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Franck Poyeton, artisan d'art: une certaine idée de la création

© midinews 2014

Evy son prototype de chaise en bois moulé et cuir lui a valu dans les années 90 le titre de «Designer du XXème siècle»

Plus connu au Koweit, à New York ou en Australie que dans le département de l’Ariège où il est pourtant installé depuis une trentaine d’années Franck Poyeton travaille depuis six ans dans son vaste atelier de La Bastide de Bousignac dans l’anonymat le plus complet.Retour aux fondamentauxOriginaire de la région lyonnaise, cet artisan d’art est issu d’une longue lignée de tapissiers décorateurs.

Il a appris le métier dès l’âge de 14 ans mais ce touche à tout de génie porté par son envie de créer a également exploré une multitude de pistes et c’est après un tour du monde dans le Pacifique Sud qu’il pose ses valises dans l’Ariège: «Ici il n’y avait pas beaucoup de débouchés et je reconnais ne pas avoir fait ce qu’il fallait pour être connu, ma vie professionnelle était ailleurs: des expositions à Munich, New-York, Montréal ou Sidney, deux salons par an à Paris où je revenais avec six mois de commandes… car quand on crée il faut montrer son travail, c’est le prix à payer pour être connu.

Aujourd’hui je suis rangé des voitures. J’ai envie de revenir aux sources du métier, celui de mon père et celui que j’ai appris, de rencontrer les gens qui aiment les meubles anciens, les restaurer pour faire les faire vivre
»

Selon Franck lors des 20 dernières années, les gens ne faisaient plus réparer leurs meubles, ils préféraient acheter du neuf, on assiste aujourd’hui à un retour aux valeurs: «les particuliers sont davantage attachés aux meubles de famille, ils veulent les restaurer pour les transmettre»

Mais aujourd’hui on assiste également à un autre phénomène, celui de la disparition de ces savoirs faires car trouver un successeur est très difficile, ces métiers ne sont pas assez connus, valorisés.

Ils manquent de formations adaptées et sont peu viables: «A une époque je m’occupais de la société d’encouragements aux métiers d’art, la SEMA, j’ai moi-même formé cinq apprentis mais cela demande un tel investissement en temps et en argent que beaucoup d’artisans y renoncent…on ne gagne pas sa vie à 19 ans en étant apprenti, il faut revoir le système en profondeur pour remotiver les jeunes dans ces voies-là. A mon époque quand on était manuel on était multi-professionnel, on pouvait tout faire, de la mécanique à la tapisserie.

Personnellement si j’avais eu le choix j’aurais été architecte. Mais mon père nous à dit (nous étions 4 frères): vous ferez tout ce que vous voudrez dans la vie mais vous serez d’abord tapissiers. C’est ce qu’on appelle avoir le choix (cela ne m’a pas empêché de suivre les Beaux-arts en cours du soir). A Lyon il y avait à l’époque 500 tapissiers et actuellement à peine 50. Ce métier est un métier de patience et de passion, on ne le choisit pas par hasard
»Un génie de la création: faire revivre les objets qui ont une histoireLa tradition, avec ses gestes précis et ses outils bien particuliers, a également toute sa place dans son atelier: la pince à tendre le cuir date du siècle dernier, il la tient de son maitre d’apprentissage, tout comme son tire-crin…il restaure les marqueteries d’un salon en loupe de noyer en respectant les règles de l’art mais il peut également martyriser les meubles comme cette bergère des années 70 issue de la récupération qu’il n’a pas hésité à découper dans le sens de la hauteurs, écarteler, remplir les vides, couper le dossier pour le mettre en tension.

Une fois laquée et patinée il obtiendra une méridienne, une création unique en son genre: «Je suis spécialiste du siège mais quand j’en fais je m’ennuie un peu alors je laisse libre cours à mon imagination. A la décharge dès que je vois un bout de bois travaillé je ne peux pas m’empêcher de le récupérer pour en faire quelque chose, par respect du travail qui a été fait par les anciens, par rapport à son histoire…oui je suis un art-récupérateur, à l’origine un tapissier mais un tapissier créateur»

Ce «Géotrouvetout» au parcours atypique s’est souvent laissé guider par ses passions et les défis à relever: «Quand je faisais du design je cherchais la beauté et le confort. Cette chaise en bois et cuir est une de mes plus belles créations j’en ai vendu des centaines dans le monde.

Elle est pleine de difficultés techniques, pourtant elle est esthétiquement très pure et de plus ce qui ne gâche rien très confortable…après le beau, le chic, l’utile, on peut se faire de temps en temps plaisir avec de la fantaisie et de l’humour.

La tradition ne nous permet pas d’inventer, on refait à l’identique et moi je ne supporte pas de ne pas inventer…regardez la finition de cette méridienne, à la fois cloutée et passepoilée, une hérésie pour les puristes!
»

Si Franck Poyeton est resté de longues années dans le savoir-faire, il est peut-être aujourd’hui dans le faire savoir. Qu’on se le dise.

Franck Poyeton
Artisan d’Art
2 cours du Rempart
La Bastide de Bousignac
tél: 05 61 60 08 26

Laurence Cabrol | 10/01/2014 - 18:18 | Lu: 15699 fois