accueil  |  ariège   |  france

Les petites histoires de Mélanie: l'Église Saint-Volusien de Foix, première partie

© midinews 2014 - Mélanie Savès

La chronique qui suit fait partie d’un cycle de trois chroniques présentant l’église Saint-Volusien de Foix et son histoire.

Saint Volusien fut évêque de la ville de Tours et un martyr du VIe siècle. Vers 498, les Wisigoths le capturent et l’amènent à Toulouse qui est alors leur capitale. Les Francs menaçant de prendre la ville poussent leurs ennemis à déplacer le prisonnier. Sur le chemin de l’Espagne, entre Pamiers et Foix, ils lui tranchent la tête et attachent sa dépouille à des bœufs. La même nuit, le saint apparaît à deux femmes leur demandant de déposer son corps dans l’église de Foix…

L’église attire naturellement le regard avec sa façade métissée: un ancien portail roman, un clocher du XVIe siècle, une toiture XVIIe. L’ensemble est singulier.

Au XIIe siècle, grâce aux importantes donations faites par le comte, aux dîmes et aux rentes perpétuelles perçues sur la ville, les religieux peuvent construire la nouvelle église et le monastère. En 1112, comme le rapporte le chroniqueur Arnaud Esquerrier du XVe siècle, les reliques sacrées de saint Volusien sont transférées depuis l’ancienne église Saint-Nazaire jusqu’à la nouvelle église dans un cortège que l’on imagine composé de prélats, de religieux et de laïcs arpentant la ville comme on fait un chemin de croix, depuis l’ancien monastère jusqu’à la chapelle de Montgauzy. On sait qu’en 1182, l’hommage au comte est rendu dans la salle capitulaire. Cela signifie que les bâtiments privés, réfectoires et dortoirs des chanoines sont terminés.

Arcades moulurées, fenêtre ronde, pierres de grès doré soigneusement taillées. La façade de l’église romane présente un soin particulier. Les fidèles de l’époque entrent dans l’église paroissiale par le majestueux portail, sous le regard altier des lions de pierre, symboles de puissance. Si vous levez la tête, vous sentez sans doute encore dans leurs yeux force et autorité. Quant aux bovidés qui leur font face, ils sont comme deux témoins du martyr de saint Volusien.

Derrière eux, des décors de feuillages rappellent les liens étroits qui unissent Foix à Saint-Sernin de Toulouse. Durant tout le XIIe siècle et jusqu’à la création de l’évêché de Pamiers en 1295, l’abbaye de Foix dépend du diocèse de Toulouse. Des sculpteurs de la capitale sont-ils venus à Foix, à moins que les artisans du pays fuxéen n’aient été formés par leurs voisins?

Le XIIIe siècle est un temps de douleurs. La guerre arrête brutalement les travaux. Aux côtés de son suzerain Raimond VI de Toulouse, le comte de Foix prend les armes contre le pape et le roi de France dans la sanglante croisade contre les albigeois. Cette guerre coûte cher et l’équilibre fragile du paréage conclu avec l’abbé se rompt. Le comte détourne une grande partie des bénéfices de l’abbé à son profit. La somme des reproches faits au comte par l’abbé est impressionnante.

Le comte «a dépouillé la moitié des amendes de justice dues par les tenanciers ou par ceux qui dépendent du comte, a soumis tous les habitants à ses quêtes, tailles, fouages, corvées, a détruit le sceau de Saint-Volusien et l’a remplacé par le sien, fait lever la leude – impôt – du pont en son seul nom, a interdit de poursuivre la construction d’un clocher, du dortoir, des fortifications, demeures, moulins ; il force les habitants à apporter le blé à ses moulins et interdit d’aller à la messe de Pâques…».

Il faut attendre l’année 1261 pour que s’ouvre un procès arbitré par l’évêque de Toulouse. Le comte est acquitté sous réserve de restitution des droits à l’abbé. La fin du siècle est plus clémente. En 1299, l’abbé Geoffroi de Cruilles fort de nouvelles rentes fait terminer les bâtiments monastiques et agrandir l’église romane. Découvrez la suite dans la prochaine chronique.

Retrouvez l’intégralité du texte dans: «Foix et son château», Mélanie Savès Patrice Teisseire Dufour, photos Alain Baschenis, 2013, édition Le Pas d’Oiseau, tarif 25 €.

Mélanie Savès | 03/10/2014 - 19:32 | Lu: 12370 fois