrait des hommes et des femmes fauchés par la milice et la Gestapo.
Sur le mur extérieur sont présentés les différents signes distinctifs marquant les populations considérées comme «parias» par le 3e Reich: les triangles rouges portés par les opposants au régime Nazi et les prisonniers politiques, le triangle vert pour les criminels, rose pour les homosexuels, noir pour les asociaux, violet pour les témoins de Jéhovah, marron pour les Tziganes, bleu pour les apatrides ou la lettre S, signe distinctif des Espagnols «rouges» et, la mieux connue, l’étoile jaune des juifs. Marqués, les hommes l’ont toujours été et sur ces mêmes terres, 700 ans plus tôt, les cathares et leurs sympathisants repérés par l’Inquisition portaient des croix de feutre jaune…
En Ariège ce sont environ 450 déportésD’après le livre mémorial de la Déportation, paru en 2004, plus de 160 000 personnes ont été déportées de France: environ 86 000 ont été recensées à cette date comme étant des déportées par mesure de répression. Par ailleurs, plus de 75 000 juifs (français ou étrangers) ont été déportés à partir de la France.
Fondés en mars 1933 en Allemagne, les camps de rétention puis camps politiques ont pour objectif essentiel d’interner les Allemands opposés au régime nazi. Quand Hitler obtient les pleins pouvoirs, toute opinion divergente est interdite. Les opposants au régime sont traqués et près de 4000 membres du Parti communiste internés dans les camps. Les premiers camps d’internement sont fondés par la Gestapo en 1934, en Prusse d’abord, puis dans les autres États du Reich.
De plus vastes camps sont construits suivant le format du camp de Dachau, Sachsenhausen (1936) Buchenwald (1937) ou Ravensbrück destiné aux femmes (1939). Suite à la déclaration de guerre du 3 septembre 1939, de nombreux résistants issus de tous les territoires occupés par l’Allemagne seront emprisonnés ou déportés. L’année 1941 marque la création des camps d’extermination. Situés en territoire polonais, Belzec, Chemno, Sobibor, Treblinka, Auschwitz, Maidanek sont destinés à éliminer physiquement et massivement les populations juives et tziganes.
Mais avant de rejoindre ces camps de la mort, le parcours était souvent déterminant. En Ariège, hommes et femmes passaient par la villa «Lauquié» à Foix, quartier général de la Gestapo réquisitionné en 1943. Dans cette belle demeure se pratiquait la torture. Les portes renforcées d’une pièce du second étage laissaient passer les soupirs et les désespoirs de ceux qui ne reverraient sans doute jamais leur famille. Une fenêtre et des volets (récupérés par l’association du musée), portent encore les noms et les dessins de quelques prisonniers.
Dirigés vers la prison Saint-Michel à Toulouse, ils partaient ensuite pour Dachau, Mauthausen, Buchenwald, Ravensbruck ou d’autres camps. Le train était pour certains le dernier voyage. Olivier Nadouce rapporte que «ce train de la mort – parti le 2 juillet 1944 de Compiègne et arrivé le 5 juillet 1944 au KL de Dachau – transportait des déportés nés en Ariège: Jean Carrière d’Ascou – François Cheneval de Pamiers – Joseph Craste de Gourbit – Eloi Delbosc des Pujols – Henri Garcia de Pamiers et Antonio Garcia Santos réfugié espagnol. Sur les 2162 hommes, 530 décédèrent durant le transport, 574 décédèrent en déportation, 947 rentrèrent de déportation (111 situations non connues)» (source «Les heures sombres de l’occupation 1940-1945 à Varilhes et son canton»).
Les conditions de rétention dans les camps visaient à déshumaniser les individus. Les marches et travaux forcés, le manque d’hygiène et les mauvais traitements, renforcèrent, pour ceux qui avaient la foi, ou un autre idéal, les valeurs d’entraide, d’affection, d’écoute et de solidarité. Le musée de Varilhes présente entre autres, des bons de cantine des camps, des tenues rayées des prisonniers, des claquettes et une couverture faite de cheveux, objets d’un quotidien infernal.
Repoussant, jour après jour, l’instant fatal de la balle qui tue, de la bombe qui foudroie…Ce musée est marquant, cru, parfois insoutenable. Mais cette mémoire vive nous rappelle l’amour pour la vie, la résistance et la force que chacun doit donner pour préserver cette beauté. Les mots de Roger Alloza, né en 1948, expriment ce qu’il doit à son père. Celui-ci, réfugié espagnol puis déporté à Mauthausen est un exemple parmi tant d’autres envoyés au cœur de la nuit. «Quand je pense aujourd’hui, à son long calvaire et à ce parcours dantesque de l’Aragon à Mauthausen, avec les mille périls qu’il dut surmonter, repoussant, jour après jour, l’instant fatal de la balle qui tue, de la bombe qui foudroie, du coup qui vous abat, de la faim qui vous ronge, du froid qui vous glace et vous anéantit, je mesure soudain le miracle de ma vie».
Aujourd’hui, afin que se pérennise cette mémoire, tous se mobilisent. Les élus de la Communauté de communes du canton de Varilhes et en premier lieu son Président, Roger Sicre, ont souhaité s’engager, en partenariat avec les associations, en faveur de la mémoire de cette période douloureuse et néanmoins essentielle de notre histoire. Cette coopération à donné lieu à une exposition consacrée à la Résistance civile présentée à différentes occasions et plébiscitée par les enseignants du secondaire, à la publication d’une brochure proposant une balade dans Varilhes sur les traces des Résistants et à la création d’un site Internet.
Devant le succès de ces actions l’engagement de la Communauté de communes a pris une nouvelle dimension à travers la création, à Varilhes, d’un lieu de mémoire et d’histoire de la Seconde Guerre mondiale en Ariège. Le projet, conçu en partenariat avec le Musée de la Déportation et de l’Internement de Varilhes, le Musée des enfants du château de la Hille de Montégut Plantaurel et l’association Mémoire, Résistance en Ariège – Solidarité transfrontalière, traduit la volonté de pérenniser la mémoire des Résistants et Déportés. L’ouverture au public, de ce lieu de mémoire d’envergure départementale et prévue début 2016.
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