La cigogne blanche, un peuple migrateur protégé et étudié au domaine des Oiseaux de Mazères
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On ne présente plus le domaine des Oiseaux, un espace de près de 100 hectares dédié à la faune et à la biodiversité. Même si l’échasse blanche en est son emblème, il n’en demeure pas moins que les cigognes ont aussi élu domicile sur ce bout de terre d’Ariège.
Un air d’Alsace en pays de cocagne
Et ce n’est pas anodin, c’est un choix délibéré de Louis Marette, maire de Mazères à l’origine de ce formidable projet: «Il a toujours eu des cigognes dans le département, car il s’agit d’un couloir migratoire les conduisant vers l’Afrique, mais nous nous sommes inspirés de l’Alsace pour créer notre centre de réintroduction.
En 2005, Hervé Guillon, professeur à l’école vétérinaire de Toulouse, responsable sanitaire du site m’a accompagné au Parc des cigognes de Hunawihr et nous sommes revenus avec cinq couples.
On s’est rendu compte qu’en gardant en captivité les oiseaux trois ans, ils perdent leur instinct migratoire, seuls les petits qui naissent sur site gardent ce gène et sont capables de repartir en migration (sur 100 cigognes qui partent en migration à peine 15 reviennent). Ils partent vers le sud et ne reviennent en Ariège qu’après deux ou trois ans de villégiature.
Mais pour amorcer la migration, il faut de temps en temps capturer des jeunes nés en volière et procéder à des lâchers sur le site du Domaine».
Comme tout oiseau migrateur, la cigogne passe l’hiver dans le sud de l’Espagne, en Afrique du Nord ou plus loin encore. Elles ne reviennent en Europe qu’avec les beaux jours et pour se reproduire (cet oiseau se reproduit toujours sur son lieu de naissance).
Les échassiers du domaine des oiseaux sont bagués (une bague aluminium sur laquelle figurent lettres, chiffres et lieu d’origine) ce qui permet de suivre leur déplacement: «Grace à cette opération on a pu retrouver une cigogne ariégeoise sur un marché au Mali… là-bas l’animal n’est pas protégé on peut le consommer. Celles qui restent ici prennent moins de risque!» indique Louis Marette.
Des lâchers très encadrés
Les cigognes blanches sont tellement bien à Mazères qu’en comptant les oiseaux en semi-liberté et les cigognes sauvages qui font une halte sur la route migratoire, on en dénombre plus d’une quarantaine d’individus.
Si bien que face à l’augmentation naturelle des effectifs et après autorisation préfectorale en bonne et due forme, les techniciens du Domaine des Oiseaux doivent régulièrement réaliser des lâchers.
Ce matin dix individus étaient concernés par l’opération: «Ces oiseaux ont passé plusieurs années en volière et au bout de ce délai même une fois en liberté, ils se sédentarisent sur site, car le milieu environnemental fait de prairies et de zones humides est favorable au développement de l’espèce» précise Thomas Razès, un des techniciens du Domaine.
Munis de larges épuisettes et après avoir fait appel au renfort de stagiaires, Pauline et Thomas tentent d’attraper les candidats à la liberté. Dérangés dans la quiétude vespérale d’une belle matinée automnale, ils ne l’entendent pas de la même oreille et leur donnent du fil à retordre.
Enfin en liberté, les premiers pas sont hésitants avant l’envol vers de nouveaux horizons.
L’envol d’une miraculée
D’autant que ce matin il y avait de nombreux spectateurs, car l’opération revêtait un caractère particulier: «Parmi les dix cigognes concernées par ce lâcher, indique Louis Marette, l’une d’elles a été récupérée au mois de mai près de Saint-Gaudens après être rentré en collision avec une ligne haute tension.
Fort heureusement il n’y avait pas de plaie interne, seules les plumes d’une de ses ailes étaient complètement brulées, si bien qu’elle ne pouvait plus voler. Nous l’avons soignée à l’Ausélou, notre centre de soin pour les oiseaux en difficulté. Et six mois après la voilà prête à retrouver la liberté.
Nous avons voulu symboliquement associer à cette opération le RTE (réseau de transport d’électricité) gestionnaire de cette ligne de 63 000 volts qui de son côté met en œuvre des mesures environnementales destinées à la protection des oiseaux».
RTE, des actions en faveur de la biodiversité
Les accidents d’origine électrique impliquant des oiseaux sont souvent graves ou mortels. De plus ils peuvent engendrer des perturbations sur le réseau de distribution.
Aussi RTE, filiale d’EDF, spécialisée dans l’acheminement de l’électricité a instauré depuis une vingtaine d’années une démarche environnementale destinée à la protection avifaune, en particulier les espèces protégées telles que les grands rapaces et les cigognes.
Michel Bergès, directeur du groupe de maintenance réseaux Béarn, présent à Mazères ce vendredi en a rappelé les grandes lignes. Une fois les tronçons à risque localisés par les ornithologues, les câbles sont signalisés aux oiseaux par des équipements sur mesure: de couleur rouge pour les oiseaux diurnes, clairs pour les oiseaux nocturnes.
Pour les zones de montagne ou les lignes très haute tension, RTE expérimente de nouvelles balises: ce sont des sphères en aluminium mi-rouge, mi-vert claire luminescente.
Une attention particulière est portée aux cigognes qui ont l’habitude de nidifier en haut des pylônes: «Cela présente un risque important, elles peuvent percuter les lignes, s’électrifier et désamorcer les câbles haute tension, explique Michel Bergès. Nous travaillons en relation avec la LPO ou les associations ornithologiques locales pour déposer les nids en période de nidification.
Nous installons des anémomètres, sous l’effet du vent ils tournent en continu et effarouchent les oiseaux qui sont dissuadés de choisir les pylônes pour abriter leur nichée. En revanche des plateformes sont créées pour les accueillir en toute sécurité, car la cigogne est fidèle, selon toute évidence, elle reviendra.»
Un partenariat réussi entre RTE et le domaine des Oiseaux de Mazères.
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