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La prolifération des vautours fait débat en Ariège

© midinews 2014

Le vautour fauve avec son envergure de 2,60m, son aspect inquiétant et son activité d’équarisseur naturel, a mauvaise réputation.

Jusqu’à présent ces charognards opportunistes travaillaient de concert avec les éleveurs pour débarrasser les cadavres sur les estives de montagne. Mais aujourd’hui cette union de circonstance est rompue.

Le fait que le vautour fauve puisse parfois être à l’origine de la mort de bétail domestique est désormais un fait attesté mais ces cas restaient jusqu’à présent très exceptionnels (mise à bas difficile, bête agonisante ou en situation de faiblesse).

Depuis 2007, les témoignages se multiplient sur les estives ariégeoises, mais pas seulement car depuis deux ou trois ans on observe des vautours sur le piémont voire jusqu'en plaine. Les observateurs s’accordent à dire que leur attitude a changé. Du fait de leur protection en France (1981), ils se sont multipliés et la fermeture de certaines plateformes de nourrissage diminuant les ressources trophiques disponibles pour ces oiseaux nécrophages, n’est certainement pas étrangère à ce changement de comportement.
Les éboueurs de la montagne constituent-ils un véritable danger pour les activités humaines?Après l’épidémie de vache folle et la fermeture en 2003 sur le versant espagnol (Aragon, Navarre, pays basque) des «muladares», plateformes de nourrissage permettant aux porcheries industrielles de se débarrasser à peu de frais de leurs déchets, près de 7000 vautours se sont retrouvés du jour au lendemain sans plus de nourriture. Cette situation de disette en Espagne a incité ces animaux à se tourner vers les départements pyrénéens induisant certains facteurs comportementaux comme la diminution de la méfiance vis-à-vis de la présence humaine, une pression souvent pesante sur les estives ou une mise en action plus rapide des curées.

Depuis quelques temps les éleveurs subissent impuissants l’augmentation de la population des vautours sans pouvoir rien faire du fait de leur statut d’animal protégé. Il faut qu’il y a ait un gros problème comme chez Christian Derramond (éleveur à St Félix de Rieutord) l’an passé qui a perdu 50 ovins ou chez Michel Rios (éleveur à Durban/Arize) en début de semaine pour que les services de l’Etat et l’opinion publique s’émeuve de ce problème récurrent.

Pour Rémi Denjean, vice-président de la Chambre d’Agriculture ce n’est pas nouveau mais jusqu’à présent on ne prenait pas au sérieux les éleveurs.

«Au départ, les associations protectrices comme la LPO ou l’ONCFS nous ont dit que les vautours ne mangeaient que des cadavres, remettant en cause notre travail. Puis face à la répétition des faits, on a assisté à un consensus mou, ils ont admis que les vautours pouvaient s’attaquer aux bêtes mourantes, aux animaux les plus faibles comme les agneaux ou les veaux mais pour nous c’est le cycle normal de la vie, ce ne sont pas des animaux à éliminer. Aujourd’hui il y a de plus en plus d’attaques sur des animaux sains.

La première chose que nous demandons c’est que l’on reconnaisse notre travail et que l’on croit à notre parole d’éleveur. Car attention nous ne sommes pas contre les vautours, ils sont utiles à la montagne mais aujourd’hui personne ne peut nier qu’il y a un problème de surpopulation. Il faut arrêter de les nourrir. Nous demandons la régulation de cette espèce qui n’est plus en voie de disparition. Enfin nous demandons la possibilité de nous défendre de manière cadrée et réglementée en cas d’attaque
…»

Jean-Luc Fernandez de la Fédération des Chasseurs est beaucoup plus tranché dans sa position:

«Qu’on arrête de les nourrir, il y a encore une aire de nourrissage à Bugarach, il faut la fermer. On a fait de ses bêtes nécrophages de véritables poules de basse-cour qui attendent leur pitance sur les exploitations des éleveurs de la plaine. Ils n’ont plus peur de l’homme et ils sont en surpopulation.

Nous n’avons pas encore de preuve cinématographique attestant qu’ils s’attaquent à des animaux vivants mais cela ne devrait pas tarder. Pour preuve de la dangerosité de leur comportement dans la presse régionale j’ai lu pas plus tard qu’hier dans les Pyrénées Atlantiques, attirés par un veau mort au vêlage ils se sont attaqués à la mère en présence des agents de l’ONCFS! Il faut arrêter d’être dans le déni, ces animaux ont changé de comportement
»

Claude Carrière de la Fédération pastorale de l’Ariège prend très au sérieux ce qui arrive au monde rural et aux éleveurs en particulier que ce soit en plaine avec les vautours ou à la montagne avec les ours, les éleveurs ariégeois sont confrontés à la double peine mais jusqu’à quand pourront-ils continuer à exercer leur métier?

«On se rend compte que les situations se répètent. Nous sommes inquiets. On se rend compte que les vautours se sont familiarisés avec l’homme, ils sont nourris, ils se multiplient. Il va falloir réagir rapidement, il y a trop d’excès. Il faut les réguler si l’on veut que les gens continuent à vivre de l’élevage en Ariège»
La LPO demande le financement des analyses sanitairesLes effectifs ont augmenté sur la chaine des Pyrénées, la Ligue de la Protection des Oiseaux (LPO) en convient mais pour Gwénaëlle Plet leur comportement alimentaire n’a pas évolué, c’est toujours un rapace nécrophage se nourrissant de charognes: de par leur bec crochu destiné à dépecer et non pas à tuer ils ne seraient pas équipés pour s’attaquer à des animaux vivants.

Quant à leurs pattes elles sont certes robustes mais n’ont pas de serres: «Il y a bien des cas exceptionnels où ils s’attaquent à des bêtes affaiblies, malades ou vouées à la mort mais ce sont avant tout des nécrophages et pas des prédateurs» Des attaques anecdotiques selon la jeune femme.

Face aux témoignages recueillis auprès des éleveurs ou des observateurs (randonneurs, pêcheurs), la salariée de la LPO est catégorique «il n’y a pas d’intelligence collective de l’espèce» Selon elle ils ne peuvent pas se rassembler en nombre autour de bêtes isolées ou malade et guetter, voire même provoquer un faux pas avant la curée générale.

«C’est un oiseau nécrophage, ces oiseaux planeurs utilisent les courants ascendants thermiques ils peuvent parcourir des centaines de kilomètres à la recherche de nourriture. Quand ils voient une bête qui ne bouge pas au sol ils se posent. Traditionnellement aussi les vautours sont friands de placenta quand une bête met bas […]. Aujourd’hui nous avons un décompte précis des vautours sur les Pyrénées.

Nous regrettons que l’Etat arrête depuis 2009 les financements pour les expertises vétérinaires des bêtes soit disant prédatées par les vautours car aujourd’hui il y a un flou artistique: on a d’un côté la parole des éleveurs et de l’autre les associations protectrices des animaux. La LPO milite en faveur du retour de ces analyses permettant de dédouaner ou d’accuser les vautours en s’appuyant sur des preuves scientifiques tangibles
»
Il faut arrêter de se raconter des histoiresC’est en tout cas la position du Comité Ecologique Ariégeois (CEA) car selon Daniel Strub son porte-parole, le vautour prédateur c’est un mythe.

«Il faut rectifier certaines données: si le vautour ne trouve plus de charognes en montagne il va descendre en chercher en plaine. Et quand il trouve une carcasse ce sont des dizaines de vautours qui viennent sur la charogne. C’est ce qu’il s’est passé chez l’agriculteur de Durban/Arize. La vache était morte après un vêlage difficile, les vautours ont joué leur rôle de charognards exclusifs.

La nouveauté c’est qu’ils se déplacent vers la plaine car en ce moment ils n’ont rien à manger en montagne. Et les éleveurs de la plaine n’ont pas l’habitude de voir ces animaux et leur mode de fonctionnement peut être impressionnant. Mais on le voit bien au sol ils sont vulnérables, ils grimpent en haut du terrain pour prendre leur envol, ils tournent pour trouver les thermiques et non pas pour fondre sur leurs victimes… c’est avec de telles sornettes que l’on a exterminé les aigles dans les Alpes.

D’autre part si les vautours avaient dévoré les veaux de cet éleveur il y aurait des os… c’est comme cela que l’on construit un mythe avec des hypothèses non fondées
»

Selon les écologistes il y aurait derrière la volonté de certains éleveurs peux scrupuleux de se faire indemniser… il est vrai que la FDSEA de l’Ariège a entrepris un inventaire auprès de ses adhérents qui auraient enregistré des «prédations par vautour» En ce moment le climat n’est donc pas à l’apaisement.

Effectifs du nombre de couples nicheurs sur le versant nord des Pyrénées en 2012 suite à l'inventaire commandité par l'Etat réalisé par la LPO Pyrénées Vivantes en partenariat avec le Parc national des Pyrénées, l'ONCFS (64 et 65), l'ONF (64 et 65), Saiak, Réserve naturelle régionale du Pibeste, Nature Midi-Pyrénées, Nature Comminges, LPO Aquitaine et LPO Aude):

767 dans les Pyrénées-Atlantiques
55 couples dans les Hautes-Pyrénées
2  en Haute-Garonne
0 en Ariège
8 dans l'Aude
0 Pyrénées Orientales

Un inventaire avait été réalisé en 2007, 525 couples avaient été recensés.
sources LPO
Laurence Cabrol | 07/05/2014 - 19:38 | Lu: 46558 fois