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Christian Frémont à la CCIT de l'Ariège: réforme de l'Etat ou scénario à la grecque?
30/11/2012 | 19:17
© MidiNews 2012

«Je suis révolté», s’emporterait presque Paul-Louis Maurat, président de la CCIT de l’Ariège.

«Depuis 30 ans qu’on laisse filer les déficits, c’est inadmissible. Quand un chef d’entreprise présente un déficit une année, s’il l’est encore l’année suivante, c’est le dépôt de bilan et la mise en faillite»

Le ton est donné.

Pour Christian Frémont, plus de doute également: «c’est l’heure de vérité»

Enarque, cet ancien préfet de l'Ariège, devenu directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo dans son «grand ministère» avant d’être celui de Nicolas Sarkozy, sait de quoi il parle, lui qui a eu une longue carrière dans les arcanes du pouvoir et de la haute administration.

Aujourd’hui, il se targue d’avoir retrouvé «sa liberté de parole»

Oublié le devoir de réserve, il entend bien s’exprimer sur ce sujet qui fâche: la réforme de l’état.

Il était l’invité de son ami Paul-Louis Maurat face à une salle remplie pour une conférence donnée ce jeudi soir à l’IFCAP.

Plongée dans les coulisses de cet état tentaculaire et jacobin, où l’on survole une histoire de France de Philippe le Bel puis Henri IV à Richelieu et Colbert où ce sujet a toujours été omniprésent.

«Depuis 150 ans, tous les dirigeants successifs font systématiquement de la réforme de l’état l’une de leurs priorités»

Un sujet aussi vieux que la France? Mission impossible?

Au fil d’une conférence fourmillant d’anecdotes aussi cocasses que terrifiantes, que vouloir résumer constituerait une gageure, Christian Frémont livre son discours vérité.

Citant cet hebdomadaire allemand qui voyait en la France le prochain état en faillite, la comparant à la Grèce, il décrit le mal et livre quelques remèdes.

Pour lui «l’heure a sonné, il faut que la France change de braquet et engage sans tarder des réformes»

Depuis le premier choc pétrolier, «la France n’a pas présenté un seul budget en équilibre» et «vit largement au dessus de ses moyens»

Prenant soin de dépasser les clivages droite-gauche, il parle surtout du «manque de courage des différents hommes politiques qui se sont succédés face à cette France frondeuse qui n’hésite pas à couper la tête de ses dirigeants ou à descendre dans la rue»

Il évoque aussi cette France quelque peu schizophrène toujours prête à vilipender l’état mais se rebelle lorsqu’on touche à l’une ou l’autre de ses missions.

Pour lui, «François Hollande a découvert l’énormité de la crise, des défaillances de l’état. Il n’a plus le choix et doit impérativement engager les réformes nécessaires»

Les déficits de l’état reposent sur trois éléments majeurs: le train de vie de l’état, le système sanitaire et social et les collectivités territoriales.

Il faut s’attaquer de front «à chacun de ces sujets qui restent pourtant tabous»

Cela passe nécessairement par une redéfinition des missions essentielles de l’état et donc du nombre de fonctionnaires, taclant au passage les dérives technocratiques «la France se tire une balle dans le pied»

Les réformes du système de retraite et de santé sont indispensables et impliquent de repenser notre modèle social.

Il est temps de faire le bilan de la décentralisation et de revoir le mille-feuilles administratif, constatant au passage le nombre de fonctionnaires qui a grimpé d'1 million de personnes dans la fonction publique territoriale tandis que dans le même temps il diminuait de près de 300.000 au niveau de la fonction publique d’état.

Et, face à ce haut niveau de dépenses publiques, Christian Frémont de poser la question: «vit-on mieux pour autant, sommes nous mieux soignés, mieux logés ou formés, etc. ?»

Il veut amener à prendre conscience qu’«aujourd’hui, les recettes de l’impôt sur le revenu sont à peine suffisantes pour faire face aux intérêts de la dette. La France vit à crédit»

Sur cette rhétorique, «on n’emprunte plus pour investir pour demain mais pour payer les salaires des fonctionnaires», il s’inquiète de ce que nous allons laisser «à nos enfants demain, de ces dettes qui paient notre confort d’aujourd’hui»

Il fustige cette situation de crise financière et économique tout autant que morale qui ronge la France «où 150.000 enfants sont chaque année en échec scolaire et où pour la première fois il ressort d’études récentes que les parents redoutent que leurs enfants vivent moins bien qu’eux»

Prenant appui au passage sur ce chiffre, «il y a 20 ans la reconnaissance de dette laissée à un bébé né en France était de 15.000 francs, elle tourne aujourd’hui autour de 35.000 euros»

Pour autant Christian Frémont veut croire qu’«un discours vérité source de réformes expliquées et débattues dans la transparence et mises en application rapidement dans un souci d’équité et de justice» reste possible.

«Nous n’avons plus le choix. Si on recule on est mort. Le courage paie toujours»

Reste donc à «briser cette connivence» qu’il dénonce dans les sphères du pouvoir (tant entre les hommes politiques que les milieux professionnels, d’affaires et syndicaux) qui doivent abandonner leur «politique de l’autruche», à laquelle consentent par manque de courage ou simple confort l’ensemble des français.

Invité à conclure à sa suite, l’actuel préfet de l’Ariège, Salvador Pérez, a loué «cette liberté de parole qu’il n’a pas» et s’est montré plus mesuré pour évoquer les «réflexions en cours au sein des différents ministères dans le cadre de la réforme de l’état et le redécoupage des sous-préfectures»

Reste donc à souhaiter que les générations suivantes soient naturellement plus «fourmis» que «cigale

Allez, consolons-nous, la dette de la Grèce vient encore d’être allégée par la Troïka en charge de son devenir. Il faudra juste que nos enfants soient de bons négociateurs, sinon...

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auteur: Py.M | publié le: 30/11/2012 | 19:17 | Lu: 23234 fois