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Regards croisés des partis ariégeois sur leur vision de la moralisation de la vie politique
12/04/2013 | 10:09
Crédit photo: R. Ying - T. Morlier

Que pensent les partis politiques ariégeois des débats autour de la moralisation de la vie politique?

La question relancée par l’affaire Cahuzac ne date pas d’hier. Depuis près de 30 ans, elle revient à l’ordre du jour au gré des affaires politico-judiciaires.

Alors que la polémique bat son plein, nous avons donc sollicité plusieurs acteurs politiques du département pour connaître leurs points de vue sur cette question.

De Gauche à Droite, voici les responsables de parti qui nous ont répondu: Jean-Pierre Icre du Parti Communiste (PC), Michel Larive du Front de Gauche, François Calvet d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), Jean-Christophe Bonrepaux du Parti Socialiste (PS), Claude Doussiet de l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI), Philippe Calléja de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) et Thérèse Aliot pour le Front National (FN).

Qu’évoque pour votre parti la moralisation de la vie politique?
«La moralisation de la vie politique est un objectif auquel les socialistes sont particulièrement attachés. L’affaire Cahuzac révèle la nécessité d’une lutte implacable contre les dérives. Les propositions faites par François Hollande vont dans le bon sens pour assurer la transparence de la vie publique» pour Jean-Christophe Bonrepaux, premier secrétaire du PS ariégeois.

Pour Thérèse Aliot du FN, elle doit passer par un contrôle plus actif des élus dans l’exercice de leur mandat et «la fin du clientélisme dont ici nous connaissons les résultats. Ce sera un grand pas de fait pour commencer cette moralisation» estime-t-elle.

Pour Philippe Calléja, responsable UMP en Ariège, «cela veut dire que les élus se doivent d’être irréprochables quant à leur relation aux affaires publiques et leur manière d’appréhender les affaires privées. Pour l’UMP, moraliser c’est faire respecter ce qui existe déjà». L’homme ajoute qu’il n’est pas sûr qu’aller au-delà soit la solution.

«La moralisation de la vie politique devrait être une chose évidemment acquise et pas un chantier politique et législatif qui accouchera comme toujours d’une souris. Seule la redéfinition d’une véritable République au service du peuple pourrait empêcher les comportements abusifs et cupides» nous explique Michel Larive du Front de Gauche.

Du côté de l’UDI, la moralisation ne se décrète pas car «la moralité, l’honnêteté, le sens du service public, c’est l’affaire de chacun. Et sanctionner les manquements, en politique, c’est d’abord l’affaire des électeurs» résume Claude Doussiet. Il ajoute que pour l’UDI, ce n’est pas de la moralisation de la vie politique dont on a besoin mais d'une «grande modernisation de cette même vie politique»

Chez Europe Ecologie les Verts, François Calvet rappelle que tout élu doit déclarer tous les moyens à sa disposition pour exercer ses missions. «L’adhésion au parti est d’ailleurs proportionnelle au revenu. Tout doit être rendu public et accessible pour tous les citoyens qui en font la demande» assure-t-il.

Enfin Jean-Pierre Icre pour le PC préfère parler de moralisation de la vie publique tout court au lieu de simplement politique. «Car ce qui commande l’économie de notre pays, c’est la finance et ce n’est pas en ressortant un vieux serpent de mer avec le patrimoine que cela suffira»

Il tient à rappeler qu’«hormis la mise en examen de Jérôme Cahuzac, on a aussi la mise en examen d’Augustin Bonrepaux (NDLR: président du Conseil général de l’Ariège). Cela pose quelques interrogations»

Comment l’appliquer au plan local?
La question divise tous les interlocuteurs qui plaident pour différentes causes à commencer pour certains par le non cumul des mandats.

Pour Michel Larive du Front de Gauche, la moralisation ne passe pas que par une réglementation fiscale, «elle passe aussi par le non cumul des mandats électifs directs et indirects. Les baronnies de quelque bord que ce soit sont à bannir. Dans certains cas, le pouvoir d’un seul individu est immense et englobe la quasi-totalité des domaines de compétences de la vie locale»

Quasi même intervention pour Thérèse Aliot (FN): l’application de cette moralisation ne peut se faire qu’«en refusant le cumul des mandats dans les fonctions comme sur la durée. C’est à la loi de remettre les choses à leur place. Les élus sont au service du peuple et non au service d’un clan ou d’une caste»

Le Parti Communiste considère comme une erreur de repousser la loi sur le non cumul. «C’est un point à trancher et régler immédiatement» regrette Jean-Pierre Icre. Il appuie aussi sur le conflit d’intérêts. «Certaines activités professionnelles sont incompatibles avec un mandat d’élu»

L’UDI prône plusieurs mesures de limitation: du cumul des mandats, du renouvellement des mandats, de l’âge d’exercice des responsabilités politiques, du cumul des responsabilités locales au sens large.

«Les injonctions de François Hollande à l’exemplarité ne doivent pas laisser certains de ses amis politiques ariégeois indifférents. Ce sont les électeurs autant que la loi qui pourront obliger à la modernisation. Nous verrons bien en 2014 ou 2015 qui, loi ou pas, soutiendra la modernisation de la vie politique en Ariège»

EELV se prononce pour un mandat unique et que toutes les élections soient identiques à la proportionnelle. «Il faut revoir le statut des élus et à la fois revoir la simplification administrative car c’est un système obscur et complexe pour les citoyens» pense François Calvet.

Philippe Calléja (UMP) considère que «tous les élus devraient être régulièrement contrôlés s’ils sont en charge et en responsabilité d’un exécutif»

Il dénonce les liens trop forts entre politique et industrie ou opinion qu’il trouve néfastes. Il préconise un vrai travail sur le conflit d’intérêts. «L’idée d’un certain nombre de professions à ne pas exercer si on est élu n’est pas absurde»

Le Parti Socialiste plaide pour une même intransigeance de la moralisation au niveau local. «On peut encore aller plus loin avec, par exemple, des déclarations patrimoniales des élus locaux qui pourraient se faire en début et en fin de mandat afin de démontrer que le mandat d’élu n’a pas permis l’enrichissement personnel.

Cependant, les affaires ne doivent pas jeter le discrédit sur l’ensemble des élus qui, pour l’immense majorité, remplissent leur mandat avec passion et dévouement au service de la collectivité pour des indemnités qui, le plus souvent, ne couvrent pas les frais engagés
» conclut Jean-Christophe Bonrepaux.

Comment faire pour redonner du crédit à la politique?
Se rapprocher du citoyen constitue l’option choisie par EELV. «Le discours délétère en ce moment est préjudiciable à la démocratie car on voit bien que le crédit que les citoyens donnent à la politique peut s’émousser» souligne François Calvet.

Pour lui, le projet de loi ne résout pas le problème. «On est en train de passer à côté de ce qu’il faudrait vraiment faire. Il faut continuer à rapprocher les citoyens des élus»

«Redonner du crédit à la vie politique, c’est déjà tenir et appliquer ses promesses. C’est comme cela qu’on va redonner du sens à la parole politique» évalue le Parti Communiste.

Pour l’UMP, ce n’est pas un lot de décisions qui vont changer les choses. «C’est au politique de conquérir sa crédibilité et aux partis politiques de faire le ménage chez eux» argumente Philippe Calléja. «Que celui qui veut se faire beaucoup d’argent aille dans le privé mais pas dans la politique pour s’enrichir»

Moraliser la vie politique, c’est avoir une volonté que Michel Larive ne perçoit pas dans le cas du pouvoir en place. «Le collectif Anticor a établi une charte de déontologie de l'élu sur laquelle on pourrait dès à présent s'appuyer. Ce collectif a réuni les candidats des dernières législatives et leur a demandé de signer cette charte. Je suis un des signataire, les représentants du Parti Socialiste, eux ne l'ont pas signée» soutient l’homme du Front de Gauche.

Renouveler les élites, instaurer une proportionnelle pour favoriser le pluralisme, instituer un statut de l’élu sont les solutions avancées par le Front National. «Tous les citoyens ont le droit d’être représentés, c’est cela la démocratie, car nous nous orientons de plus en plus vers une vie politique où seuls les fonctionnaires, protégés dans leurs professions, pourront se présenter et se faire élire» mentionne Thérèse Aliot.

«Les affaires, en jetant le discrédit sur l’ensemble de la classe politique, constituent une menace pour la démocratie». Légitimité et exemplarité des élus sont les leitmotiv prônés par Jean-Christophe Bonrepaux.

Il espère que cela s’accompagne de nouvelles formes d’implication des citoyens. «Associer le citoyen le plus concrètement possible à ce qui le touche de plus près, dans son village, dans son environnement immédiat pour lui donner envie d’alimenter la réflexion politique, de s’impliquer à son tour dans cette belle cause qu’est la politique» milite le PS ariégeois.

Enfin, l’empilage et l’affichage de nouvelles dispositions ne trouvent pas grâce aux yeux de l’UDI. «Nous voulons changer profondément l’environnement dans lequel s’exerce la politique. Nous croyons dur comme fer aux apports des acteurs de la société civile et des acteurs économiques» conclut Claude Doussiet.

Reste à chaque citoyen de se faire une opinion sur les propos avancés dans cet article et à trouver seul les réponses à de nombreuses questions comme celle d’actualité: Connaître le patrimoine des élus est-il suffisant pour rendre une république irréprochable?

actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Fontanet | publié le: 12/04/2013 | 10:09 | Lu: 17438 fois