Rencontre avec le préfet: les Artisans vident leur sac
03/02/2012 | 19:11
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«Je suis à l’écoute. Je suis venu pour ça»... d’emblée, le préfet de l’Ariège Salvador Pérez a donné le ton de la rencontre qui a réuni hier les services de l’Etat et les représentants de l’Artisanat en Ariège.

Un «débat franc et courtois» qui a permis de faire remonter un certain nombre de problèmes, et de tenter d’en régler d’autres, plus locaux.

Car en période de crise, les entreprises artisanales (qu’elles soient dans le bâtiment, l’alimentaire, les services ou encore les travaux publics) n’échappent pas aux difficultés, qui sont de plusieurs ordres.

Les problèmes de trésorerie d’abord. Bien sûr, la frilosité des banques n’arrange rien. Mais il n’y a pas que ça.

Cet artisan du bâtiment raconte par exemple qu’«entre la théorie et la pratique, il y a parfois un décalage»

Paiements trop tardifs et délais non respectés... la trésorerie des entreprises est souvent mise à mal, «on est au bout de la chaîne et on ne fait que subir»

Un problème à prendre au sérieux selon Joseph Calvi (président de la CAPEB, Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment), «ce sont des entreprises qui auraient tout pour se développer.

Elles ont des problèmes de trésorerie alors qu’elles font des marges tout à fait acceptables
»

Le préfet a répondu que les structures qui rencontrent des délais de paiement supérieurs à 30 jours ne doivent pas hésiter à faire remonter le problème au trésorier public, en demandant l’application d’«intérêts moratoires» (censés réparer le préjudice subi).

Autre problème évoqué: la paperasse.

Exemple pour ce boulanger qui pointe du doigt la difficulté des petites structures à répondre à certains marchés publics, «on n’a pas le temps de remplir tous les dossiers qui sont très complexes. Résultat: les petites entreprises sont exclues de ce système»

Autre sujet soulevé: le coût du travail.

«Est-il normal que les cotisations santé et prévoyance retraite reposent uniquement sur le coût du travail ?» a lancé Gérald Sgobbo, le président de la CNAMS (Confédération Nationale des Artisans des Métiers de Service et de la Fabrication).

«Je vous ai dit que je n’étais pas candidat! La question serait plutôt à adresser aux députés ou sénateurs» a aussitôt ironisé le préfet, avant d’ajouter «la question qu’il faut se poser c’est si vous connaissez les exonérations de charges sociales auxquelles vous avez droit?

Exemple: quand une entreprise de moins de 10 salariés veut embaucher un salarié en CDI ou CDD de plus d’1 mois, elle est exonérée de charges sociales sur cet employé pendant un an. Ce n’est pas rien !
»

Oui, mais «on a parfois un peu l’impression d’être réduit à être des chasseurs de primes» répondra quand même Gérald Sgobbo.

Le statut de l’auto-entrepreneur fait aussi partie des traditionnels motifs de grogne de l’Artisanat.

«L’UPA est prête à accepter que ce statut permette à des entrepreneurs de créer plus facilement leur entreprise, mais qu’au bout de 12 à 18 mois, il soit dans l’obligation de choisir un statut classique ou d’arrêter son activité»

Enfin, l’insertion par l’activité économique est toujours un problème non résolu dans le Pays d’Olmes.

Selon les artisans, une entreprise d’insertion installée à Lavelanet est source de concurrence déloyale dans le secteur du bâtiment. Pour Gérald Sgobbo, «on a toujours 30% de différence sur les appels d’offres»

Affirmant ne pas être contre l’insertion, l’UPA (Union Professionnelle artisanale) tempête: «il est inacceptable de voir le monopole de certaines entreprises d’insertion sur les marchés publics et l’utilisation des aides pour pratiquer des prix anormalement bas»

Un ensemble de doléances que les artisans espèrent voir pris en compte.

Ils ont en tout cas un argument de poids: en Ariège, l’Artisanat pèse 42% de l’activité économique.

Et comme l’a souligné Nathalie Basque (présidente de l’UPA), le secteur représente «3500 entreprises pour 4100 établissements. 5600 salariés et près de 10 000 actifs dans plus de 200 métiers»

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auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 03/02/2012 | 19:11 | Lu: 9165 fois