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En Ariège, comme partout en France, les chirurgiens-dentistes montrent les dents pour une amélioration des tarifs comme du système de garde

© midinews - S. Shock

«Aujourd’hui nous appliquons surtout la stratégie du rideau baissé»

En Ariège comme au plan national la profession des chirurgiens-dentistes est en grève. Au moins symboliquement. Car, comme en témoigne Jérome Salefranque «l’Ariège souffre d’un manque de dentistes. Il y a de longues listes d’attentes et certains rendez-vous ont été pris il y a trois mois. On ne peut décemment, au pied levé, cette grève ayant été décidée tout récemment, annuler nos rendez-vous. Par contre nous ne recevrons personne d’autre»

Installé à Lézat-sur-Lèze, Jérome Salefranque, est par ailleurs président de l’Ordre départemental des chirurgiens-dentistes, l’organisme chargé de veiller à l’harmonie, la déontologie et l’éthique de l’ensemble d’une profession aujourd’hui en souffrance.

Il a accepté de nous éclairer sur les origines de ce mouvement ainsi que les attentes de ses collègues. «Ce mouvement de grève a été initié par le syndicat majoritaire dans la profession»

La confédération nationale des syndicats dentaires, la CNSD, regroupe 80 des quelques 115 dentistes actuellement en exercice sur l’Ariège. Soit un taux de représentativité de l’ordre de 70% qui la place sensiblement au même niveau que sur le plan national où son crédit est d’environ 50 à 60%.

Présidée en Ariège par Carine Hachaguer, exerçant à Tarascon-sur-Ariège, injoignable au moment où nous rédigions cet article, cette grève est la suite logique d’une grogne sourde dans la profession dont le syndicat s’est à plusieurs reprises fait l'écho.

Deux mots d’ordre en particulier ont suscité cette action, reprend Jérôme Salefranque, «pour faire connaître au grand public les pressions exercées par les financeurs d’un côté, dont la sécurité sociale, et les bénéficiaires de l’autre, via en l’occurrence, les complémentaires de santé»Un hiatus de plus en plus grand s’est créé et on nous pointe du doigtLe gel des tarifs décrété par l’assurance maladie est le premier des points d’achoppement.

«Depuis les années 70, évoque ce dernier, les bases de remboursement de la SECU n’ont pas évolué. Elles sont aujourd’hui totalement déconnectées de la réalité, le ticket modérateur a perdu 30% de sa valeur et beaucoup d’actes nouveaux n’ont pas été inclus dans la nomenclature des actes remboursés par la SECU»

Une situation qui provoque une équation vite résolu dans la profession. «Le traitement et les soins représentent les 2/3 de l’activité d’un dentiste contre ¼ de son chiffre d'affaires. En revanche les prothèses, bridges et autres couronnes en représentent seulement 1/3 mais les ¾ du chiffre d'affaires.

Aussi, pour compenser et permettre la survie économique des cabinets la profession à tendance à augmenter les tarifs sur lesquels cela reste possible, à savoir les prothèses. Ce dernier poste permet de compenser le manque à gagner sur les soins. Mais à l’arrivée cela fait peser une charge supplémentaire sur les patients
»

Cela pose aussi clairement, surtout en milieu rural, la question de l’accès aux soins, et d’une certaine fracture entre ceux qui ont les moyens, ou ceux qui sont bien couverts et les autres qui ne peuvent plus supporter le reste à charge. Dans le même temps, les complémentaires santé, elles, augmentent sensiblement le coût de leur cotisation pour faire face.

Pour Jérome Salefranque «un hiatus de plus en plus important s’est créé» Avec ses confrères, il dénonce «l’absence de revalorisation des actes de chirurgie-dentaire tant dans le régime obligatoire que de la part des mutuelles, tandis que parallèlement on fait porter le chapeau, et en premier lieu les pouvoirs publics, des augmentations tarifaires sur la seule profession»

Sur ce point Jérome Salefranque se fait encore porte-parole de ses confrères, peu optimistes quant à une issue heureuse, dans l’intérêt des patients, évoquant une grève ponctuelle qui ne pourra se poursuivre, car les soins eux doivent se poursuivre.On fera grève jusqu’à ce que le texte voté, issu d’un bon compromis, soit mis en applicationPar contre la grève contre l’actuel système de garde, deuxième motif de colère, est, elle, appelée à se poursuivre «jusqu’à ce que le décret de mise en application soit publié,» insiste Jérôme Salefranque.

En Ariège, comme certainement partout ailleurs, les gardes entre cabinets dentaires lors des week-ends et jours fériés s’organisent librement et bénévolement.

«Au plan national, un récent avenant à la convention entre l’assurance maladie et les professionnels de santé prévoyait une nouvelle organisation du système entre le 15 et les organisations départementales notamment pour une meilleure efficience du service. Ce texte envisage aussi une indemnisation pour ce qui reste un service public que l’on fait assurer par une profession libérale.

Or, le dispositif est prêt depuis un an et demi mais il n’est toujours pas appliqué et on considère que c’est un frein à la qualité du service. On ne demande rien d’extraordinaire
, poursuit le président de l’ordre départemental, simplement l’application d’un texte déjà voté»

Un mouvement aujourd’hui surtout symbolique, tout au moins en Ariège, mais qui pourrait bien se durcir dans les jours ou mois à venir si des solutions satisfaisantes n’étaient pas avancées. En attendant, les patients, eux, pourront toujours serrer les dents.

Sylvain Sastre | 03/02/2014 - 19:13 | Lu: 19020 fois