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Pamiers: mécontentement des salariés d'Aubert et Duval qui entament trois jours de débrayage

© midinews 2014

Les remous dans le secteur de l’aéronautique n’en finissent pas de provoquer des vagues parmi les sous-traitants, ariégeois notamment.

Tandis que la presse nationale annonçait encore récemment plus de trois cents suppressions de postes chez le consortium Airbus du côté de Toulouse, le site Aubert et Duval de Pamiers a connu la première journée de débrayage d’une action prévue pour durer encore les 30 et 31 janvier, à l’initiative de la CGT, syndicat majoritaire.

Sébastien Pollaert, secrétaire général du syndicat CGT à Aubert & Duval exprime les craintes et inquiétudes partagées par une partie des salariés.

«On est sorti de la première réunion de NAO (Négociation Annuelle Obligatoire NDLR) en fin janvier avec une enveloppe générale de 1,5% qui représente en fait par rapport à ce que demande la direction une augmentation de 0,5%,» indique le secrétaire général, pour qui concrètement «le compte n’y est pas. Cela représente pour les salaires moyens de l’entreprise entre 4 et 7 euros net par mois, estime-t-il, ce qui est lamentable par rapport au chiffre d’affaires fait par l’entreprise avec un bénéfice à 21 millions d’euros.

Les salariés veulent que la répartition des bénéfices se fasse aussi sur leur salaire. Le mécontentement est fort pour les salariés, l’enveloppe proposée c’est limite insultant
»

Face à une présence discrète des forces de police, ils étaient près de 200 salariés d’Aubert et Duval sur le coup des 10 heures du matin à avoir investi côté Ariège le boulevard des usines. Un site qui fait partie du groupe Eramet qui en compte 7 autres.

«Nous clairement à Pamiers, fait savoir Sébastien Pollaert, on veut faire remonter ce fort mécontentement car le site de Pamiers a fortement contribué au résultat de la société.

Le site est bénéficiaire. Les salariés de Pamiers se sont retroussés les manches toute l’année pour atteindre ces chiffres là. On veut que ce soit reconnu et récompensé,
» poursuit le syndicaliste.

Alors bien sûr la situation de l’aéronautique et l’impact des restructurations annoncées dans le secteur au nom de la compétitivité est évoqué, en particulier du côté d’Airbus.

«Nous ne sommes pas des sous-traitants directs, juste des vendeurs de pièces, évoque Sébastien Pollaert, mais Airbus réclame de la compétitivité donc il y aura une restructuration qui va se faire sur Aubert et Duval.

On a de très fortes inquiétudes, au bout d’un moment la peur est la suppression de poste. Au lieu de faire tourner les presses à 5 personnes ils ne seront plus que 4 et ainsi de suite. Dans les bureaux comme les services de paie il peut y avoir des restructurations qui amènent des suppressions de poste.

L’inquiétude est là: on a une entreprise qui gagne de l’argent, qui arrive à faire de l’investissement, donne de l’argent pour ses actionnaires, tandis que derrière il n’y a rien pour les salariés ou peu»

Après plusieurs réunions avec les salariés du site de Pamiers et Airforge, pour Sébastien Pollaert, le mot d’ordre est simple: «Pas de suppressions de personnels, embauche des intérimaires pour garder le savoir-faire, revalorisation des salaires lors des négociations annuelles de salaires»Incompréhension chez la direction devant cette journée d’actionJoint par téléphone la direction du site a très vite réagi adressant un communiqué synthétique sur sa position.

Faisant état des négociations récentes entre la direction et l’ensemble des organisations syndicales qui se sont déroulées dernièrement à Paris, la direction avance une réunion qui a permis de «partager sur la situation économique de l’entreprise et recueillir les revendications syndicales»

Ce même communiqué exprime toute l’incompréhension de la direction qui «à ce stade, ne comprend pas les mouvements en cours sur le site de Pamiers. Mouvements qui risquent d’écourter prématurément une négociation qui devait se poursuivre au cours de deux autres réunions programmées en février.

Ces mouvements, selon le communiqué de la direction, remettent gravement en cause notre capacité à servir nos clients dans les délais. Il en va de la pérennité de l’activité sur le site de Pamiers»

D’autant que selon la direction «le versement d’un intéressement au titre de l’année 2013 représentera pour certains salariés de Pamiers jusqu’à plus d’un mois de salaire»

S’en remettant à un dialogue qu’elle espère constructif la direction qualifie par ailleurs «d’agissements illégaux ces mouvements qui entravent la libre circulation et mettent en cause la sécurité de ses salariés, envisageant dans ce contexte de prendre les mesures qui s’imposent»

A Pamiers sur le site d’Aubert et Duval, boulevard des usines, Sébastien Pollaert reste inflexible: «On sait très bien chez Aubert et Duval que si on n’a pas un rapport de force on n’arrive pas à faire bouger les lignes.

Aujourd’hui clairement le résultat est bon, les salariés, qui font des heures supplémentaires, n’en peuvent plus… d’autant que les suppressions de poste au nom de la compétitivité vont s’opérer sur les années à venir. Ce qu’on veut c’est que les salariés puissent vivre dignement de leur travail et garder leur emploi»

Les prochains jours diront si le dialogue ou les négociations, selon le point de vue, se sont avérés constructifs.

Sylvain Sastre | 29/01/2014 - 19:30 | Lu: 29920 fois