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Ariège: ces villages tranquilles où Le Front National arrive en tête
24/04/2012 | 19:18
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Au total, 16 125 électeurs ariégeois (soit 16,79% des voix) ont voté au premier tour pour Marine Le Pen ce dimanche. En 2002, ils étaient 15,11% (12 027 voix), contre seulement 9,72% en 2007 (9491 électeurs).

Dans de nombreuses communes rurales, le FN a fait des scores importants. Et dans 19 d’entre elles (sur 332), il arrive en tête. Dans de nombreuses mairies, on est encore surpris des résultats.

A quelques kilomètres de Varilhes, entre les champs et la verdure, le village de Ségura compte 174 habitants. Située à une vingtaine de minutes de Foix et de Pamiers, voilà une commune rurale comme tant d’autres, où la participation à ce premier tour a été très bonne.

Depuis l’élection de 2007, le vote frontiste a carrément doublé. En 2007, Jean-Marie Le Pen avait réalisé 15, 32%, soit 19 voix. Un quinquennat plus tard et 38 habitants ont choisi Marine Le Pen (28 pour Hollande, 11 pour Sarkozy).

André Rufat, maire socialiste de la commune, confie que ce vote l’a «touché» et «surpris», «mais au village d’à côté, c’est pareil...»

Le premier magistrat explique «je sais que certaines familles votent Front National depuis longtemps et que c’est un vote d’adhésion»

Cela n’explique pas que le nombre de voix frontistes ait doublé, «mon analyse est qu’il y a aussi une part de vote de contestation: le chômage, l’emploi, l’immigration... Mais à Ségura, des immigrés, il n’y en a pas !»

Entre Foix et Lavelanet, la D117 grimpe jusqu’au village de Nalzen, où 124 habitants sont perchés à 640 mètres d’altitude. Dans cette commune, membre de la communauté de communes du Pays d’Olmes, le vote Front National a là aussi presque doublé.

De 16 voix en 2007, Marine Le Pen réunit 29 votes 5 ans plus tard, soit 27,88% des suffrages.

Régine Authié, mairesse sans étiquette de Nalzen, ne s’attendait pas à de telles proportions, «c’est inquiétant. Je pense que les gens ont voulu dire non à la politique à la fois menée par la gauche et par la droite»

L’insécurité, l’immigration? «je ne pense pas que ce soit ça»

Dédiabolisation ou pas, à Nalzen, on ne crie pas haut et fort que l'on a voté pour le Front National, «je suis incapable de vous dire qui a voté Marine Le Pen sur ma commune. Mais quand vous entendez parler les citoyens, ils sont mécontents: c’est la première année où les gens ne savaient vraiment pas pour qui voter»

Elle perçoit ce vote comme une «manière de taper du poing sur la table», et ressent un certain «mal-être» des électeurs par rapport à la politique.

Quelques kilomètres plus loin à vol d’oiseau, Arlette Romera est la première édile de Troye-d’Ariège, une commune de 94 habitants située sur un plateau à 6 kilomètres de la bastide médiévale de Mirepoix.

D’anciennes maisons bien restaurées, une vue imprenable sur les Pyrénées par beau temps, des sentiers qui partent à travers bois et prairies et... 22 électeurs qui ont fait le choix du Front National (qui arrive en tête avec 32,84% des voix).

Déjà en 2002, Jean-Marie Le Pen y avait totalisé 20,24% des voix (avec 17 voix au total).

La mairesse préfère à deux jours du premier tour insister sur «un taux record de participation de 91%. Donc déjà, je remercie les gens d’avoir voté massivement»

Pour le reste, «je n’ai pas à commenter: chacun a le droit de voter comme il le souhaite», même si elle avoue ne «pas être si surprise que ça»

Dans son village? «l’insécurité n’est pas vraiment un souci et il n’y a pas plus de problèmes qu’ailleurs»

Une chose ressort en tout cas du regard des élus de cette Ariège rurale: il n’y a pas un militant frontiste derrière chaque vote apporté à Marine Le Pen.

On touche là ce fameux vote de «contestation» (plus protestataire qu’idéologique), issu de populations qui se sentent abandonnées, et qui ne se sentent plus représentées par les Partis Politiques traditionnels.


Le vote FN s’est-t-il «ruralisé» ?

Marine Le Pen s’est présentée durant toute la campagne comme la candidate de la ruralité, en parlant de la fermeture des services publics dans les petites communes, de la défense de l’agriculture française, des terroirs, et s’adressant à plusieurs reprises à «la France des villages»

Ruraux ou pas, les scores du FN sont aussi sûrement le résultat de la stratégie de «dédiabolisation» engagée par Marine Le Pen, qui a cherché à passer d’un parti d’extrême droite classique, à un populisme patriotique plus efficace dans les urnes.

Sylvain Crépon, chercheur, sociologue et spécialiste du FN (dans un interview réalisé par Europe 1), explique que ce vote frontiste rural n’est pas un «vote paysan», «c'est le petit prolétariat des zones rurales, ou éventuellement des néo-rurbains qui ont quitté des cités HLM, qui ont accédé à la propriété, qui sont ce qu'on appelle 'des petits blancs' qui ont apporté avec eux toutes les problématiques qu'ils ont intégrées lorsqu'ils étaient en banlieue»

Lui aussi défend l’idée d’un vote majoritairement protestataire, «les gens plébiscitent certaines des thématiques du FN (opposition à l'immigration, dénonciation de l'insécurité) mais ce n'est pas pour autant qu'ils lui reconnaissent une aptitude à gouverner»
actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 24/04/2012 | 19:18 | Lu: 44750 fois