Tribunal correctionnel de Foix: huit jeunes Saverdunois condamnés après «une nuit de violence sur fond de racisme»

«On parle de racisme, on parle de violences», souligne le président du tribunal avant de résumer la série de faits pour lesquels 8 des prévenus (7 garçons et une fille) ont comparu cet après-midi devant le tribunal correctionnel. Un 9ème était également victime.
«Il ne fait pas bon habiter Saverdun quand on est un jeune de couleur et qu’on vient de l’Institut protestant»
Cette soirée du 23 août 2014, 8 des prévenus ont fêté l’anniversaire, de l’un d’entre eux, avant que le groupe ne décide de gagner la fête foraine.
Une 1ère altercation éclate place du champ de Mars. Un des jeunes Saverdunois explique avoir été bousculé par Ab., jeune mineur isolé accueilli à l’Institut protestant.
Des insultes racistes fusent : «ça pue sale nègre, macaque, singe, etc...». Ab est giflé et battu avant de pouvoir prendre la fuite avec son jeune frère.
Un peu plus tard sur les allées de la ville, les gendarmes sont témoins d’une seconde altercation. La victime est mise en sécurité dans le véhicule des militaires.
Le 3ème incident survient lorsque les prévenus en train de revenir à la fête croisent Alberto (jeune Angolais) et l’un de ses amis de couleur aussi. Anthony qui semble être le chef de meute des jeunes Saverdunois, veut en découdre, malgré le fait que ses copains lui disent qu’il ne s’agit pas des jeunes mineurs.
Mais il s’en fiche, «ce sont des noirs»
Insultes et coups s’abattent sur Alberto et son ami. Aux alentours de 1h15, Alberto a regagné son domicile quand il aperçoit Anthony et ses copains dans la rue.
Armé d’un couteau à pain, il ressort et tente de s’en prendre au jeune homme. Les gendarmes interviennent à nouveau et dispersent tout ce petit mode à l’aide de gaz lacrymogène.
Alberto, lui, était placé en garde à vue.
Au fil de l’enquête, la vérité se fait jour, les différents faits sont révélés, dont ceux de violence en réunion, de violence en raison de la race, injure publique envers un particulier en raison de sa race, menace de mort réitérée commise en raison de sa race.
Ces derniers motifs concernent les jeunes Saverdunois. Alberto est poursuivi pour violence avec usage ou menace d’une arme.
Quand le président du tribunal, Vincent Anière incite les jeunes à réfléchir sur le sens de leurs paroles, et les questionne sur leurs motivations, Anthony glisse : «j’assume, mais c’est un peu la faute de la télévision, de la société qui nous mène à ça. On a dit des bêtises, mais pas mal de gens le pense...»
Certains regrettent leurs actes, et indiquent «c’est sorti sous l’effet de la colère, des coups»
Avocate de 4 des parties civiles, Me Sophie Durand-Frossard se dit «scandalisée, inquiète des propos réitérés. Une vingtaine de jeunes qui ont fêté un anniversaire se rendent à une fête foraine et s’en prennent à tous les noirs qui passent»
«Pas rassurée par les propos entendus», l’avocate martèle : «ce soir-là, ils ont été les bourreaux»
Le parquet est là «pour représenter les valeurs de la République : dignité, solidarité, respect», et ne trouve aucune excuse à ces propos.
«On ne peut les banaliser, ils sont le reflet d’une haine inadmissible»
Pas de doute pour le procureur : «il ne fait pas bon habiter Saverdun quand on est un jeune de couleur et qu’on vient de l’Institut protestant»
Ce contre quoi s’élève Me Baby, avocat de Jean-Baptiste. Le bâtonnier soulignant : «l’Ariège a montré par bien des égards qu’elle était Terre d’accueil. A trop stigmatiser le caractère raciste d’une population, on peut lui manquer de respect»
Concernant les faits reprochés à son client, Me Baby en est convaincu, Jean-Baptiste s’est trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment.
«Non, il n’a pas participé à une ratonade, il était là pour faire la fête»
L’avocat déplore des zones d’ombre dans le dossier, des incertitudes, avant de plaider la relaxe.
En défense de Xavier, Pierre et Stéphanie, Me Magalie Obis partage l’avis du bâtonnier, en ce qui concerne sa cliente.
«Même la victime (Ab. NDLR) ne la met pas en cause» explique-t-elle, soulignant «ne pas avoir compris pour quoi elle était poursuivie»
En ce qui concerne Xavier, Me Obis, indique qu’Ab ne le reconnait pas comme celui ayant proféré les premières insultes. D’accord, il admet en avoir dit, «mais seulement quand la bagarre a dégénéré»
Pour Pierre qui «admet une part de responsabilité dans la 3ème bagarre, les propos racistes auraient été proférés dans le feu de l’action»
En défense de Benjamin, Me De Meyer a rappelé que son client connaissait l’une des victimes, «les propos ne stigmatisaient ni sa race, ni sa religion»
Se défendant sans l’assistance d’un avocat, Terry, Anthony et Benjamin espèrent que le tribunal «sera clément quant aux dommages et intérêts»
Anthony, victime d’Alberto lors du «4ème round», glissant : «je n’ai rien demandé moi, j’estime qu’il s’agit d’une altercation»
Benjamin, lui, réfute les menaces de mort qui lui sont imputées.
En défense d’Alberto, victime du groupe, et par ailleurs prévenu pour violence avec usage ou menace d’une arme à l’encontre d’Anthony, son avocate Me Puig a plaidé «les circonstances. Il n’aurait pas réagi ainsi sans ces circonstances»
Quant le président demande à tous les intéressés s’ils comprennent l’idée de pardon, Ab lui rétorque : «ne pas être d’accord avec les excuses présentées. Ce n’est pas parce que l’on regarde la télé que l’on doit avoir envie de taper les autres»
Après plus d’une heure de délibération, le verdict a été rendu.
Stéphanie a été relaxée. Alberto a écopé de 6 mois avec sursis. Le client de Me De Meyer Benjamin, 2 mois avec sursis. Jean-Baptiste a été condamné à 6 mois avec sursis, SME durant 18 mois, obligation de stage de citoyenneté et d’indemniser les victimes.
Terry a écopé de 8 mois avec sursis, TIG de 120 h. Pierre, Xavier, Anthony, et Benjamin ont été condamnés à 8 mois avec sursis, SME de 18 mois, stage de citoyenneté et obligation d’indemniser les victimes.
Les parties civiles ont été déclarées recevables.
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