Les petites histoires de Mélanie: le chemin de l'aluminium
© midinews 2014 - Mélanie Savès
«Je n’oublierai jamais ce 19 mars 2003, jour noir pour notre usine, ses ouvriers, leurs familles, Auzat et toute la vallée, lorsque, à 16 h 25, le directeur de l’usine appuya sur le bouton et ainsi mit fin à presque cent ans de travail et de production de l’aluminium à Auzat», Bernard Piquemal.
L’usine Pechiney ouvrait ses portes en 1908 à Auzat. La vallée du Vicdessos, parée de pentes abruptes et de pics altiers, possédait un riche passé minier et agricole. Les hommes avaient tout aussi bien exploité le fer des mines de Rancié, que les terres pentues transformées en terrasses pour l’agriculture vivrière.
Ces pentes furent l’atout majeur de la vallée, quand en 1908, Georges Bergès, fils d’Aristide Bergès, inventeur de la «houille blanche», ouvrit une usine d’électrométallurgie sur le site d’Auzat. À la tête de la Société des Produits électrochimiques et métallurgiques des Pyrénées (PYR), il créa la première usine pyrénéenne d’aluminium issu du procédé d’électrolyse.
Ainsi, deux éléments étaient indispensables à cette production: l’électricité et la bauxite. Les difficultés d’acheminement de l’électricité obligeaient à se rapprocher des sources de production.
Des conduites forcées amenaient l’eau nécessaire à l’activité des turbines de l’usine depuis le barrage de l’étang de Bassiès. Quant à la bauxite, roche provenant à l’origine des Baux-de-Provence, l’oxyde d’aluminium (ou alumine) quelle contenait devait être séparé des impuretés de la roche dans un bain fluoré, grâce au procédé d’électrolyse. Inventé simultanément par l’américain Charles Martin Hall et le français Paul Héroult en 1886, ce procédé permit de produire de l’aluminium en quantité et de diviser par 20 le coût de production alors que l’aluminium était aussi cher que l’Argent.
L’usine d’Auzat produisit entre 1913 et 2000 de 1130 tonnes à 46 000 tonnes d’aluminium. Dans les années 1940 et 1945, la production d’électricité augmenta grâce à la construction des barrages d’Izourt et de Gnioure. L’aluminium fut un matériau stratégique pendant et après la Seconde Guerre mondiale.
Les ouvriers produisaient un aluminium pur à 99,99 % appelé «aluminium de très haut titre» utilisé dans l’aéronautique. La façon de procéder, toute empirique, valait à ces équipes d’ouvriers et à leurs contremaîtres une grande réputation dans le milieu.
Les cités ouvrières d’Auzat ou de Tarascon construites entre les années 1920 et 1928 accueillaient les familles d’ouvriers. Les maisons étaient de type «basco-landais», au large fronton triangulaire hérité de la région d’origine de l’architecte. Dans les années 1950, le confort des maisons apparaissait comme un grand avantage dans la vallée, l’eau et l’électricité étaient présentes et les toilettes se trouvaient au jardin.
Pechiney, propriétaire foncier entretenait la voierie et le réseau d’eau. La forte production des années 1950 (10 000 tonnes par an) obligea l’embauche d’ouvriers étrangers, soit 1/3 des ouvriers d’origine étrangère présents dans l’usine jusque dans les années 1970. La construction de 140 cuves d’électrolyse en 1972, et l’ajout de 40 cuves supplémentaires en 1981 a réduit la main d’œuvre passant de 500 ouvriers dans les années 1950 à près de 150 ouvriers dans les derniers temps.
En 1910, la production française d’aluminium représentait 20 % de la production mondiale. Le métal était exporté hors département sous forme solide en lingots de 16 kg, en palets, ou en plaques de 700 kg. La route peu à peu carrossable permettait de transporter une partie du métal sous forme liquide, dans les «camions de coulée» jusqu’à Tarascon, à l’usine de Sabart où l’aluminium était façonné en billettes. Le tramway allant de Tarascon à Auzat permit le transport de nombreux matériaux de 1911 à 1932.
À partir de 1946, suite à la nationalisation de l’énergie électrique, Pechiney porta son intérêt vers la production en pays étrangers, Afrique, États-Unis, Australie, Canada ou sur le site portuaire français de Dunkerque. Les petites usines françaises peu rentables n’étaient plus modernisées ce qui précipita la fermeture de l’usine d’Auzat.
Ainsi, le 19 mars 2003, l’usine cracha ses derniers panaches de fumée sous le regard incrédule de ses ouvriers et de chaque habitant de la vallée. L’usine Pechiney qui avait fourni à chacun de quoi vivre sur près de cent ans fermait désormais ses portes.
Les bâtiments furent détruits sauf un, transformé en «hôtel d’entreprises», puis en 2007, un accord trouvé avec Alcan, spécialisé dans les produits semi-finis de l’aluminium pour l’industrie, permit de construire un espace dédié au sport, «La plaine de sports».
Elle couvre actuellement une large partie des 7 hectares de l’ancienne usine. De plus, un parcours dans le village d’Auzat appelé «chemin de l’aluminium» permet de raconter l’histoire de ce « diamant » qui brilla si longtemps entre les mains des habitants de la vallée.
À découvrir à la maison des patrimoines à Auzat :
Le chemin de l’aluminium, documents et visites guidées.
Conférence jeudi 30 octobre à 20 h 30 : Santé des mineurs de Rancié et de leurs familles au XIXe siècle, par Mireille Becchio, professeure en médecine.
«Si l’organisation de la mine de fer de Rancié depuis le Moyen Âge a été étudiée, peu de recherches ont été menées sur la thématique de la santé des mineurs de Rancié et de leurs familles. Nous accueillerons donc Mireille Becchio, professeure en médecine, qui s’est intéressée à ce sujet pour le XIXe siècle.
Elle abordera cette question sous différents aspects : risques auxquels étaient exposés les travailleurs de la mine, les traitements de ces risques et les maladies, l’alimentation...»
Payant. Pour plus d’information: 05 61 02 75 98
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