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Moulis: la vie en sous-titre ou l'action d'une scop pour l'égal accès de tous à la culture

© midinews 2014

Ils ont fini par poser leurs valises ici dans ce petit hameau sur les hauteurs de Moulis.

Un choix de vie rendu possible par les nouvelles technologies et «parce que le mur d’escalade n’est pas loin,» dans lequel peut-être le destin malicieux a joué un petit rôle. Car c’est ici en Vallée de Sour, un nom décidément prédestiné, que Camille Niccolini et Lilian Lefranc ont posé les bases de leur scop «Le Joli Mai» qui œuvre en faveur de l’accessibilité de tous à la culture.

Leur crédo, réaliser des sous-titres pour que sourds et malentendants puissent correctement apprécier les œuvres cinématographiques et audiovisuelles.

Bardés de diplômes dans le cinéma ou l’audiovisuel c’est tout d’abord en Bretagne, que lui le Picard et elle venue de la région Lyonnaise, se sont retrouvés au festival du Cinéma de Douarnenez auxquels ils ont participé trois années de suite.

«C’est là-bas, constate Camille, que nous avons été confrontés pour la première fois à un public de sourds et malentendants, à cette problématique de l’accès puis du partage de la culture avec des publics différents. Cela a provoqué une vraie prise de conscience»

Et le début d’un projet, devenu choix de vie. D’abord une idée qu’il a fallu étudier et mesurer, expérimenter, avant que la Scop, leur Scop, Le Joli Mai ne voit le jour au mois de mai 2013 sur Moulis.

«Nous sommes affiliés à l’URSCOP, (l’Union régionale des Scop) mais depuis 8 mois maintenant nous volons de nos propres ailes, indique Camille. Le choix de ce statut s’est imposé à nous naturellement, poursuit-elle, car c’est celui qui répond le mieux à nos valeurs, à la façon dont nous souhaitions être intégrés dans un certain système économique.

Ici nous fonctionnons selon une gouvernance partagée où l’on reprend à notre compte les valeurs du mouvement coopératif en plaçant l’humain au cœur du processus de développement»

De fait, progressivement, «grâce aux réseaux créés antérieurement, puis l’effet du bouche à oreille» l’activité de la Scop se développe autour de cette approche humaine précisément.

«Nous intervenons sur trois axes, résume Lilian. Le sous-titrage des films pour le cinéma lors de leur sortie en salle ou pour le compte d’éditeurs lorsque distribués en DVD, blu-ray. Nous réalisons aussi les VO sous-titrées en français, en anglais et autres langues en nous associant avec des traducteurs professionnels. Enfin, nous effectuons toutes sortes de prestations techniques pour le cinéma numérique (DCP- Digital Cinéma Package)»Seul 50% des films qui sortent au cinéma sont accessibles au public sourd et malentendantAujourd’hui leur liste de références s’accroît. Des collaborations avec des associations à l’occasion de festivals et autres manifestations dont un projet important à venir avec l’Association des Paralysés de France, les cinémathèques et médiathèques de Toulouse, jusqu’à l’accessibilité des comptes-rendus de conseils municipaux des villes de Toulouse ou Nantes (en langue des signes et sous-titrages adaptés).

«Le numérique a fortement contribué à démocratiser le sous-titre. Pour autant il reste un vaste marché, signale Lilian, à titre d’exemple seuls 50% des films qui sortent au cinéma sont accessibles au public sourd et malentendant et encore quand ils ne sont pas diffusés à des horaires spéciaux.

De même seules les grandes chaînes de télévision sont obligées de prévoir de tels dispositifs pour ce public» Des dispositifs qui requièrent une certaine technicité dans le montage et la synchronisation des images, du son et des sous-titrages qui doivent aussi ne pas perturber le visionnage d’une œuvre.

A Moulis, si le réseau mobile ne passe pas dans leur hameau, l’internet haut-débit leur permet de travailler à domicile et de réduire tous les frais annexes.

«Nous n’avons pas de coûts de matières premières, détaille encore Lilian, nous fournissons une prestation de services. Là par exemple je développe un logiciel spécifique pour éviter tout problème de compatibilité et faciliter l’interopérabilité d’un système à l’autre»

Car la Scop reste une petite entreprise où les deux entrepreneurs découvrent leurs responsabilités de chefs d’entreprises chemin faisant «après huit mois l’expérience est concluante. La Scop fonctionne bien. Elle est suffisamment viable pour arriver à nous dégager deux salaires et faire face aux charges. Nous envisageons même de nous développer et recruter un associé dans les prochains mois.

Car nous ne pourrons continuer à tout faire tout seul si nous voulons conserver notre niveau de qualité. Mais, nous considérons toute évolution comme une source d’enrichissement bénéfique,» conclut Camille.

Abolir les frontières qui existent encore entre un public «normal» et des personnes souffrant de handicaps, ici d’ordre auditif, pour faire de la vie quotidienne, la chose la plus naturelle qui soit, comme partager et favoriser l’accès à la culture de tous, demeure le noble enjeu de cette Scop qui n’en oublie pas moins qu’il lui faut aussi dégager ses propres ressources pour que ce projet de vie réussisse.

«Nous sommes aussi, souligne Camille pragmatique, à proximité de Toulouse, où existe la plus forte communauté de sourds et malentendants de France»

Une activité appelée à perdurer et dont on pourra voir autant que mesurer tous les effets dès le prochain Festival de la Résistance à Foix où la mixité des publics sera permise, un peu grâce au travail accompli ici en Vallée de Sour.

Contacts:
Le Joli Mai
Rames 09200 MOULIS
05 61 02 97 10 – Site Internet: http://www.lejolimai.org

Sylvain Sastre | 30/01/2014 - 18:48 | Lu: 20958 fois