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Couserans: 30 panneaux photographiques sur les lieux des prises de vues réalisées par Jean Dieuzaide

© midinews 2014

À 80 kms de Toulouse, 30 panneaux photographiques noir et blanc de format 80 x 120 cm sur pieds sont installés sur 28 communes du Couserans en extérieur sur les lieux mêmes des prises de vues réalisées par Jean Dieuzaide dans les années 1950 et 1960.
Avant, après sur la route de Jean Dieuzaide«Il n’y a pas grand-chose qui a changé finalement» dit Huguette «mis à part qu’on a pris un sacré coup de vieux» renchérit-elle amusée. Elle détailla chaque personne et se mit à rire en reconnaissant Jeannot là au fond à droite avec sa cravate. Elle ne se souvint pas l’avoir vu une fois seulement aussi bien habillé «là il doit avoir 15 ans, c’était le fils d’un fermier et il était toujours enguenillé, il aidait ses parents aux travaux des champs depuis pas mal de temps.

Dans ces temps-là et quand il y avait du travail à la ferme il n’était pas question d’user ses pantalons sur les bancs des écoles pour lire des livres
». Son destin était tout tracé à celui-là rajouta Huguette, pas besoin de faire l’intelligent pour manier la faux. Et la petite là avec sa maman, elle la reconnait, boudu, mais c’est Denise avec la frange lissée au fer à repasser ! Elles avaient le même âge Huguette et Denise, 7 ans à l’époque.

On est dans les années 50, guère plus au vu des coiffures rétro des dames et des pantalons bouffants des messieurs. C’est la fête au village, les Biroussans dansent la bourrée sur la place, les rampes de lampions accrochées tout autour des arbres bringuebalent au rythme du hautbois et des battements de mains. C’est la photo du siècle peut-être, alors tous les Sentenois se sont réunis et habillés pour l’occasion.

C’est à partir de ce genre d’ambiances colorées que Jean décida d’immortaliser les Pyrénées en noir et blanc, en leur centre l’Ariège, mais aussi de la Cerdagne au Pays Basque, de l’Aragon à la Bigorre, lui procurant ainsi pendant près de 20 ans sa source d’inspiration au sein d’un parcours photographique plutôt atypique. Il fit de son amour pour la lumière une œuvre lumineuse au centre duquel habitants, paysages, traditions, architectures, patrimoine joueront un rôle primordial.
L’étonnant ou le rare sont souvent dans la simple banalité du quotidien«Etre photographe? C’est aller à la découverte. C’est voir et montrer des choses étonnantes ou rares. Mais ce que l’on ne sait pas, c’est que l’étonnant ou le rare sont souvent dans la simple banalité du quotidien». Voilà sa définition du photographe, Jean Dieuzaide (1921 – 2003), né à Grenade-sur-Garonne s’établit à Toulouse et devient fondateur de la Galerie du Château d’eau en 1974 dont il fut le directeur artistique jusqu’en 1995.

Il deviendra contre l’avis de sa famille, un photojournaliste passionné par l’aéronautique, il immortalisera les avions certes, mais se verra confier de nombreux travaux de reporters chez les industriels.

Il se fait rapidement connaître et étant seul en 1944 à couvrir La Libération de Toulouse il fait le premier portrait du Général de Gaulle à son retour en France. Il devient ensuite correspondant des grands titres de la Presse nationale et internationale.

Il approche Louis Rosier, Dali et côtoie les plus grands de la photographie, Robert Doisneau, Julien Clergue, Henri Cartier-Bresson. Il est le premier photographe à être introduit dans le corps des Peintres de la Marine et fait pour l’occasion construire un caisson étanche pour ses photos sous-marines publiées à la une de «Photo-Cinéma» en 1947.

Premier des photographes français à être reconnu en recevant en 1955 le Prix Niepce et en 1961 le Prix Nadar, il reste le seul photographe à avoir obtenu les deux prix. Il est sélectionné comme étant parmi les dix-huit photographes les plus représentatifs de l’exposition de la Photokina à Cologne, avec pour thème La Photographie de 1922 à 1982. Il y obtient le prix du public avec la photographie titrée «La Fleur sans eau». En 1989, le Japon l’invite avec dix de ses confrères internationaux pour recevoir le Master of Photography parmi cinquante professionnels sélectionnés pour illustrer la photographie des années 1959 à 1970, exposés au Musée d’Art Moderne de Tokyo.
Il se disait artisan de la photographieAu centre de ce parcours incroyable et contre toute attente l’Ariège tient fièrement sa place dans les archives du photographe: Couserans, Pays d’Olmes, Sabarthès, Donnezan, ou Vicdessos. Au détour de vos balades dominicales à pied, en voiture, à vélo, vous y verrez des paysages transformés non pas par la construction de routes, de tours et de maisons, mais plutôt par la végétation luxuriante qui prend peu à peu le dessus depuis ces 50 dernières années. C’est en tout cas ce qu’il en ressort dès lors qu’on s’abandonne à la contemplation de ces images.

Tout d’abord on se demande parfois si c’est le même endroit à partir duquel Jean Dieuzaide a travaillé, dans la plupart des cas ça l’est. Et si comme Huguette on se dit qu’il n’y a pas grand-chose qui a changé finalement, on peut alors se demander si c’est un bien ou un mal? Chacun y répondra à sa manière selon ce qu’il a vécu ici ou ailleurs.

Ne rien retrouver de son passé peut être traumatisant. Bon nombre d’exemples autour de cette planète témoignent de cette allégresse humaine à vouloir tout détruire pour reconstruire à la place autre chose pendant que quelques forêts font de la résistance afin de nous permettre de respirer. C’est peut-être aussi ce qu’a voulu démontrer Jean dans ses travaux, enfant de Gascogne qui a tant voyagé, épris de convictions morales entre autres, était sans doute un visionnaire, lui l’homme de la lumière, de la révélation savait qu’en immortalisant la ruralité, il en ferait quelque chose d’exceptionnel, d’incontournable 50 ans plus tard.


La Route Dieuzaide
Parcours photographique permanent en Pays Couserans (Ariège) est un projet conçu par l’Association Jaipat et réalisé par les Communautés de Communes du Canton d’Oust, du Canton de Massat, du Séronais, du Castillonnais et de l’Agglomération de Saint-Girons, avec le soutien du programme Leader, du Conseil général de l’Ariège, de la DATAR Pyrénées et de la Région Midi-Pyrénées.

Contacts: Association Jaipat — Patricia Lefebvre — 09 79 51 32 37. Pauline Chaboussou — Chargée de mission Patrimoine — 05 34 09 88 30

Les villages concernés sont Sor, Audressein, Bonac-Irazein, Idrein, Castillon, Sentein, Chapelle de l’Isard, Saint-Girons, Saint-Lizier, Montjoie, Luzenac, La Bastide de Sérou, Cadarcet, Montels, Rimont, Col de Port, La Tour Laffont, Biert, Massat, Soueix-Rogalle, Aulus-les-Bains, Listou-Lacréta, Trein d’Ustou, Seix, Arrien en Bethmale, Ayet et Bordes-sur-Lez.
ALB | 09/09/2014 - 19:47 | Lu: 10432 fois