L'Estive: un contingent bouleversant de réalisme et de talents

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Il est souvent facile de critiquer, pour des raisons souvent subjectives, mais il est un devoir de s’exprimer quand le spectateur prend de plein fouet un grand moment de théâtre comme celui proposé par l’Estive.

Une salle pleine mardi 26 et jeudi 28 janvier, essentiellement par des jeunes lycéens de Foix et du Couserans pour assister aux représentations de l’extraordinaire pièce de Jacques Allaire, «Le dernier contingent», librement adaptée du roman d’Alain Julien Rudefoucauld.

Six comédiens et un guitariste nous entrainent dans des situations cauchemardesques auxquelles la jeunesse actuelle doit trop souvent faire face, que ce soit dans les mégapoles, leurs banlieues ou les villages isolés.

Ici pas de tabou, Sylvie, le géant Marco, Manon, Thierry, Malid ou Xavier sont en face d’une réalité sordide qui les confronte au suicide, à l’inceste, à la pédophilie, au viol, à la prostitution, à l’enfermement, la déchéance, la soumission morale ou physique… Ce sont les «uniformes» qui sont responsables de ces situations.

Mais qui sont-ils ces uniformes? Ils sont: nous! Nous, en tant que parents, éducateurs, nous, aux commandes d’une société qui condamne nos jeunes à devenir des robots anxieux, imbibés de téléréalité, de réseaux sociaux et d’amis virtuels.

Les uniformes ne respectent pas ceux qu’ils accusent de ne rien respecter. Ce dernier contingent montre une jeunesse ayant perdu ses repères, car elle n’a plus confiance en ceux dont le rôle principal était de la protéger.

La prostitution est un vecteur d’argent facile, la violence conjugale un quotidien, le rejet de l’autre, car différent, une habitude, l’amour une utopie, car il a totalement disparu. Les uniformes finiront par détruire ces jeunes en perdition.
Perturbant.
Mais vrai

À l’ouverture du rideau, un guitariste sur une plateforme domine une longue cage grillagée. Le ton est donné au son métallique d’une «flying V».

Arpèges, flanger, ça sent bon le rock et le rythme démarre, distorsion, violence.

La cage s’illumine à peine et apparait Sylvie dans une ambiance sonore à la Blade Runner.

Tous les comédiens sont en scène, couchés, le décor, les costumes tout est dans la cage, dont les murs sont recouverts d’une tapisserie fleurie qui deviendra par la suite une peau retirée par les acteurs.

Le guitariste a rejoint l’ombre, mais jouera tout au long de la pièce. Le rythme est saisissant, pas de temps mort.

Les destins et les vies brisées de ces jeunes s’enchainent et le spectateur n’a pas le temps de voir les changements de costumes qui se font sous ses yeux tant le texte est prenant et le jeu de ces jeunes comédiens, dont c’est le premier contrat, totalement époustouflant.

Ça sonne juste, c’est esthétiquement beau et nous ressentons des comédiens véritablement habités par leur personnage.

Le public a été conquis. Dans la bouche des jeunes spectateurs, «Perturbant» revenait continuellement.

Le metteur en scène Jacques Allaire a sillonné la France pour trouver ses personnages. Il voulait de jeunes comédiens, sans expérience qui devaient répondre à ses attentes et à sa vision de la pièce.

On peut parler de vision puisque Allaire en a imaginé et peint les scènes en y décrivant les ambiances escomptées.

«Je dessine mes spectacles avant de les réaliser. Je ne veux pas que les comédiens cherchent des explications à ce que je demande, je n’ai rien à expliquer»

Edward Decesari, Évelyne Hotier, Chloé Lavaud, Gaspard Liberelle, Paul Pascot, Valentin Rolland sortent directement d’écoles de théâtre de renom et le musicien David Lavaysse a déjà participé a des performances en compagnie de Jacques Allaire.

Le spectacle continue sa tournée à travers la France. Il est certain que partout le succès sera au rendez-vous.

FF | 29/01/2016 - 18:58 | Lu: 2703 fois