Politique: Jean-Pierre Bel ne se représentera pas aux élections sénatoriales et se retire de la vie politique
L’information a fait l’effet d’une bombe, hier, dans le paysage politique national, plus encore départemental.
Dans une tribune publiée par nos confrères du journal «Le Monde» dans son édition du jeudi 6 mars, Jean-Pierre Bel annonce qu’il ne sera pas «candidat pour exercer, pendant six ans supplémentaires, un nouveau mandat»
Sénateur de l’Ariège depuis seize ans, et Président de la Haute Assemblée depuis 2011, Jean-Pierre Bel tire donc sa révérence de la vie politique puisqu’il explique qu’il ne briguera «aucune autre fonction élective»
Cette décision «est un choix personnel très ancien», précise-t-il comme pour couper court aux interprétations fantaisistes. «Cette décision, qui vient de loin, c'est un engagement souvent affirmé, vis-à-vis de moi-même, vis-à-vis de mon entourage, un engagement auquel je ne souhaite pas me soustraire»
«J'ai été élu sénateur il y a seize ans, rappelle Jean-Pierre Bel. J'y ai exercé diverses responsabilités avant de devenir, grâce à la confiance de mes camarades, président du groupe socialiste.
Pendant sept ans, avec l'ensemble de la gauche et des écologistes, rassemblés, nous avons travaillé, nous avons préparé minutieusement le changement dans cette assemblée qui, depuis si longtemps, ne l'avait pas connu»
J’en ai informé François Hollande dès les premiers jours qui ont suivi mon électionDans son propos, Jean-Pierre Bel révèle que sa volonté de ne pas prétendre à un second mandat était arrêtée de longue date.
«Dès les premiers jours qui ont suivi mon élection à la présidence j'en ai informé François Hollande, alors qu'il était lui-même candidat à la candidature pour la présidence de la République. Lui et lui seul, car c'était la condition pour effectuer cette extraordinaire mission en toute plénitude»
Mission, le mot est lâché. Celui qui restera comme le premier sénateur socialiste à accéder au «Plateau» n’ignore pas que «la victoire de la gauche au Sénat en 2001 a représenté un bouleversement historique attendu depuis près de cinquante ans»
«J'ai été le candidat qui allait porter l'alternance. Premier président socialiste du Sénat depuis le début de la Vème République, j'ai ressenti cela comme un immense honneur, ce fut la responsabilité la plus passionnante de toutes celles que j'ai eu à exercer»
Ne pas se considérer comme propriétaire de nos mandatsAvec la sagesse que l’on prête aisément à celles et ceux qui font le choix du retrait au fait de leur carrière, Jean-Pierre Bel se permet même de dispenser quelques messages.
«Avec les nouvelles dispositions sur la vie politique, je suis convaincu que nous entrons dans une nouvelle ère. Je suis convaincu que pour redonner confiance dans la parole politique on ne peut pas s'en tenir à proclamer des principes, il faut être capable de se les appliquer… et, d'abord, ne pas se considérer comme propriétaire de nos mandats», écrit-il ainsi.
«Je ne prétends surtout pas à l'exemplarité; j'ai la chance de me trouver en situation de pouvoir le faire sans mettre en péril les positions de la gauche et des socialistes ni dans mon département, l'Ariège, ni, demain, pour la majorité sénatoriale. Rien ne m'oblige et, pour répondre par avance à certains commentaires orientés ou ignorants, en particulier pas la crainte des échéances à venir»
Je ne serai candidat à aucune autre fonction électiveAu terme, donc, d’une carrière politique de trois décennies, Jean-Pierre Bel peut se targuer d’avoir connu les joies et les affres de la gestion quotidienne des différents «étages» de la fusée citoyenne française.
Maire d’une petite commune de haute montagne (Mijanès, en 1983), puis d’une plus importante (Lavelanet, en 2001), il aura également éprouvé son attachement à son territoire d’adoption (il est né dans le Tarn, à Lavaur) en devenant tour à tour conseiller régional (1992) puis conseiller général de l’Ariège (1998).
«C'est un long chemin. Je ne serai candidat à aucune autre fonction élective. Je demande à chacun de croire en ma sincérité, à mes amis, à mes amis politiques, mais également aux autres vis-à-vis desquels je me suis efforcé de toujours me comporter avec respect et loyauté. Je ne suis ni déçu ni blasé… bien au contraire»
«J'exprime ma profonde reconnaissance à tous mes collègues, en particulier à celles et ceux qui ont partagé mes valeurs, des valeurs qui restent fortes, qui nous honorent. Je les appelle à continuer ce merveilleux combat pour lequel j'ai consacré une grande partie de ma vie», conclut-il enfin.
| Alain Duran, prochain sénateur de l’Ariège? Dès mercredi midi, les éditions nationales de la mi-journée annonçaient la nouvelle. Au-delà des réactions des uns et des autres (lire ci-contre), l’Ariège s’interroge déjà sur le nouveau dessin du paysage politique local. «Poids lourds» de cette vie publique, Jean-Pierre Bel libère un espace susceptible de modifier la donne pour les échéances à venir. Petit exercice de politique fiction… Le 11 octobre 2013, Alain Duran, maire d’Arnave et vice-président du Conseil général, a été porté à la présidence de l’Association des Maires de l’Ariège… succédant à Jean-Pierre Bel. L’AMA qui, rappelons-le, regroupe la très grande majorité des grands électeurs du département qui, en septembre prochain, seront invités à désigner le nouveau sénateur ariégeois. Le scénario d’une candidature de l’élu du canton de Tarascon aux élections sénatoriales prend donc corps chaque jour un peu plus. Même si Alain Duran goûte fort peu les allusions émises sur ce thème depuis l’automne, son destin sénatorial se matérialise davantage encore depuis hier. Une candidature (et surtout une élection) d’Alain Duran au Parlement ouvre également d’autres perspectives en terres ariégeoises. Un peu à la façon des chaises musicales. Pour les élections des conseillers départementaux par exemple, pour lesquelles Bernard Piquemal redevient de fait un candidat naturel sur le nouveau canton de Tarascon-Vicdessos dessiné dans le cadre de la réforme de l’organisation territoriale. Sans cela, le maire d’Auzat aurait sans doute été amené à s’écarter au profit de son collègue du pays de Tarascon, eu égard à la représentativité de son territoire. Pour Bernard Piquemal, l’horizon se dégagerait même très largement. En effet, Alain Duran apparaissait déjà sur la «short list» des postulants à la succession d’Augustin Bonrepaux à la présidence du Conseil général. Alain Duran à Paris, Frédérique Massat itou, Henri Nayrou sorti de lui-même du jeu, Roger Sicre peut-être également (il entretient encore le flou sur ses intentions)… Les candidats crédibles et légitimes ne sont plus légion. Autre conséquence, plus locale celle-ci, pour la Communauté de communes du Pays de Tarascon. Si la loi sur le cumul des mandats n’interdit pas (encore) à un parlementaire d’occuper un poste de président d’une intercommunalité, il semble difficile dans le contexte actuel de concilier les deux. Ne doutons pas qu’Alain Sutra, maire de Tarascon-sur-Ariège candidat à sa propre succession, verrait sans doute là une formidable occasion de se débarrasser de son «meilleur ennemi»… |
| Réactions Alain Duran, Vice-président socialiste du Conseil général, Président de l’Association des Maires de l’Ariège: «L’effet de surprise passé, je trouve que ce choix ressemble à Jean-Pierre Bel. J’ai relu quatre fois sa tribune et je crois que tous les élus devraient s’en inspirer. Le cumul des mandats est incontournable aujourd’hui, qu’on le veuille ou non. Je me l’appliquerai d’ailleurs à chaque renouvellement. Jean-Pierre Bel donne aujourd’hui une belle leçon à toute la classe politique. D’autant plus que je suis confiant dans le fait que la gauche conserve la présidence du Sénat, même si les municipales ne se passent pas aussi bien que nous le souhaiterions. La décision de Jean-Pierre Bel en est d’autant plus honorable. Pour les élections sénatoriales de septembre, je n’oublie pas qu’il y a une élection municipale avant, elle qu’elle arrive très vite. Laissons passer cette élection. Respectons les électeurs. Ensuite, le parti auquel j’appartiens proposera un calendrier. A ce moment, je ferai connaître ma position» Jean-Christophe Bonrepaux, Secrétaire de la Fédération départemental du Parti Socialiste: «J’éprouve un sentiment partagé parce que l’annonce du départ d’un personnage comme Jean-Pierre Bel, c’est à la fois la déception de devoir se priver d’un homme de son envergure. Mais c’est aussi reconnaître la noblesse de sa démarche car il reste fidèle à ses principes. Lors de son élection, il avait annoncé qu’il ne cumulerait pas avec ses fonctions de maire, mais aussi qu’il ne cumulerait pas non plus dans le temps… Il nous montre en quelque sorte la marche à suivre. C’est très noble de sa part. Il est prématuré de se projeter déjà vers le scrutin des sénatoriales. Aujourd’hui, nous devons saluer la décision de Jean-Pierre qui a su servir l’Etat et l’Ariège. Il sera temps, ensuite, d’envisager les prochaines échéances» |
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