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Moi, Jean-Louis, 65 ans, moniteur de ski à Ax 3 Domaines depuis 45 ans

© midinews 2014

Il est fier d’arborer sur sa combinaison rouge estampillée aux couleurs de l’ESF, une médaille dorée au liseré tricolore «moniteur diplômé FFS»

«C’est le numéro 3223», lance avec fierté Jean Louis Fugairon, 65 printemps, l’œil clair et le sourire enjôleur. Ce matin comme la plupart du temps en cette période de l’année, ce moniteur de la station aux 3 Domaines encadre une classe de neige, des jeunes originaires de Béziers qui découvrent les plaisirs de la glisse dans les Pyrénées ariégeoises.

«La station existe depuis 1956, comme tous les gamins de mon âge j’ai appris à faire du ski dans les près. Mais avec les progrès des équipements, les dameuses qui mettent les pistes comme des boulevards et le matériel mis à la disposition des skieurs, on arrive aujourd’hui à se tenir sur des skis en deux heures alors qu’autrefois il fallait une saison!»Il fait partie de la légende Rouge des moniteurs de l’ESFJean-Louis fait partie de ces pionniers qui ont ouvert la voie à cette activité économique, «l’or blanc» des Pyrénées.

Après un cursus traditionnel à l’école nationale de ski et d’alpinisme de Chamonix, il décroche son brevet de moniteur d’Etat. Quelques années à St Lary puis il revient au pays et monte l’Ecole de Ski en 1977 où il marche dans les pas de Jean-Jacques Rousse, le premier moniteur diplômé de la station champion des Pyrénées en ski de fond:

«Notre modèle à l’époque c’était Henri Girald, directeur de la station de Bonascre dans les années 60 et champion de France descente junior. C’est à partir de 77 que les écoles de ski commencent à se structurer, actuellement nous sommes une soixantaine de moniteurs à l’ESF et depuis deux ans l’école de ski international a ouvert ses portes avec une vingtaine de professionnels qui proposent un enseignement en direction d’une clientèle internationale»

Une école de ski c’est une association de travailleurs indépendants, ils ne sont pas assujettis à la TVA car considérés comme des enseignants mais doivent cependant payer des cotisations à l’Urssaf, à la caisse de retraite ou à la sécurité sociale…

Cela représente en moyenne 36% de leur rémunération Ces moniteurs ont pour la plupart choisis cette activité par passion. En contrepartie, il faut être là tous les jours, faire des sacrifices dans sa famille car la saison à la neige ne dure ici que 4 mois par ans…

Leçons particulières, cours collectifs, jardin d’enfant dès 3 ans, stages de compétition… depuis plus de quarante ans, Jean-Louis a transmis sa passion à des générations de skieurs tous âges confondus:

«Comme dit le slogan de l’ESF le plaisir ça s’apprend, je suis heureux de pouvoir le faire, de faire découvrir la montagne et son environnement, ces enfants deviendront peut-être les champions de demain. Nous voyons passer ici des jeunes qui montent en puissance mais il y a encore du travail jusqu’aux JO»Un pacte intergénérationnel attaqué pour discrimination sur l’âgeLe bel enthousiasme de Jean-Louis s’était pourtant un peu écorné ces derniers temps…

En effet, le syndicat national des moniteurs de ski (SNMF), structure juridique de l’Ecole de Ski Français (ESF) a mis au point un pacte intergénérationnel qui permet de garantir l’embauche des nouveaux diplômés en réduisant progressivement l’activité des seniors (au-delà de 62 ans depuis 2011).

Avec cette formule les premiers ne connaissent pas le chômage et les second peuvent continuer à exercer à temps partiel jusqu’à des âges très avancés puisque 73% des moniteurs sont encore actifs à 65 ans et 15% donnent encore des cours à 80 ans… preuve que le bon air de la montagne conserve!

Mais à partir de 2010 ce système pourtant bien huilé dérape. La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (la Halde) est saisie par des moniteurs dans les Alpes ou dans les Pyrénées. Montée au créneau de ces professionnels qui dénoncent une discrimination liée à l’âge et saisissent la justice.

«Il y a eu cette polémique dans les écoles de ski autour de ce pacte intergénérationnel où l’on invitait les moniteurs à partir de 62 ans a débrayer pour faire monter les jeunes générations, explique notre sexagénaire…

Il y a deux ans j’étais premier sur le planning du fait de mon ancienneté et je me suis retrouvé du jour au lendemain avec ces nouvelles mesures en treizième position. Certes je gardais ma clientèle privée et le directeur de l’ESF était obligé de fournir aux moniteurs dans ma fourchette d’âge (62 à 65 ans), la valeur minimum de deux trimestres pour payer nos cotisations retraites.

Cela posait effectivement un sérieux problème car beaucoup d’entre nous ont été confrontés à des pertes de salaires conséquentes, surtout quand il y a encore à la maison des emprunts à payer. Le meilleur des moniteurs réalise sur une saison de 123 jours entre 600 et 700 heures. Dans la situation du pacte intergénérationnel j’en réalise entre 350 et 400, mon revenu est correct car le reste de l’année j’ai d’autres activités»

En effet Jean-Louis Fugairon est depuis 1977 élu à la mairie d’Ax-les-Thermes (en charge de la commission investissements pour la station de ski) et vice-président de la fédération de Pêche de l’Ariège mais c’est encore sur les planches qu’il voit son avenir professionnel: «j’ai la santé et la passion tant du ski que de son enseignement… je continuerai si l’on veut de moi ici. Et si ces jeunes stagiaires doivent rentrer dans ce métier-là il faut bien que des professionnels, des moniteurs diplômés d’Etat qui ont le savoir et l’expérience, soient là pour leur apprendre le métier…»Une nouvelle loi pour encadrer la fin de carrière de ces professionnels de la montagneCes affaires ont fait tel bruit qu’elles ont attiré l’attention des parlementaires, surtout des élus de la montagne sensibilisés par le sujet.

Ils ont travaillé sur un nouveau projet ayant pour but de sécuriser ce pacte intergénérationnel et de veiller à ce que les moniteurs en fin de carrière ne soient pas menacés de paupérisation. Une initiative soutenue sur tous les bancs de l’Assemblée Nationale (toutes tendances confondues) qui a été votée mardi dernier (le 22 janvier 2014) à l’unanimité.

Frédérique Massat députée de l’Ariège et présidente de l’Association des Elus de la Montagne (ANEM) a soutenu ce texte se réjouissant de voir que «la solidarité montagnarde transcende les clivages habituels»

Pour elle ce dispositif qui s’appuie sur le contrat intergénérationnel permet de sécuriser la situation des moniteurs en fin de carrière en leur garantissant 70% de leur activité tout en permettant aux jeunes de moins de trente ans d’entrer dans cette activité. Ce texte cible 400 nouveaux diplômés par an et 3.500 stagiaires moniteurs en phase d’apprentissage qui n’ont aucune visibilité sur les débouchés de la profession

La France compte 19.000 moniteurs de ski, pour la plus part des travailleurs indépendants dont 70% sont encore actifs à 65 ans.

Laurence Cabrol | 28/01/2014 - 19:52 | Lu: 24268 fois