Explosion chimique aux établissements Maestria de Pamiers: un exercice ORSEC grandeur nature
Samedi matin, une explosion terroriste de grande ampleur a eu lieu sur la Zone d’Activité de Gabriélat à Pamiers. Après plusieurs échanges de coups de feu, la Police a abattu le dangereux terroriste qui a fait exploser une bombe, sans avoir obtenu de renseignements sur la nature exacte de cet engin.
Des salariés plus ou moins contaminés jonchent le sol et sont pris en charge par les sapeurs pompiers de Pamiers qui après avoir stoppé les risques d’incendie, déploient leurs unités de risques technologiques (URT) et leur cellule de décontamination.
Un scénario digne d’un film d’anticipation pour un exercice NRBCE de niveau régional
C’est un scénario catastrophe digne des meilleurs films d’anticipation joué par une centaine de sapeurs pompiers venus de tous les départements de Midi-Pyrénées (sauf l’Aveyron qui n’a pu envoyer que des observateurs).
Il aura fallu près de huit mois au commandant Christian Lukowicz, chef du groupement Nord (SDIS 09) pour mettre en musique cet exercice grandeur nature réalisé dans les entrepôts de l’entreprise de peintures industrielles Maestria de Pamiers, habituellement fermés au public le samedi.
«Dans notre jargon, il s’agit d’un exercice NRBCE, c'est-à-dire nucléaire, radioactif, biologique, chimique et explosif. Nous sommes en présence d’une bombe sale, une bombe fabriquée avec des explosifs conventionnels, comme TNT, avec l'ajout d'isotopes radioactifs, conçue pour se propager sur une large zone. Nous avons joué la montée en puissance du dispositif en mutualisant les moyens avec les autres départements»
Des secours venus de toute la région afin de confronter leurs manières de travailler car comme l’indique le lieutenant-colonel Marcaillou, patron du SDIS de l’Ariège, «l’objectif de cet exercice de type terroriste c’est l’entraînement des sapeurs pompiers de Midi-Pyrénées et la mutualisation des moyens.
Il y a deux ans nous avions participé à la halle aux Grains de Toulouse à un exercice similaire mais en milieu urbain. Les premiers intervenants ont fait dégager les victimes sur la zone d’exclusion, des pompiers, un médecin du SAMU, un infirmier anesthésiste sont à leur chevet pour procéder aux premiers secours alors que d’autres sapeurs pompiers mettent en œuvre les moyens de décontamination. Il y aura en tout sur ce théâtre d’opération, 85 spécialistes, 35 non-spécialistes et des observateurs extérieurs»
Des dizaines de pompiers en combinaison interviennent sur les lieux de la catastropheDe part et d’autre la zone interdite on s’active, distribution de kits d’intervention et de combinaisons étanches, chacun est dans son rôle plus vrai que nature.
Ghislain, sapeur pompier à Ax les Thermes, enfile un scaphandre orange doté d’un appareil respiratoire qui lui laisse une autonomie de 30 minutes. Un matériel qui protège des risques chimiques et qui lui permet d’aller au plus près de l’incident en zone de danger pour essayer de comprendre ce qui s’est réellement passé.
«Les moyens déployés ici sont très lourds à mettre en œuvre, ils demandent beaucoup de personnel car il y a de grosses contraintes physiologiques: on ne peut garder ces combinaisons étanches que deux heures maximum, d’où la nécessité de mutualiser les moyens sur ce type d’exercice, explique Didier Marcaillou.
Actuellement nous avons une vingtaine de victimes mais nous avons fait jouer 500 participants. Nous n’irons pas aujourd’hui jusqu’à une évacuation SAMU sur les différents sites hospitaliers, notre exercice s’arrête avant»
Parmi les volontaires en zone d’exclusion, des salariés de l’entreprise mais aussi des étudiants de l’institut de formation en soins infirmiers de Pamiers: «c’est un cadre de santé qui nous a parlé de cet exercice, précise Damien étudiant en seconde année. J’ai pu parler avec un infirmier anesthésiste, c’est une spécialité, une formation post DE que je pourrais effectivement envisager dans ma formation»
Mutualisation des compétences et harmonisation des interventionsEn même temps que l’on traite les premières victimes, il faut chercher la nature du produit et pour cela le 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes de l’Ariège (1er RCP) au titre de la convention passée avec le SDIS a prêté un appareil militaire (AP2C ou AP4C) permettant de détecter le type de toxiques de guerre utilisés sur cette explosion.
«C’est aussi pour nous l’occasion de traiter ce matériel car on est à la frontière avec le militaire avec un risque terroriste» précise le Lieutenant Jean-Michel Paul, de Pamiers, à la tête d’une équipe de dix hommes en combinaison étanche.
Rapidement, les effectifs ariégeois sont renforcés par des sapeurs pompiers de la région et une cellule de décontamination des populations affectées à Toulouse par la direction régionale de la sécurité civile (deux unités similaires pour le grand Sud-Ouest sont basées à Bordeaux et Pau).
Une berce de décontamination est installée sur site, il s’agit là d’un matériel deuxième génération doté de systèmes de cabines douches pouvant accueillir des victimes invalides sur brancards, capable de traiter 40 personnes à l’heure.
Une dizaine de pompiers montent le matériel aux côtés de Dominique, officier référent originaire de Montauban. «Il s’agit de décontamination humide, cette cellule utilise de l’eau chaude mélangée à un détergent universel, le Teepol. Les eaux polluées sont ensuite récupérées dans des citernes pour être traitées ultérieurement»
Le Lieutenant-colonel François Chaumet, conseiller technique risques RBC au SDIS 31, fait le lien de part et d’autre la zone interdite, le talkie-walkie à la main.
«C’est une situation très exceptionnelle, les enjeux d’un tel exercice reposent sur la mutualisation des ressources et pour arriver à être efficaces, il faut s’entraîner, mesurer les écarts entre les procédures et ce qu’on attend, revoir le matériel pour simplifier les procédures… on évacue les victimes, on fixe la contamination en les poudrant avec un talc à base de terre de foulon. Dans un deuxième temps elles seront transportées sur la chaîne de décontamination pour une décontamination humide»
Ce professionnel est intervenu dès les premiers instants après l’explosion de l’usine AZF de Toulouse le 21 septembre 2001, puis il a travaillé dans les mois qui ont suivi sur la sécurisation de l’usine… une sacrée expérience!
Un retour d’expérience pour améliorer l’efficacité dans la gestion des risques majeursAprès près de quatre heures d’exercice, le Lieutenant-colonel Marcaillou explique le sens de cette manœuvre: «l’objectif étant de minimiser le bilan des victimes... Nous avons des guides nationaux de référence que l’on décline au niveau départemental et que l’on harmonise au niveau régional. Les mêmes protocoles d’action sont utilisés, nous permettant de travailler ensemble, avec des codes identiques pour tous.
Mais pour être efficace il faut aussi apprivoiser le matériel. C’est pour cette raison que la berce de décontamination fait le tour des départements et que les personnels sont formés à un certain volume horaire chacun sur leurs structures respectives puis lors d’exercices collectifs.
Des observateurs sont présents aujourd’hui, leur objectif est de pointer tous les points positifs et négatifs. Dans quelques jours lors du débriefing nous en tirerons tous les enseignements de cet exercice afin d’améliorer le dispositif pour la prochaine manœuvre qui aura lieu dans un autre département de Midi-Pyrénées»
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